France / Culture

Mitterrand, timoré, refuse la polémique

Temps de lecture : 2 min

Frédéric Mitterrand a refusé d'entrer dans la polémique qui oppose Eric Raoult au prix Goncourt de cette année, Marie NDdiaye: «Je n'ai pas à arbitrer entre une personne privée qui dit ce qu'elle veut dire et un parlementaire qui dit ce qu'il a sur le coeur [...], ça me regarde en tant que citoyen, cela ne me concerne pas en tant que ministre,» a souligné le ministre de la Culture ce matin, sur France Bleu Isère. «Les écrivains qui reçoivent le Prix Goncourt, et Marie Ndiaye est un grand écrivain, ont le droit de dire ce qu'ils veulent.»

Le député UMP de Seine-Saint-Denis Eric Raoult s'était insurgé mardi 10 novembre contre des propos tenus par l'écrivain Marie NDiaye cet été, lors d'une interview donnée aux Inrocks. NDiaye, qui habite à Berlin, avait déclaré à l'hebdomadaire culturel:

«Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d’être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy(...). Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d’une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j’aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : “La droite, c’est la mort.” Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible.»

Depuis, Marie NDiaye a obtenu le plus prestigieux des prix littéraires, pour son livre Trois Femmes puissantes, et tout à coup ses propos, dont personne ne s'était préoccupé lors de la parution de l'entretien, ressortent et font polémique. Selon Eric Raoult, ancien ministre et député UMP de Seine-Saint-Denis, «ces propos d’une rare violence sont peu respectueux, voire insultants, à l’égard de ministres de la République et plus encore du chef de l’Etat. Le droit d’expression ne peut pas devenir un droit à l’insulte ou au règlement de compte personnel», ajoute l’ancien ministre.

Arguant du «devoir de réserve dû aux lauréats du Prix Goncourt», il estime qu’une «personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d’un certain respect à l’égard de nos institutions».

Après avoir tenu les propos controversés, et avant qu'Eric Raoult s'emmêle, l'auteur avait voulu nuancer ses propos, mais après la polémique, elle persiste finalement: «Le contexte a changé avec la publication de ce texte grotesque et hallucinant d'Eric Raoult. Il n'est plus nécessaire d'affiner mes propos antérieurs, que je maintiens..», a-t-elle expliqué à Bibliobs. A la question de savoir si elle est affectée par la polémique, elle a répondu: «Surprise par les propos d'Eric Raoult, qui dépassent en ridicule tout ce qu'on peut imaginer, oui. Affectée, non.»

Dans L'Express.fr, Patrick Rambaud, juré du prix Goncourt, (auteur des Chroniques du règne de Nicolas Ier) estime qu'Eric Raoult «confond le prix Goncourt avec Miss France» en reprochant à Marie NDiaye «de ne pas respecter la cohérence nationale et l'image du pays.» «L'identité française consiste justement à pouvoir dire ce que l'on veut, et ceci depuis Vercingétorix», a-t-il ajouté. Tahar Ben Jelloun, autre juré du Goncourt trouve «les propos d'Eric Raoult déplacés et scandaleux».

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Image de une: Marie NDiaye, DR.

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