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CARTE. L'Europe qui aime Poutine

Sur le continent européen, de nombreux partis politiques sont pro-russes, certains pour renforcer la coopération économique avec la Russie, d'autres par admiration pour Poutine.

La victoire écrasante de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite et du centre est une bonne nouvelle pour la Russie et Vladimir Poutine, qui entretient une relation avec l’ancien Premier ministre. François Fillon est désormais le candidat du parti Les Républicains à l'élection présidentielle, cela fait donc deux des principaux candidats qui cultivent des relations avec le Kremlin à différents degrés, puisque Marine Le Pen est aussi proche du dirigeant russe.

Face à cette progression des hommes politiques favorables à Poutine, nous avons établi une cartographie des partis politiques européens russophiles. Tous ne soutiennent pas Poutine au même degré ou pour les mêmes raisons. En grande partie issus de l’extrême droite, ils voient dans le leader russe un modèle d’homme fort qui incarne la souveraineté nationale face au libéralisme. Certains ne sont pas forcément pro-russes mais simplement opposés à un ordre mondial mené par Washington et Bruxelles. D'autres, comme la Grèce et l’Italie, voient également un intérêt financier à collaborer avec Moscou.

Cette russophilie s’exprime parfois dans la non-condamnation ou le soutien ouvert de la politique étrangère russe, notamment en Crimée. Nombreux de ces leaders politiques européens se sont ainsi opposés aux sanctions prises contre de la Russie après l'intervention en Crimée. Plusieurs rendent aussi personnellement visite à Poutine.

«Les hommes politiques d'extrême droite vont voter pour des politiques pro-Kremlin au parlement Européen, mais aussi prendre part à des missions d’observation électorales –comme lors du référendum sur l’annexion de la Crimée, et les ‘’élections’’ dans les territoires contrôlés par les russes dans la république du peuple», explique le magazine Foreign Policy.

Un soutien non pas nécessairement idéologique pour le Kremlin mais stratégique.

 «Le soutien russe de partis d'extrême droite n’a pas tant avoir avec l’idéologie qu'avec le désir de déstabiliser les gouvernements européens, d'empêcher une expansion de l’Union européenne, et faciliter l’arrivée au pouvoir de gouvernements européens qui sont amicaux envers la Russie», affirme le magazine Foreign Affairs.

Méthodologie

Pour construire cette carte, nous avons distingué les partis politiques pro-russes qui sont dans l'opposition de ceux qui sont au pouvoir. Nous les avons identifiés en fonction de plusieurs critères: financement de la part d'entités proches du Kremlin, soutien ouvert à la politique étrangère du Kremlin, non-condamnation de l'annexation de la Crimée, opposition aux sanctions contre la Russie et désir de coopération avec Poutine. Les politologues qui ont étudié ces différents types de liens les distinguent en deux catégories: les soutiens «dévoués» et les soutiens «engagés» envers Poutine; et ceux qui sont «ouverts» ou «neutres». La carte ne réprésente pas cette nuance, mais les détails pays par pays ci-dessous expliquent la position de chaque parti. 

Lorsque ce sont des gouvernements de coalition qui sont au pouvoir, nous avons qualifié celles-ci de pro-russes lorsque le leader de la coalition est russophile. 

France

Le Front national est le parti pro-Poutine le plus influent en Europe avec vingt-deux députés frontistes au Parlement européen. Le Front national est aussi le seul parti dont il a été prouvé qu'il a bénéficié d'aide financière russe. En 2014, le FN a reçu un prêt de la part d’une banque russe proche du Kremlin de 9.4 millions d’euro. Celui-ci était destiné au financement des campagnes électorales du parti. Marine Le Pen soutient la politique étrangère russe en Ukraine et au Moyen-Orient. Le parti a reconnu notamment l’annexion de la Crimée. Le Pen dit aussi vouloir sortir de l’Otan et créer une nouvelle alliance avec la Russie. 

Du côté de la droite, le fondateur et président du parti souverainiste Mouvement pour la France, Philippe de Villiers, a, lui clamé son admiration pour Poutine. En août 2014, l'homme politique s'est entretenu avec Vladimir Poutine à Yalta et a par la suite affirmé qu'il «échangerait volontiers Hollande plus Sarkozy contre Poutine».

Chez les Républicains, François Fillon est connu pour sa proximité avec Vladimir Poutine, tout comme le député Thierry Mariani. Début 2015, alors président du parti, Nicolas Sarkozy va tenir des propos qui ressemblent à la rhétorique du KremlinIls sont nombreux dans ce cas, des politiques qui ont des idées proches de celles de la Russie, mais qui ne représentent pas la voix d'un parti et qui n'apparaissent pas sur notre carte. Comme Jean-Luc Mélenchon, qui, dans sa critique de l'alignement de la France sur l'Amérique, a également n'a pas fait que critiquer l'action du leader russe, notamment à propos de la Syrie. 

Royaume-Uni

En Grande-Bretagne, le British National Party (BNP), un parti nationaliste d’extrême droite, est très engagé dans son soutien à Vladimir Poutine. Son ancien président jusqu’à 2014, Nick Griffin, avait assisté aux élections de la Douma en tant qu’observateur en 2011 et avait proclamé que «les élections russes sont beaucoup plus justes que les élections au Royaume-Uni». Depuis, les tendances pro-russes du parti, désormais mené par mené Adam Walker, n’ont pas reculé. Des représentants du parti se sont rendus au Forum Conservateur International Russe à Saint-Pétersbourg en mars 2015. Cette organisation a été fondée par le parti Rodina, qui est pro-Poutine. Lors de ce forum, plus de 400 personnes de plus de quinze pays différents ont signé une résolution pour mettre fin aux sanctions contre la Russie. De nombreuses personnalités d'Ukip, le parti pour l'indépendance du Royaume-Uni, ont également manifesté leur admiration pour Poutine ou leur soutien à son action en Syrie. Leur leader Nigel Farage ne fait pas pas exception. En 2014, le député eurosceptique affirme admirer Vladimir Poutine et son intervention en Syrie, même s’il dit ne pas être toujours en accord avec son agenda politique en Russie. Une récente enquête du Sunday Times a également révélé d'importantes actions de lobbying du Kremlin auprès de membres du parti conservateur.

Le cas de Jeremy Corbyn, chef du parti travailliste britiannique depuis septembre 2015, est ambigu. Un mois avant de prendre les rennes du parti, Corbyn, qui est souvent l’invité du plateau de Russia Today, appelle ses partisans à regarder la chaîne (connue pour faire relayer la propagande du Kremlin), qu’il estime plus objective que les médias occidentaux. Corbyn considère que la Russie a violé la souveraineté de l’Ukraine avec le referendum en Crimée. Officiellement, il affirme «ne pas être un admirateur de la politique étrangère de Poutine». Pour certains commentateurs, le leader travailliste est à l'image d'une partie de la gauche pour qui l’admiration pour la Russie a survécu la fin de la Guerre froide. Le rejet d'un ordre mondial imposé par les États-Unis rapproche Corbyn de la Russie. Jeremy Corbyn et le parti travailliste n'est pourtant pas cité par les analystes comme pro-Poutine. Nous l'avons, nous aussi, écarté de la carte.

Allemagne

L’Allemagne compte trois partis d’extrême droite pro-Poutine. Le mouvement des Européens patriotes contre l'islamisation de l'Occident, connu sous le nom de Pegida, est devenu le Parti populaire pour la liberté et la démocratie directe. Les militants de Pegida sont connus pour brandir des drapeaux russes lors de manifestations. Le groupe appelle à une normalisation immédiate des relations entre l’Allemagne et la Russie. Selon des experts interrogés par DW, l’attirance de l’extrême droite allemande pour Poutine est liée à trois facteurs: les rapports de l’ancienne Allemagne de l’Est avec la Russie, le sentiment anti-américain et l’attraction de Poutine et son système de pouvoir.  

Le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) a également des liens avec la Russie. Selon une enquête du journal allemand Spiegel, des leaders du parti se seraient rendus en Crimée pour un événement sponsorisé par la Russie. L’enquête évoque aussi le rapprochement idéologique entre le parti et la Russie. Le parti national-démocrate d’Allemagne est le troisième parti d’extrême droite pro-Poutine. En 2015, des représentants sont aussi les invités d’honneur au forum d’extrême droite organisé par des proches de Poutine. 

Hongrie

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, est un des chefs de gouvernement européen les plus russophiles. Il dénonce la politique étrangère de l’Union européenne qui, selon lui, vise à isoler la Russie. Il s'oppose aux sanctions du bloc européen et vante le modèle de capitalisme d’état russe. En 2014, la Hongrie signe un accord avec la Russie pour développer une centrale nucléaire dans le pays grâce à un prêt de onze milliards d’euros de Moscou. Le projet est mené par le géant énergétique russe Rosatom.

Le parti d’extrême droite Jobbik est lui aussi pro-Poutine. Son leader, Gabor Vona, est souvent invité à Moscou. Vona propose de quitter l’Union européenne et de rejoindre une union eurasiatique menée par la Russie. 

Italie

Solidaire de ses alliés occidentaux sur le plan diplomatique –le pays a voté pour prolonger les sanctions contre la Russie–, le président du Conseil Matteo Renzi souhaite néanmoins une amélioration des relations avec Poutine. Il faut dire que l’Italie est le deuxième plus grand exportateur européen vers la Russie après l’Allemagne. Depuis l’instauration des sanctions, les exportations italiennes ont baissé de 30% en deux ans. La Ligue du Nord, le parti nationaliste d'extrême droite italien, est ouvertement pro-Poutine. Il soutient notamment l'intervention russe en Syrie et défend la cooperation avec Poutine pour combattre l'État islamique. Le parti Forza Nova, autre parti d'extrême droite, est aussi un grand supporteur du Kremlin. Pour son leader Robero Fiore, la Russie de Poutine est un «modèle de civilisation» dans la défense de l’identité chrétienne d’Europe et à l’encontre du système financier capitaliste et les migrants. Mouvement eurosceptique en plein essor (il vient de remporter les mairies de Rome et Turin), le Mouvement cinq étoiles a également tissé des liens avec Poutine.

Grèce

Le parti Syriza d'Alexis Tsipras a démontré un certain degré de russophilie, notamment en raison de son euroscepticisme. En visite à Moscou en 2014, le Premier ministre grec s’est fortement opposé aux sanctions de l’UE contre la Russie et a soutenu la position du Kremlin selon laquelle l’Ukraine serait responsable de la violence dans la pays car le pays aurait hébergé des neo-nazis fascistes au sein du gouvernement après le départ du président Yanukovych.

Le gouvernement de Syriza espère atténuer la crise économique que traverse le pays à l'aide de l’argent russe. En juin 2015, le ministre de l’Énergie grec a signé un accord avec la Russie pour faire passer un gazoduc par son territoire.

Du côté de l'extrême droite néo-nazie grecque, le parti Aube Dorée est connu pour avoir des relations proches avec le Kremlin. Des parlementaires du parti ont été un des principaux invités du Forum Conservateur International Russe en 2015. Aube Dorée est l’un des partis européens qui serait financé par les Russes.

Espagne

Pablo Iglesias du parti populiste de gauche Podemos fait partie de ces leaders qui dénoncent la politique étrangère de l’Occident envers la Russie et rejoint Poutine dans le rejet du libéralisme américain. Mais il ne se montre pas russophile pour autant.

République Tchèque

Le président tchèque Milos Zeman du Parti démocratique civique (centre gauche) est l’un de rares leaders de pays membre de l’UE à maintenir des relations amicales avec la Russie. Il s'oppose aux sanction contre le Kremlin et est le seul membre de l’Otan à contester le fait que des soldats russes ont combattu en Ukraine.

Slovaquie

Le premier ministre Robert Fico s'oppose aussi aux sanctions contre la Russie, qu’il qualifie «d’insensées». En 2015, les échanges commerciaux entre la Slovaquie et la Russie ont chuté de 40% lors du premier trimestre. Deux partis d'extrême droite sont aussi pro-Poutine notamment le Parti national slovaque et le parti populaire «Notre Slovaquie».

Pologne

Dans un pays qui a traditionnellement été très critique des incursions Russes en Ukraine, un nouveau parti a surgi en 2015 en affirmant ses positions pro-Poutine. Nommé Zmiana, le parti anticapitaliste de gauche renie l’invasion russe de l’est de l’Ukraine et dénonce les sanctions contre la Russie.

Moldavie

La Moldavie a élu en novembre 2016 un président socialiste pro-Russe qui veut mettre un frein à l’intégration du pays dans l’Union européenne. En 2014, le pays avait signé un accord commercial et politique avec l’UE qui avait mis en péril ses relations avec son voisin. L’élu Igor Dodon veut ainsi abandonner cet accord et privilégier les relations avec la Russie, notamment en rejoignant une bloc économique eurasiatique dominé par la Russie.  

Bulgarie

La Bulgarie a également élu un président pro-russe ce mois-ci. Le socialiste Rumen Radev veut aussi renforcer la coopération économique avec Moscou et s’oppose aux sanctions mises en place par l’Union européenne. Le parti nationaliste bulgare Ataka est un grand supporteur de Poutine et de la Russie. Son leader Volen Siderov aurait ainsi rendu visite à Poutine lors de son soixantième anniversaire en 2012. Deux ans plus tard, alors membre de la coalition au pouvoir, le parti menace de dissoudre le gouvernement en s’opposant aux sanctions de l’Union européenne contre la Russie.  

Autriche

Le parti d’extrême droite Autrichien, le Parti de la liberté (FPÖ), est l’un des partis politiques européens à avoir qualifié de légitime le référendum en Crimée. Certains de ses membres se sont rendus sur place en tant qu’observateurs électoraux

Belgique 

Le parti flamand d’extrême droite est aussi un ami de Moscou. Le parti souhaite plus de coopération avec la Russie au sein du Parlement européen. Selon le parti, qui a également envoyé des observateurs électoraux en Crimée, le référendum était légitime. 

Lettonie

Le parti social-démocrate Harmonie n’est pas fortement pro-Poutine, mais étant composé majoritairement d’individus d’origine russe, il n’en est pas moins sensible au sort réservé à son grand voisin. Le parti maintient ainsi son adhésion à l’Union européenne et à l’Otan, mais est favorable à plus de coopération avec la Russie. 

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