Partager cet article

L'amitié pas claire de François Fillon avec Vladimir Poutine

Vladimir Poutine et Francois Fillon à une conférence de presse à Moscou, le 18 novembre 2011 | NATALIA KOLESNIKOVA / AFP

Vladimir Poutine et Francois Fillon à une conférence de presse à Moscou, le 18 novembre 2011 | NATALIA KOLESNIKOVA / AFP

Les résultats du premier tour de la primaire de droite et du centre sont une bonne nouvelle pour le Kremlin.

Si les dirigeants russes se sont intéressés à la primaire de la droite et du centre en France autant qu’à l'élection présidentielle américaine, ils ont eu dimanche soir une nouvelle occasion de sabrer le champagne. Le succès de François Fillon au premier tour qui laisse bien augurer d’une victoire au second tour et d’un bon résultat en 2017 est en effet une bonne nouvelle pour le Kremlin. C’est le succès d’un «ami de la Russie». À vrai dire, François Fillon a, avec Vladimir Poutine, une relation ambivalente. Tantôt il lui donne du «cher Vladimir», tantôt il le traite de dictateur. Parfois, il le dépeint comme «un bouledogue [qui a] aussi un côté chaleureux et sensible» ; à d’autres moments, il réfute entretenir avec lui une forme d’amitié. «Je n’ai aucune relation personnelle avec Vladimir Poutine», déclare-t-il sur France Inter début novembre, même si le président russe fraichement réélu en 2012 a été le premier à l’appeler après la défaite de Nicolas Sarkozy.

Pendant quatre ans, de 2008 à 2012, ils avaient été tous les deux chefs du gouvernement quand Poutine avait abandonné l’intérim de la présidence à Dmitri Medvedev. Fillon appréciait de pouvoir fréquenter une personnalité internationale alors que son statut de «collaborateur» de Nicolas Sarkozy ne lui laissait aucune place dans la conduite de la grande diplomatie, apanage du chef de l'État. Dans ses rapports avec la Russie, François Fillon se veut l’héritier de la politique gaulliste, dans son interprétation la plus simpliste. Il faut parler avec Moscou pour manifester son indépendance vis-à-vis des Américains. Il reproche donc à François Hollande, et mezzo voce à Nicolas Sarkozy, de s’être alignés sur les États-Unis dans une attitude politique hostile à la Russie, que ce soit dans la crise ukrainienne ou dans la guerre en Syrie.

S'entendre avec la Russie

Le mantra de François Fillon tient en quelques mots: il faut s’entendre avec la Russie qui a une politique extérieure active et efficace, sans se soucier de l’évolution intérieure du pays. L’attention portée au respect des droits de l’homme n’est pas, pour lui, une catégorie de la diplomatie. Avec deux arguments apparemment contradictoires: la Russie est sur la voie de la démocratie, et de toutes les façons on peut s’entendre avec le diable si on a des intérêts communs. Je connais les défauts de Vladimir Poutine, reconnaît François Fillon, «mais du point de vue du fonctionnement de la démocratie, c’est tout de même un progrès». Et puis «quand il s’est agi de combattre le nazisme nous n’avons pas hésité à nous allier avec Staline».

François Fillon est convaincu qu’il suffirait de «dialoguer» avec le président russe pour que les divergences s’aplanissent voire disparaissent. Il feint d’ignorer que, depuis le début de la crise ukrainienne en 2014, aussi bien le président français que la chancelière allemande ont été en contact quasi-permanent avec Vladimir Poutine. Quoi qu’on pense de leur contenu et de leur mise en œuvre, François Hollande et Angela Merkel ont conclu avec le chef du Kremlin les accords de Minsk qui sont, jusqu’à nouvel ordre, la seule issue réaliste au conflit dans l’est de l’Ukraine. Sa critique semble là encore inspirée par sa méfiance envers les États-Unis qui ont entrainé l’Europe dans leur «vision fausse» de la crise ukrainienne. Il s’est prononcé, comme une majorité du groupe des Républicains à l’Assemblée nationale, pour la levée des sanctions décidées par les Européens après l’annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014. Il considère que le sort de cette presqu’île et de sa population, en particulier d’origine tatare, ne pèse pas lourd par rapport aux intérêts stratégiques communs partagés par la France et la Russie au Proche-Orient dans la lutte contre l'État islamique.

C’est en effet à propos de la Syrie que François Fillon a manifesté son principal désaccord avec la politique officielle de la France. Il ne s’est pas privé de la critiquer en Russie même, en présence de Vladimir Poutine, ce qui n’est pas d’usage dans les déplacements à l’étranger d’hommes politiques français, fussent-ils de l’opposition.

«En Syrie, écrit-il dans Marianne en avril 2016, une seule puissance a fait preuve de réalisme: la Russie». Il s’est félicité qu’elle soit intervenue en force à partir de septembre 2015. Il la considère comme le seul véritable rempart contre l’État islamique, négligeant le fait que les bombardements russes ont d’abord ciblé les opposants à Bachar el-Assad plus que les djihadistes de Daech. «Pendant qu’Obama et Hollande s’offusquaient du choix des Russes de bombarder les opposants à Assad sans distinction, écrit-il, Poutine redonnait de l’air aux forces syriennes, désormais en mesure de combattre efficacement l’EI.»

Bachar el-Assad, un interlocuteur

Il regrette que la diplomatie française, du temps de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé au Quai d’Orsay, comme de François Hollande et de Laurent Fabius, se soit prononcé pour un départ de Bachar el-Assad. Celui-ci est peut-être un dictateur mais François Fillon le considère comme un interlocuteur par ailleurs protecteur des chrétiens d’Orient. Lors du dernier débat avant le premier tour de la primaire de la droite et du centre, il a insisté sur la défense des chrétiens d’Orient menacés par les Arabes sunnites hostiles au régime de Damas. Lors du premier débat, il avait réagi avec fatalisme aux bombardements russo-syriens sur la population civile d’Alep-est –«c’est la guerre», avait-il dit, regrettant que «nos amis» saoudiens en fassent autant au Yémen.

«C'est un crime ce qui se passe à Alep. C'est désastreux. Ça doit être condamné par la communauté internationale avec la plus grande vigueur. Simplement, c'est aussi le résultat de notre impuissance depuis quatre ans, de notre incapacité à comprendre les ressorts de la crise syrienne», notamment le «refus de dialoguer avec la Russie tant que c'était possible» et «le refus de dialoguer avec le régime».

«C’est donc par notre dialogue, cher Vladimir, que passera la paix» en Syrie, a assuré François Fillon, lors de la rencontre du club Valdaï, en septembre 2013 à Sotchi, point d’orgue annuel du soft power poutinien.

Souverainiste, eurosceptique qui a fait campagne contre le traité de Maastricht en 1992 en compagnie de son mentor Philippe Séguin et de Charles Pasqua puis converti au «oui» sur le traité constitutionnel européen en 2005, François Fillon soignerait sa fibre gaulliste en n’oubliant pas une des leçons du général: l’indépendance n’empêche pas de défendre la solidarité atlantique quand la Russie viole le droit international; au contraire, elle l’exige.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte