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Sarkozy a senti le blast. Contre lui

Nicolas Sarkozy lors de son discours de défaite, le 20 novembre 2016. IAN LANGSDON / POOL / AFP.

Nicolas Sarkozy lors de son discours de défaite, le 20 novembre 2016. IAN LANGSDON / POOL / AFP.

Écrasé par François Fillon, nettement distancé par Alain Juppé, l'ancien président de la République s'est rallié au premier et a amorcé un nouveau retrait de la vie politique

«Ça va être le blast», lâchait Nicolas Sarkozy en janvier avant la sortie de son livre La France pour la vie, prélude à sa campagne pour l'investiture de la droite et du centre.

«J’ai été le plus proche du favori de la présidentielle de 1995 et j’ai vu comment ça s’est terminé. Je revis la période Chirac-Balladur. Vous verrez, les choses vont s’inverser de la même manière», confiait-il à Paris Match, en mai, alors que les enquêtes d'opinion le donnaient en difficulté au second tour face à Alain Juppé.

«C'est bien peu connaître la psychologie des électeurs de gauche, jamais de toute façon ils ne vote­ront à notre primaire», estimait-il, en juin, alors que des dirigeants des Républicains se félicitaient de ce que l'annonce d'une primaire du Parti socialiste détourne les électeurs de gauche de la tentation de voter à la primaire de droite.

«Ah bon, ta mère dit que je vais gagner? Elle a raison!»

«J'ai senti que les plaques tectoniques étaient en train de bouger», déclarait-il, le 11 août, dans une interview à Valeurs Actuelles, dix jours avant l'annonce officielle de sa candidature à la primaire de droite et du centre.

«Ah bon, ta mère dit que je vais gagner? Elle a raison!», lançait-il en plaisantant, le 6 septembre, à un écolier lors d'une visite à Orgeval dans les Yvelines.

«Je sens monter un ras-le-bol généralisé d'une France silencieuse, pourtant majoritaire, qui n'en peut plus d'entendre ce qu'elle entend à longueur de radio et de voir ce qu'elle voit à longueur d'émission de télévision», disait-il, le 7 novembre, en meeting à Neuilly, alors que les sondages le donnaient toujours perdant face à Alain Juppé.

Pas d'électeurs cachés

Ce dimanche 20 novembre, au moment de voter, l'ancien président de la République se disait encore évidemment «confiant». Il n'a pourtant recueilli, selon les résultats disponibles à 22h30, qu'environ 21%, contre un peu plus de 28% à Alain Juppé et plus de 44% à François Fillon qui, dans la foulée de sondages très favorables récemment, a écrasé le premier tour. Il n'y avait pas, apparemment, d'«électeurs cachés» de Nicolas Sarkozy comme il y aurait eu, aux États-Unis, des électeurs cachés de Donald Trump. Il y a eu, en revanche, de nombreux électeurs de gauche, si on en croit une enquête sortie des urnes où ils représentaient près de 15% de l'électorat, ainsi que la participation globale de 4 millions d'électeurs.

Dans un discours très digne (et au cours duquel, sourire ironique aux lèvres, il a même remercié... les journalistes qui ont suivi sa campagne), l'ancien président a estimé que seraient présentes au second tour «deux personnalités qui font honneur à la droite française» et amorcé un ralliement à la François Fillon, pour qui il a annoncé qu'il voterait.

Passions privées

Sans annoncer son retrait de la vie politique, il a affirmé qu'il était temps pour lui «d'aborder une vie avec plus de passions privées et moins de passions publiques», formule ambiguë qui rappelle celles qu'il avait utilisées en 2012 lors de son vrai-faux retrait après sa défaite à la présidentielle.

Son ralliement à François Fillon, additionné à celui de Bruno Le Maire, ex-troisième homme ambitieux qui a à peine dépassé les 2% des voix, risque en tout cas de peser lourd en vue d'un second tour dont Alain Juppé a longtemps été donné immense favori. Et la semaine prochaine, il est probable qu'à la même heure, ce ne soient pas les propos de campagne de Nicolas Sarkozy mais les unes et les titres des journaux en mode «Juppé a-t-il déjà gagné?» qui prennent soudainement un tour ironique.

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