Monde

Qu'est-il arrivé à la forêt amazonienne?

Brendan Borrell, mis à jour le 14.11.2009 à 17 h 37

Alors qu'on entendait beaucoup parler de la destruction de l'Amazonie, récemment, plus rien. Qu'est-il donc arrivé – l'a-t-on sauvée ou bien?

Nous ne l'avons pas sauvée, mais nous n'avons pas fini d'essayer. Les environnementalistes s'inquiètent du sort de l'Amazonie pour une bonne raison: elle représente plus de la moitié des forêts tropicales du monde, un cinquième de nos ressources en eau, et près du tiers de la biodiversité de la planète. La sauvegarde de tout cela était jadis le cri de ralliement des activistes verts et, avec quelques victoires précoces, l'objectif semblait réaliste. Mais l'attention s'est vite déplacée de la forêt tropicale vers d'autres questions comme le changement climatique et l'agriculture biologique, et l'Amazonie disparaît aujourd'hui à une vitesse comparable à celle des années 1980.

Il y a encore cinquante ans, l'Amazonie était en grande partie intacte. Puis, en 1964, le Brésil légiféra pour encourager les paysans sans terre à quitter les bidonvilles pour développer l'intérieur du pays. Quiconque pouvant démontrer que sa terre avait été «utilisée efficacement» se retrouvait avec un titre de propriété. Ainsi, les natifs de la forêt commencèrent-ils à être déplacés, et les nouveaux venus se mirent à défricher de grandes bandes de terre pour l'élevage du bétail et la culture du caoutchouc. Sans un réseau routier suffisant, néanmoins, le processus était assez lent. Presque toute la forêt brésilienne était encore vierge dans les années 1970.

Au début des années 1980 par contre, la forêt commença à disparaître très vite. Avec l'aide de fonds monétaires de la Banque Mondiale, les fermiers et les éleveurs construisirent assez de routes et d'infrastructures pour détruire 13 130 km² par an, soit une surface équivalente à l'État du New Jersey. C'est ce qui fit réagir les écologistes. En 1985, le Rainforest Action Network basé à San Francisco commença à organiser des manifestations dans tout le pays et fut à l'origine de la fin du contrat à 35 millions de dollars de Burger King pour son «bœuf de la forêt tropicale» en Amérique Centrale. L'année suivante, la Rainforest Alliance, tout juste créée, tint un séminaire à New York, suivi par le New York Times sous le titre «L'intérêt pour la forêt tropicale vient de germer». La situation s'intensifia en 1988, quand un activiste (et ancien exploitant de caoutchouc) du nom de Chico Mendes fut assassiné chez lui, en Amazonie, par des éleveurs en colère. Mais l'apogée du mouvement fut l'annonce par le gouvernement brésilien de sa mesure la plus ambitieuse et la plus potentiellement dévastatrice: le projet de construction d'une autoroute reliant l'État d'Acre à Lima, au Pérou, qui allait traverser l'Amazonie et connecter ses industries naissantes à la côte Pacifique et à la machine économique japonaise.

Rapidement, des stars telles Sting et le crooner Phil Collins se rallièrent à l'opposition contre le projet autoroutier, aux côtés d'intellectuels sud-américains renommés: les écrivains Gabriel García Márquez, Carlos Fuentes et Mario Vargas Llosa signèrent une lettre ouverte accusant leur pays de tenir «une politique écocide et ethnocide». Toute cette agitation bloqua le projet, et le Brésil accepta quelques maigres mesures de conservation écologique. En 1991, la déforestation n'avait jamais été aussi ralentie.

Depuis, l'intérêt populaire pour l'Amazonie a décliné. A l'aide du réseau d'actualité Nexis, The Lantern a trouvé 993 articles sur la forêt amazonienne dans les journaux américains depuis 1990. En 1995, ce chiffre a chuté de plus d'un tiers, alors même que la vitesse de la déforestation n'avait jamais été aussi rapide. Aujourd'hui, environ un cinquième de ce qui reste de la forêt brésilienne est officiellement protégé mais d'énormes zones de terre dans des États tels le Mato Grosso ont désormais été allouées à l'élevage des bovins et à la culture du soja. Les lois brésiliennes obligent les propriétaires terriens amazoniens à conserver 80% de la surface forestière, mais ces lois ne sont que sporadiquement appliquées. Encore aujourd'hui, le Brésil continue à encourager les paysans sans terre à s'installer près de l'Amazone et n'a pas encore oublié son projet d'autoroute transocéanique.

La bonne nouvelle, c'est que l'intérêt pour l'Amazonie a commencé à renaitre ces dernières années. En particulier parce que la forêt joue un rôle de régulation du changement climatique: les scientifiques estiment que l'Amazonie toute seule peut capter entre 85 et 100 milliards de tonnes de CO² dans ses arbres et arbustes, soit l'équivalent de 11 années d'émissions américaines. Les dangers ne se limitent pas au Brésil, bien évidemment - la déforestation est aussi un problème en Asie et en Afrique, zones qui rivalisent aujourd'hui avec les Amériques. En 2009, pour le Guinness Book des records, l'Indonésie était le pays où la forêt disparaissait le plus rapidement - soit environ 2% par an -, même si le Brésil demeure toujours champion en termes absolus.

Beaucoup d'environnementalistes placent tous leurs espoirs dans un plan soutenu par l'ONU afin d'utiliser les crédits carbone pour réduire la déforestation dans les pays en voie de développement. Ce qu'on appelle le Schéma REDD (Fonds de partenariat pour la réduction des émissions de carbone forestier des Nations Unies) sera sur la table des négociations climatiques le mois prochain à Copenhague. A la tête de ces discussions, Robin Williams, Sting et toute une troupe de célébrités se sont embraqués dans la campagne «Rainforest SOS» pour stopper la déforestation tropicale et prévenir «le rythme effréné du changement climatique». La plupart des célébrités engagées sont un peu sur le retour, mais la destruction de l'Amazonie, elle, n'a jamais été aussi actuelle.

Brendan Borrell

Traduit par Peggy Sastre

Image de Une: Une zone ravagée dans la réserve nationale forestière Bom Futuro, REUTERS/STR New

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