Partager cet article

Pourquoi François Fillon rassure les électeurs de droite

François Fillon en meeting le 18 novembre 2016 à Paris
BERTRAND GUAY / AFP

François Fillon en meeting le 18 novembre 2016 à Paris BERTRAND GUAY / AFP

En tête à la primaire, la victoire de François Fillon est celle d’une France qui a besoin d’être rassurée. Père de famille qui fait le plein au coeur de l’électorat traditionnel de la droite, l’ancien premier ministre a pour lui l’expérience du pouvoir.

François Fillon n’est pas l’homme du renouveau.

Encore traumatisés par l’affrontement violent entre Jean-François Copé et l’ancien premier ministre dans l’élection interne à l’UMP 2012, les électeurs de droite n’étaient pas prêts pour un grand coup de balai, celui prôné par Bruno Le Maire. Ils ne voulaient pas renverser la table. Ils voulaient un changement dans la continuité. «Je trace un sillon, calmement, sérieusement», a déclaré François Fillon à son QG, assumant un «langage de vérité» à travers toute cette campagne:

«Je ne dévie pas de ma marche (...) Je suis porté par celles et ceux qui veulent redresser la France

En reprenant peu ou prou ses thèses libérales, les autres candidats ont validé l’idée que François Fillon était au centre de gravité de la droite. Une synthèse. Entre Raymond Barre et la droite balladurienne. Qui assume un positionnement «autoritaire» à même de rassurer la droite, qui attend des signaux forts sur la sécurité et l'immigration. Ni trop identitaire, ni véritablement souverainiste, encore moins révolutionnaire. En un mot, rassurant. Aujourd'hui, il se présente comme l'incarnation d'un espoir, le porteur d'une vague. Il est plutôt une solution par défaut. Le résultat d'un manque de leadership naturel à droite... qu'il comble à merveille.

La remontée spectaculaire de François Fillon dans les sondages a démontré, une fois de plus, le pouvoir de cette majorité silencieuse qui a une faible présence médiatique mais peut faire basculer les élections. Une majorité silencieuse qui s'était réveillée dans les rangs de la Manif pour Tous et rejetait la marchandisation des corps. Une majorité silencieuse qui habite dans les territoires ruraux et n’excusait plus à Nicolas Sarkozy ses outrances verbales. Car longtemps, Alain Juppé a fait la course en tête dans les sondages et profité d’une peur alimentée par tous les candidats, Nicolas Sarkozy compris. La peur d’un retour de l’ancien chef de l’Etat qui, malgré l’espoir d’une campagne foudroyante qui allait balayer ses adversaires, n’était pas parvenu à effacer son bilan. Qu'on le veuille ou non, Nicolas Sarkozy agitait une nouvelle fois la droite. Il s'approchait des valeurs traditionnelles de la droite mais n'était plus assez aimé pour les incarner.

L'expérience... depuis 1981

Et c’est tout le paradoxe de cette victoire filloniste: l'ancien premier ministre parvient à allier l’espoir d’un changement et l’expérience d’un homme qui fut élu, pour la première fois, dans la Sarthe, en 1981. L’expérience d’un homme souffre-douleur qui accepta longtemps de jouer les seconds rôles –jusqu’à se faire qualifier de «collaborateur» par Nicolas Sarkozy qui enchaîne les humiliations. Pour finalement voter pour lui au second tour de la primaire... Au nom du rassemblement, qu'il revendique d'avoir fait depuis son retour en politique. Les électeurs de droite sont paradoxaux: pour tourner la page du sarkozysme sans voter Alain Juppé, accusé de «compromissions» centristes, les électeurs de droite ont choisi son ancien premier ministre. Et mis, peut-être, à la retraite, deux grandes figures de la droite.

La dernière fois que François Fillon s’était présenté comme l’acteur du renouvellement, c’était en 1989. Avec quelques hussards de la droite, on les appelait les «rénovateurs». Ils étaient douze, RPR et UDF. François Bayrou, Charles Millon, Philippe de Villiers, Philippe Séguin... Ils étaient jeunes, un peu fous. Et voulaient, après 1988, virer ceux qui les avaient menés deux fois à la défaite à la présidentielle. Giscard, Chirac et Barre incarnaient le vieux monde. Alors treize ans avant l'UMP, les «rénovateurs» soutenaient l'idée d'un parti unique afin de battre enfin la gauche, qui gouvernait déjà depuis 1981. La référence n’est pas anodine: déjà, à l’époque, François Fillon était libéral. Cet homme n’a pas changé.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte