Monde

Le sans faute d'Obama à Fort Hood

John Dickerson, mis à jour le 12.11.2009 à 17 h 12

Son discours ne va pas amadouer ses adversaires les plus virulents, mais rendra plus difficile toute mise en doute de son patriotisme.

Barack Obama lors de son discours à Fort Hood, REUTERS/Kevin Lamarque

Barack Obama lors de son discours à Fort Hood, REUTERS/Kevin Lamarque

Si le discours du président Obama à Fort Hood, Texas, fut un petit chef d'œuvre-moins de 15 minutes-c'est en partie grâce à sa grande pudeur. Le président disposait de très bonne matière, et il a su s'en servir à bon escient.

 

Moins de trois minutes après sa prise de parole, le président racontait l'histoire de chacune des 13 personnes qui ont péri. Les médias ont donné tous les détails possibles et imaginables sur le tueur. Obama a corrigé ce déséquilibre. Si le tueur a commis l'acte d'égoïsme ultime, alors le président a pris sur lui d'être le témoin de l'altruisme et du travail acharné des victimes.

L'histoire des morts et de ceux qui ont essayé de les sauver occupe presque la moitié du texte du discours. Son talent de conteur est le plus grand atout d'Obama. C'est ce qui a si bien fonctionné pour lui lors de sa campagne. Raconter des histoires est efficace, car cela suit les règles simples d'une bonne écriture: montrer, et non dire. Vous pouvez choisir de parler de dévouement et d'altruisme, ou raconter l'histoire d'Amber Bahr, «si absorbée dans l'aide qu'elle apportait aux autres qu'elle ne s'est pas rendue compte avant un bon moment qu'elle-même avait été touchée dans le dos» ou évoquer Francisco de la Serna, qui a prodigué des soins à la femme officier de police qui a couru vers la fusillade et au tireur ayant tenté de la tuer.

 

Le président n'a fait qu'une allusion très brève à la foi du meurtrier. Il n'a pas profité de l'occasion pour asséner une leçon politiquement correcte sur l'écueil de la catégorisation des gens ou sur la religion. Il ne s'est pas, comme l'a écrit David Brooks, «précipité sur la thérapie.» Au contraire, le président a fait l'inverse: il a jugé. «Nous savons cela-aucune foi ne justifie ces actes meurtriers et lâches; aucun Dieu juste et aimant ne les regarde avec bienveillance. Pour ce qu'il a fait, nous savons que le tueur devra affronter la justice-dans ce monde, et dans l'au-delà.»

Obama savait que ce n'était pas le moment de défendre l'islam. Il a également su exclure de son discours toute leçon sur les réactions suscitées par la colère-le genre de leçon que Bill Clinton avait cherché à transmettre dans son discours après l'attentat d'Oklahoma City. Il a laissé ces idées de côté car elles n'étaient pas pertinentes. Son discours s'est concentré sans relâche sur la commémoration de ceux qui sont tombés et sur ce qu'ils représentent-pas seulement dans le cadre de leur réaction à la fusillade, mais pour les sacrifices auxquels ils se sont volontairement livrés. «À une époque où règne l'égoïsme, ils incarnent la responsabilité. À une époque où règne la division, ils nous appellent à nous unir. À une époque où règne le cynisme, ils nous rappellent les Américains que nous sommes.»

Dans un certain sens, le président ne s'adressait pas uniquement à la foule réunie devant lui. Son discours était un chant à une génération entière: la sienne. Le premier président de la génération post-baby boomers parlait au nom des hommes et des femmes dont il a le commandement, et dont il va envoyer un grand nombre en Afghanistan au cours des prochaines semaines. «Nous n'avons pas besoin de rechercher la grandeur dans le passé, car elle est juste sous nos yeux.»

C'était un chant aux valeurs de l'Amérique par un homme soupçonné depuis les primaires démocrates de «ne pas être fondamentalement américain,» comme l'a formulé Mark Penn, stratège d'Hillary Clinton. Pendant la campagne, il a été forcé de réaliser des clips télévisés pour souligner le fait qu'il partageait les valeurs américaines. En tant que président, il doit gérer des opposants qui le comparent à Hitler à cause de son... projet de réforme du système de santé. Le discours de mardi ne va probablement pas amadouer ses adversaires les plus virulents, et ne facilitera en rien la réforme du système de santé. Mais il devrait rendre bien plus difficile toute mise en doute de son patriotisme.

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John Dickerson est le chef du service politique de Slate.com et l'auteur de On Her Trail. Vous pouvez lui écrire à [email protected]. Suivez-le sur Twitter.

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Traduit par Bérengère Viennot

Image de Une: Barack Obama lors de son discours à Fort Hood, REUTERS/Kevin Lamarque

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