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Benjamin Netanyahou et le scandale des sous-marins allemands

Benyamin Netanyahou, le 13 novembre 2016 I RONEN ZVULUN / POOL / AFP

Benyamin Netanyahou, le 13 novembre 2016 I RONEN ZVULUN / POOL / AFP

Soupçons de corruption au sommet de l'État israélien.

Des révélations mettant en cause le gouvernement israélien et Benyamin Netanyahou pourraient bien rejaillir sur la coalition politique à la tête du pays. Israël avait annoncé qu’il était sur le point de signer un protocole d'accord avec l'Allemagne pour l'achat de trois sous-marins de guerre supplémentaires, pour un montant total de 1,2 milliard d'euros. Mais derrière cette commande se profile une affaire de corruption.

C’est toute la méthode de gestion de Netanyahou qui est remise en question. Elle fait désordre au moment où les Israéliens disqualifient l’Autorité palestinienne, accusée de corruption. Jusqu’à présent des maires et des membres de certains partis israéliens étaient concernés par la vague de malversations. Mais aujourd’hui la corruption atteint les plus hautes sphères de l’État.

Certains dirigeants politiques accusent Netanyahou d’avoir agi tout seul comme s’il voulait cacher quelques points de la transaction. Il semble que le cabinet du Premier ministre ait été le seul à négocier en secret les termes du contrat. Des responsables de l’industrie militaire se sont étonnés d’avoir été mis à l’écart de cette décision alors qu’ils ont toujours été consultés pour concevoir des armes de combat complémentaires. Ils n’ont jamais été approchés pour donner leur avis sur le projet. Ils qualifient ce comportement du Premier ministre d’exercice solitaire du pouvoir.

La collusion de ses proches

La chaîne israélienne, Channel 10, a mis les pieds dans le plat en révélant que l’avocat israélien David Shimron, qui défend les intérêts privés du Premier ministre, faisait partie du conseil d’administration d’une filiale du groupe allemand. Il partage par ailleurs un cabinet d'avocats avec Yitzhak Molcho, l’homme de confiance de Netanyahou et son négociateur attitré sur les questions officielles, y compris les négociations secrètes avec les gouvernements étrangers.

Netanyahou est personnellement impliqué dans le projet d'acquisition de trois nouveaux sous-marins par le fait que son avocat personnel Shimron est également l'avocat de Micky Ganor, représentant en Israël de l'entreprise allemande qui fabrique et commercialise ces sous-marins. Ganor et Shimron sont aussi accusés de vouloir créer une structure privée, chargée de l'entretien des bâtiments de guerre, alors que cela est de la responsabilité des chantiers navals de la marine. Ils ont même tenté de convaincre le grand syndicat Histadrout de lever son opposition à ce projet de privatisation.

J'étais fermement opposé à l'acquisition de trois nouveaux sous-marins. Pour des raisons opérationnelles, organisationnelles et économiques, cette acquisition n'était pas nécessaire

Cette proximité de ces deux amis de Netanyahou avec le vendeur de sous-marins soulève des questions de conflits d’intérêts. Le Procureur général du gouvernement, Avichai Mandelblit, a été sollicité pour donner son avis sur une éventuelle corruption. Le Procureur général dirige le service juridique du gouvernement et a autorité exclusive pour représenter l'État en matière pénale et administrative. Une fois désigné par le gouvernement, il est censé agir en toute indépendance du système politique.

«Sans influence externe»

Netanyahou s’est justifié en déclarant vouloir «faire affaire avec les Allemands pour des raisons stratégiques et économiques». Il s’est défendu en précisant sur Facebook que «l’accord a été conclu de manière ordonnée et professionnelle, sans influence externe et avec les recommandations des organes professionnels du ministère de la Défense, de l’armée israélienne et de le Conseil National de Sécurité (NSC)». Or, ce point est formellement démenti par Moshé Yaalon, en fonctions jusqu’en mai 2016, qui a précisé:

«J'étais fermement opposé à l'acquisition de trois nouveaux sous-marins. Pour des raisons opérationnelles, organisationnelles et économiques, cette acquisition n'était pas nécessaire à l'armée. J’ignore ce qui a été fait et signé après mon départ du ministère, mais ce que la NSA révèle ne reflète en aucun cas la réalité.»

D’ordinaire, le processus de décision implique une concertation entre les trois armées de Tsahal –air, terre et mer– ainsi qu’une coordination avec les représentants de l’industrie pour évaluer tous les aspects techniques du projet. À titre de comparaison, le choix de l’avion F-35 avait nécessité sept années d’études pour arriver à la décision finale alors qu’il a fallu moins d’un an pour conclure le contrat de sous-marins, hors la participation concrète de l’État-Major qui trouve par ailleurs le coût élevé.

Doutes sur la justice

Le contre-amiral à la retraite, Avriel Bar-Yossef, vice-président du Conseil National de Sécurité, a été inculpé par la police de corruption, de blanchiment frauduleux et de félonie sur plainte déposée auprès de la Commission de la fonction publique. Il avait été nommé à ce poste par Netanyahou mais la décision avait été bloquée par les milieux de la défense qui le trouvaient insuffisamment compétent pour un tel poste.

Bar-Yossef, très lié à Netanyahou, occupe plusieurs fonctions officielles; il assume la présidence du conseil d'administration du port de Haïfa et est membre du comité gouvernemental chargé d'élaborer le plan gazier. D’ailleurs les milieux politiques avaient contesté l’incohérence de la politique gazière quant à la gestion du gaz découvert au large de Haïfa qui a fait l’objet d’opérations douteuses. Les révélations sur Bar-Yossef mettent une lumière crue sur des décisions gouvernementales contestées. Il est accusé de collusion avec deux hommes d'affaires allemands et d’intervention en leur faveur pour accepter leurs spécifications dans la construction d'une plateforme gazière d'un coût d'environ un milliard de dollars.

Mais les milieux politiques doutent de la volonté du gouvernement de mener l’affaire à son terme, ou du moins de statuer rapidement sur la question, car elle pourrait rejaillir sur l’ensemble du gouvernement. Ils émettent des doutes sur la capacité de réagir rapidement du Procureur général du gouvernement nommé par Netanyahou, après avoir longtemps occupé le poste de secrétaire de son gouvernement. En raison de sa proximité avec le Premier ministre, ils craignent que l’affaire soit ralentie pour ensuite être enterrée. D’ailleurs le leader centriste Yaïr Lapid a réclamé une enquête criminelle sur l’accord signé avec les Allemands. Il est peu probable qu’il soit entendu par la ministre de la Justice, Ayelet Shaked, du parti sioniste religieux de droite, qui n’a aucun intérêt à déstabiliser le gouvernement actuel.

Course à l'armement

La commande intervient au moment où l’Égypte a acquis deux porte-hélicoptères de classe Mistral prévus à l’origine pour les Russes. Le président égyptien Al-Sissi n’a certes aucune volonté de conflit avec Israël mais il a mis en évidence le retard pris par la flotte maritime israélienne.

Selon les informations de certains medias étrangers, non confirmées en Israël, les sous-marins disposeraient d’ogives nucléaire

C'est aussi l'Iran, que Netanyahou considère comme son ennemi irréductible, qui l'a décidé à faire de la marine le nouveau fondement de la défense d’Israël et l’une des pièces maîtresses de sa stratégie militaire. La signature de l’accord nucléaire entre l’Iran et les États-Unis change à présent la donne et créé un moratoire de dix années sur le programme nucléaire iranien. Mais grâce à la levée des sanctions, l’Iran se prépare à moderniser son armée et à transformer sa marine pour qu’elle soit l’une des plus puissantes de la région.

Échéance 2025

Netanyahou n’a donc pas renoncé à une action mais il est condamné à attendre 2025. Ce qui lui laisse le temps de préparer cette échéance. La capacité de guerre de la défense navale israélienne est confiée aux trois sous-marins de type Dolphin. Deux d’entre eux, déjà livrés, ne seront opérationnels qu’en 2018 et 2019. Selon les informations de certains medias étrangers, non confirmées en Israël, ils disposeraient d’ogives nucléaires. La marine israélienne n’est pas uniquement chargée de la protection des frontières. Elle procède en permanence à des missions de longue durée, très loin de ses frontières, souvent face aux côtes iraniennes.

Fidèle à ses habitudes en matière sécuritaire, le ministère israélien de la Défense se refuse à tout commentaire sur ce nouveau projet et a laissé au porte-parole du gouvernement allemand, Goerg Streiter, le soin de commenter cette éventuelle transaction: «Tout ce que je peux dire, c’est qu’Israël envisage d’acheter de nouveaux sous-marins pour renouveler sa flotte à partir de 2027. Des discussions ont lieu à différents niveaux sur une probable assistance et participation financière allemandes.» De quoi sans doute faire un peu plus face à la fin de l’interdiction du programme nucléaire iranien.

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