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La folle histoire des scientifiques nazis qui ont développé la mission Apollo

Le président Kennedy célèbre le premier pas sur la lune, en compagnie de l'ex-Nazi Wernher von Braun. (Wikimedia)

Le président Kennedy célèbre le premier pas sur la lune, en compagnie de l'ex-Nazi Wernher von Braun. (Wikimedia)

Pendant quinze ans, quatre-vingt-huit d'entre eux –exfiltrés dans la plus grande discrétion–, ont mis leur savoir-faire au service de l'armée américaine et de la Nasa, jouant un rôle majeur pendant la Guerre froide.

Les bombes atomiques lâchées sur Hiroshima et Nagasaki n'ont pas été les seules armes de destruction développées au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le Smithsonian nous rappelle que les scientifiques nazis avaient peaufiné de redoutables agents infectieux et gaz neurotoxiques, ou encore les célèbres missiles V-1 et V-2.

En découvrant le niveau de technicité des armes développées par la «rocket team», Russes et Américains se sont mis à convoiter le savoir-faire des scientifiques qui les avaient imaginées. Ce serait Wernher von Braun, ingénieur et inventeur du missile V-2 , qui aurait proposé ses services aux autorités américaines. Pourquoi les États-Unis?

«Nous méprisons les Français; les Russes nous terrifient; nous ne pensons pas que les Anglais aient les moyens de nous payer; donc tout ce qu'il nous reste, ce sont les Américains.»

Ainsi commence l'opération «Paperclip», ou trombone en français. Annie Jacobsen, l'auteur du livre Operation Paperclip: The Secret Intelligence Program That Brought Nazi Scientists To America, évoque la stupéfaction des Américains, qui n'avaient «aucune idée qu'Hitler avait créé tout cet arsenal de gaz neurotoxiques, ou qu'il travaillait sur la peste bubonique. C'est là que l'opération Paperclip a vu le jour, quand le Pentagone a soudain réalisé, qu'ils se sont dit “Attendez, il nous faut ces armes!”».

Opération secrète

L'armée américaine a donc entrepris de «blanchir» le passé trouble de ces 88 «prisonniers de paix», le surnom qu'eux-mêmes s'étaient donné. Difficile, quand on sait que Wernher von Braun se fournissait en main d'œuvre auprès du camp de concentration de Buchenwald et que de nombreux témoignages relatent les déplorables condition de travail de ces derniers : l'élaboration du missile V-2 aurait fait 20.000 victimes, deux fois plus que son utilisation comme arme.

L'Opération Paperclip est restée longtemps secrète: plusieurs décennies se sont écoulées avant que les agents du Bureau des enquêtes spéciales du département de la Justice eux-mêmes, pourtant chargés de traquer les Nazis, en aient vent. Wernher von Braun et son équipe ont ainsi élaboré pour le compte de l'armée américaine des missiles balistiques dont le fameux Jupiter, qui joua un rôle-clef pendant la Guerre froide (45 missiles Jupiter furent déployés entre la Turquie et l'Italie, pointant vers l'Union soviétique).

En 1960, l'équipe est transférée dans les bâtiments de la toute jeune Nasa. Les «prisonniers de paix» participent aux premiers programmes américains de vols habités Mercury et Gemini et commence à fabriquer les fusées Saturn, dont l'énorme Saturn V du programme Apollo (3.000 tonnes), qui prendra part à la conquête de la Lune.

Entre temps, Von Braun, comme certains de ses compagnons d'aventure, ont acquis la citoyenneté américaine. C'est sous son égide que les équipes d'ingénieurs de la Nasa mettent au point les technologies spatiales qui permettront de mettre les équipages des missions Apollo en orbite terrestre avant de les envoyer vers la Lune. Un exploit sans précédent qui incite en 1970 la direction de l'agence à lui offrir un poste à Washington, au siège. L'ancien Nazi y chapeautera les efforts stratégiques de la Nasa. 

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