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Jean-François Copé réécrit tranquilou l'histoire de France

La bataille du pont d'Arcol| par Horace Vernet via Wikimédia CC License by

La bataille du pont d'Arcol| par Horace Vernet via Wikimédia CC License by

Lors du troisième débat de la primaire de la droite et du centre, le candidat s'est laissé aller à l'image d'épinal de la bataille du pont d'Arcole. Raté.

Dans sa dernière allocution du troisième débat de la primaire de la droite et du centre du 17 novembre 2016, Jean-François Copé nous a sorti l’artillerie lourde, ou plutôt l’artilleur de formation, le brave général Bonaparte au pont d’Arcole. Un Bonaparte qui, selon Copé, alors que ses soldats ne parvenaient pas à traverser le pont, se serait emparé d’un drapeau et, cerné par les flammes, l’aurait traversé, en entraînant derrière lui ses hommes, un 15 novembre, il y a 220 ans.

Alors oui, mais non.

Déjà parce que la légende du pont d’Arcole, qui a beaucoup fait pour la carrière de Napoléon (vous savez, l’ogre corse qui a mangé le général républicain) est... une légende. «Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende», comme il est dit dans L’homme qui tua Liberty Valance, mais tout de même, cette vision «images d’Epinal» de l’histoire de France, de la part d’un homme qui s’enorgueillit –non sans raison– d’avoir créé un musée consacré à la Grande guerre dans sa ville de Meaux a de quoi laisser perplexe.

Hécatombe

Il y eut bien une bataille à Arcole, qui dura trois jours, du 15 au 17 novembre 1796 et le général Bonaparte s’y est effectivement distingué, mais pas vraiment de la manière dont le raconte Jean-François Copé.

Pour commencer, non, le pont n’était pas pris par les flammes. Voilà ce qui arrive quand on lit des notices wikipédia un peu vite. On y parle en effet du feu, mais c’est du feu des Autrichiens, des tirs de leur infanterie dont il est question. Il aurait été totalement suicidaire de traverser un pont enflammé. Il se serait effondré sur les arrières des soldats Français, les prenant au piège.

Par ailleurs, Bonaparte a bien décidé de montrer l’exemple à ses hommes, afin de les pousser à traverser le pont. Descendant de son cheval, il s’est emparé d’un drapeau et s’est placé bien en vue, sur la digue, sous le feu des Autrichiens à près de 50 pas du pont et ne s’en approchera pas davantage. Malgré les tirs de l’ennemi, le général Bonaparte s’en sort miraculeusement indemne alors qu’autour de lui, c’est l’hécatombe; son aide de camp, Muiron, est d’ailleurs tué. Voyant que la situation ne se débloque pas, Bonaparte remonte à cheval et se replie. Sa monture glisse dans les marécages. Il en est sorti, crotté, par deux grenadiers.

Il faudra attendre le 17 novembre pour que cette bataille soit enfin péniblement gagnée. Les Français y auront perdu près de 3.500 hommes sur les 20.000 engagés

Autant dire que l’exemple d’Arcole était pour le moins mal choisi.

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