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L'élection présidentielle de 2017 est-elle d'ores et déjà jouée?

François Fillon (KENZO TRIBOUILLARD / AFP) et Marine Le Pen (EMMANUEL DUNAND / AFP)

François Fillon (KENZO TRIBOUILLARD / AFP) et Marine Le Pen (EMMANUEL DUNAND / AFP)

Le surprenant vote du 20 novembre 2016, fruit d'une décision tardive, apparaîtra sans doute comme le véritable premier tour de la présidentielle de 2017. Fillon profitera d'une puissante dynamique face à une gauche morcelée mais le second tour face à Marine Le Pen se présente sous un jour nouveau.

Il faut une bonne dose d'esprit provocateur pour prétendre annoncer l'identité du vainqueur de l'élection présidentielle de 2017 au soir d'un scrutin qui a déjoué la plupart des pronostics. Qui aurait cru, il y a quelques semaines encore, que François Fillon arriverait largement en tête des candidats à la primaire de la droite et du centre? Et qui peut assurer que l'électorat facétieux, apparemment allergique aux favoris, ne réservera pas une autre surprise de taille pendant la prochaine campagne présidentielle ?

La surprise électorale du 20 novembre 2016 est toutefois de nature très différente de celles du 8 novembre au États-Unis ou du 23 juin au Royaume-Uni. Dans ces deux derniers cas, c'est essentiellement un biais de mesure des sondages qui a fait surgir des urnes un résultat imprévu. Un «vote caché», ou insuffisamment détecté par les enquêtes d'intentions de vote, a renversé l'issue du scrutin.

Volatilité et imprévisibilité

Pour cette primaire de la droite, l'instrument sondagier a également montré ses limites même si la participation a été correctement évaluée. Si les intentions de vote des différents instituts avaient bien repéré la brusque poussée du vote Fillon, aucune des dernières mesures n'indiquait une percée aussi forte de l'ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy.

Mais l'essentiel du problème est ici venu de la forte volatilité électorale. Ce sont bien des changements d'intentions de vote dans la toute dernière phase de la campagne qui expliquent la performance de Fillon. Pas moins de 41% de ses électeurs déclarent avoir fait leur choix «le jour même» (5%) ou «il y a quelques jours» (36%). Une primaire mettant en concurrence des candidats appartenant à la même famille politique autorise plus facilement un changement de pied des électeurs.

Cette volatilité est logiquement de moindre ampleur dans la campagne présidentielle elle-même. Elle ne doit néanmoins pas être sous-estimée. Les électorats de sont plus en plus mouvants, l'offre de candidature apporte son lot de nouveautés, les fidélités partisane s'étiolent. Tout ceci rend la compétition d'autant moins prévisible que les sondages peinent à lire les nouvelles tendances qui émergent.

Dynamique républicaine

Cela dit, la manière dont se déroule la première primaire de droite apportera un avantage majeur à ce camp dans la compétition présidentielle. Le franc succès de participation (4 millions de votants contre 2,7 pour le premier tour de la primaire socialiste de 2011) est le signe d'une alternance attendue et souhaitée. Mieux, la manière dont l'un des candidats s'est nettement détaché dès le premier dimanche de vote lui offrira une légitimité incontestable.

L'élimination de la gauche dès le premier tour reste, de loin, le scénario le plus probable. Les divisions idéologiques y sont plus creusées qu'à droite

Soutenu clairement par des candidats qui totalisent les deux-tiers de voix, Fillon devrait l'emporter largement au second tour. Le candidat de droite n'aura guère à craindre, par la suite, de ses concurrents malheureux. Ce conservateur bon teint au libéralisme économique affiché, mais au style retenu, devrait occuper l'espace de la droite et du centre s'il parvient, comme c'est fort possible, à éviter une candidature de François Bayrou.

L'exercice de la primaire se traduira par un précieux tremplin pour Fillon. Un atout d'autant plus appréciable que la droite a pris une nette avance sur une gauche où le jeu des candidatures demeure très confus.

Divisions à gauche

L'élimination de Sarkozy est une très mauvaise nouvelle pour François Hollande qui perd ainsi son repoussoir préféré. Les socialistes se consolent en espérant, comme Jean-Christophe Cambadélis, que la désignation probable de Fillon élargira «le champ des possibles» à gauche. Il est vrai que le président sortant pourrait plus facilement se poser en défenseur du «modèle social» français face à Fillon que face à Juppé.

Mais le profil de droite décomplexée mais sérieuse affiché par le député de Paris n'empêchera pas le candidat de la gauche gouvernante, quel qu'il soit, de se trouver pris en sandwich entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Le candidat «en marche» peut espérer que son espace se dilatera en l'absence de Juppé. Quant au champion des «insoumis», il tentera plus que jamais de se poser en alternative au libéralisme brandi par le candidat de droite.

Au final, l'élimination de la gauche dès le premier tour reste, de loin, le scénario le plus probable. Les divisions idéologiques y sont plus creusées qu'à droite et la primaire prévue par le PS en janvier ne servira pas à arbitrer entre des lignes par trop contradictoires.

Le match Fillon-Le Pen

La perspective d'un affrontement, au second tour, entre François Fillon et Marine Le Pen se présente sous un jour original. Un duel Juppé-Le Pen aurait eu le mérite d'une claire opposition entre deux candidats opposés point par point, projet européiste de «l'identité heureuse» contre réaction identitaire généralisée. Face à Sarkozy, la dirigeante du FN aurait eu à faire face à une surenchère sur ses propres thèmes.

Le Pen ne manquera pas de pilonner son libéralisme économique et de prendre une posture sociale

Le positionnement particulier de Fillon rend les choses plus complexes. Le probable candidat de la droite prend en considération le «malaise identitaire» mais entend l'aborder avec «sérénité». Surtout, il l'inscrit dans une défense de la «souveraineté nationale» qui implique de muscler l'appareil productif.

Le débat pourra ainsi se déplacer vers le terrain économique. Le Pen ne manquera pas de pilonner son libéralisme économique et de prendre une posture sociale face aux rudes réformes préconisées par Fillon. Elle tentera ainsi de récupérer, au second tour, une partie de l'électorat de gauche.

Le 20 novembre aura bien été le premier tour de cette présidentielle. Si on ne peut exclure que le 23 avril prochain rebatte les cartes, le prochain rendez-vous décisif sera sans doute celui du 7 mai 2017. Un second tour d'une importance capitale dès lors que l'électorat a visiblement pris l'habitude de surprendre son monde.

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