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Une journaliste de Fox News traquée sur Amazon par les fans de Trump

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 17.11.2016 à 9 h 13

Le dernier ouvrage de la présentatrice de télévision Megyn Kelly, qui s'est heurtée au candidat républicain pendant la campagne, fait l'objet d'un tir de barrage de critiques négatives sur Amazon.

Détail de la couverture de «Settle For More» de Megyn Kelly.

Détail de la couverture de «Settle For More» de Megyn Kelly.

Une semaine pile après l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, la présentatrice de Fox News Megyn Kelly a publié son autobiographie, Settle for More, qui s'est immédiatement installée dans les meilleures ventes. Un ouvrage où, d'après les éléments rapportés par la presse, elle commente notamment les menaces dont elle a fait l'objet durant la campagne de la part du président élu et de ses militants.

Quand on regarde le classement actuel des meilleures ventes de livres sur Amazon.com, une chose frappe: le livre en question compte déjà beaucoup plus de notes que les autres et elles sont beaucoup plus mauvaises. Il a par exemple été dix fois plus noté que Our Revolution: A Future to Believe In de Bernie Sanders, paru le même jour et qui le devance dans la liste des meilleures ventes. La lecture des 80% de chroniques qui ne lui accordent que la note minimale d'une étoile (et qui proviennent quasiment toutes d'utilisateurs qui n'ont pas acheté le livre sur la plate-forme) est édifiante:

«La personne la plus partiale des médias. Elle a écrit un livre en pensant qu'elle recevrait le soutien des femmes du monde entier. Bien fait pour toi blondasse!»

 

«Ce livre est aussi exaltant qu'une chlamydiose.»

 

«Megyn Kelly, vous n'êtes pas une journaliste! Vous feriez mieux d'être une mère au foyer, vous pervertissez vos enfants.»

 

«Cette femme est une arnaque et a été contactée par la campagne Clinton.»

 

«Des absurdités écrites par une progressiste égocentrique. NE L'ACHETEZ PAS!»

 

«Je ne recommanderais rien qui provienne de cette femme, elle devrait se souvenir de nous tous les déplorables, ceux qu'elle a offensés en soutenant une politicienne corrompue.»

 

«Il y avait quelque chose qui sortait des pages de ce livre, sa tranche, peut-être...»

La dernière critique constitue une référence à une remarque faite par Donald Trump après un débat coanimé par Megyn Kelly en août 2015. Celui qui n'était alors encore que le postulant à l'investiture républicaine n'avait pas apprécié ses questions et avait déclaré: «On pouvait voir du sang sortir de ses yeux, du sang sortir de son… où que ce soit.» Ce qui, comme l'avait noté le site TerraFemina, constituait une nouvelle version de l'éternel «Elle a ses règles, ou quoi?».

Ce phénomène de harcèlement critique a notamment été pointé sur Twitter par la journaliste Michelle Fields, qui estime que son dernier livre a été l'objet de la même attitude de la part de personnes ne l'ayant pas lu, et cela parce qu'elle avait accusé le directeur de campagne de Donald Trump, Corey Lewandowski, de l'avoir molestée.

Selon le site The Daily Beast, Amazon a par ailleurs régulièrement effacé certaines critiques du livre de Megyn Kelly, mais un flot de nouvelles notes d'une étoile ne cesse d'apparaître, sans doute «grâce» aux appels en ce sens lancés sur le subreddit The_Donald, très actif. «Tout ceci porte la marque d'un effort concerté pour discréditer notre livre et notre auteur», a déclaré à l'Associated Press l'éditeur de Settle for More, Harper Collins.

Dans une théorie du billard à trois bandes, ce harcèlement permet aussi aux fans de Trump d'ennuyer Amazon, dont le propriétaire, Jeff Bezos, avait plusieurs fois critiqué leur candidat (même s'il a mis de l'eau dans son vin depuis) et possède le Washington Post, qui a sorti de nombreux scoops gênants pendant la campagne.


En plus de ses démêlés avec Donald Trump, Megyn Kelly avait aussi, ces derniers mois, accusé de harcèlement sexuel Roger Ailes, l'ancien PDG de Fox News et conseiller du candidat républicain. Dans la dernière ligne droite de la campagne électorale, en plein scandale autour de la vidéo de «Access Hollywood», elle s'était aussi vu reprocher par l'ancien président de la Chambre des représentants Newt Gingrich, l'un des plus fervents soutiens de Trump, d'être «fascinée par le sexe». Ce à quoi elle avait répondu: «Je ne suis pas fascinée par le sexe, je suis fascinée par la protection des femmes et la compréhension de la personne que nous avons au sein du Bureau Ovale». La discussion s'était encore envenimée, et Kelly l'avait conclue en suggérant à son interlocuteur de travailler sur «sa gestion de la colère».

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (848 articles)
Rédacteur en chef de Slate.fr. Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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