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Pourquoi la campagne présidentielle est si bleue

Capture d'écran de la présentation officielle du logo de Marine Le Pen pour l'élection présidentielle de 2017.

Capture d'écran de la présentation officielle du logo de Marine Le Pen pour l'élection présidentielle de 2017.

Ce n’est pas un hasard si le logo du Front national est fleur bleue.

Veste bleue, sourire aux lèvres, Marine Le Pen, présidente du Front national et candidate du parti d’extrême droite à l’élection présidentielle, est fière de présenter son nouveau logo. Si le choix d’une rose sans épines (mais à la tige pointue) pour souligner son prénom inscrit en capitales a fait réagir de nombreux médias, les superpositions de bleu —le logo, le bandeau pour les sourds et malentendants et sa veste— sont moins commentées. Et pour cause, ce n’est pas la première campagne du Front national qui met le bleu à l’honneur. En 2012, tout juste après l’élection présidentielle où le parti avait remporté 18% des suffrages, Marine Le Pen avait pris la tête du «Rassemblement bleu marine».

La couleur comme signature symbolique

Outre le jeu de mots, une volonté certaine (et ce dès la création du Front national) de s’approprier une couleur marquée à droite, pour mieux s’affranchir du brun ou du noir que leur imposent certains médias quand il s’agit de représenter une carte électorale. Une façon de s’associer implicitement à des partis plus consensuels, comme Les Républicains dont les tracts sont quasiment uniformément bleus. Il n’y a qu’à voir Google Images.

Et c’est vrai que l’on imaginerait pas la droite française plébisciter une autre couleur que le bleu. Arnaud Mercier, professeur en sciences de l'information et de la communication à Paris II Panthéon-Assas, expliquait au Figaro en 2012:

«Dans un monde concurrentiel comme le nôtre, les partis politiques cherchent à se démarquer à tout prix pour imposer leurs idées. Cela passe par l'acquisition de codes couleurs qui définissent, par la force de l'habitude, l'opinion politique. Choisir une couleur, c'est inscrire une signature symbolique visuelle forte qui permettra d'acquérir une visibilité immédiate dans des affiches ou des tracts. La couleur en politique est un capital précieux que les partis peuvent utiliser à volonté.»

Le bleu est généralement de sortie sur quasiment tous les plateaux télé quand il s’agit de politique, des débats pour la primaire de droite à l’annonce de candidature à l’élection présidentielle d’Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron, le 16 novembre 2016 | Philippe Lopez / AFP

«Il ne faut pas tout confondre», tempère Arnaud Mercier aujourd'hui. «L’usage du bleu est très fréquent à la télévision, c’est une couleur qui passe bien: elle ressort sans trop accentuer les contrastes du visage. TF1 en a d’ailleurs fait sa couleur de prédilection», précise t-il.

Des racines historiques

Pour ce qui est des tracts, des affiches et des logos, le choix de palette de la droite et l’extrême droite française prend sans doute racine au XVIe siècle. Selon Michel Pastoureau, historien médiéviste et spécialiste de la symbolique des couleurs et des emblèmes, c’est précisément à cette période que les couleurs se moralisent: 

«Les protestants distinguent les "couleurs honnêtes" —blanc, noir, brun, gris et bleu— des "couleurs déshonnêtes", plus voyantes —rouge, jaune et vert», énonce t-il pendant une conférence enregistrée en 2015.

Des idées qui finissent par être reprises par les catholiques. Depuis, le bleu est resté une couleur morale dans l’imaginaire des Occidentaux. C’est au XVIIIe siècle que les couleurs prennent une signification plus politique. «En France, sous l’Ancien régime, le bleu est à la fois la couleur de l’Etat et de la nation», explique Michel Pastoureau. Bien que le bleu soit une couleur associée à la monarchie, la révolution ne le chasse pas. Mais il n’est pas pour autant de droite tout de suite, au contraire il est d’abord très progressiste.

«Plus on avance dans le XIXe siècle, plus il devient modéré jusqu’à devenir conservateur au XXe siècle», raconte encore Michel Pastoureau dans cette même conférence. «D’ailleurs, la gauche a essayé de reprendre le bleu, on l’a vu notamment à une époque avec Ségolène Royal», se souvient Arnaud Mercier.

Le bleu autoritaire

Mais, rien à faire, le Parti socialiste garde son rose hérité du rouge révolutionnaire. Le bleu reste, lui, associé à une certaine idée du patriotisme —une valeur ardemment défendue par les partis de droite. Michel Pastoureau cite plusieurs exemples:

«Un drapeau officiel veut que la surface du bleu soit un peu plus grande que celle du rouge et du blanc. En milieu militaire, quand on plie selon les règles, on ne voit que du bleu. Les sportifs eux-mêmes, sauf exceptions, jouent en maillot bleu. On les appelle même ainsi.»

Surtout, «le bleu […] s'apparente dans la société moderne à l'autorité, à la police et au travail, revendiqués par l'UMP et le Front national», disait Arnaud Mercier au Figaro, au moment où se lançait l'UDI de Jean-Louis Borloo (avec du violet). 

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