Partager cet article

Emmanuel Macron, le candidat qui fait l'unanimité contre lui

Emmanuel Macron, le 16 novembre 2016 I PATRICK KOVARIK / AFP

Emmanuel Macron, le 16 novembre 2016 I PATRICK KOVARIK / AFP

L'ex-ministre de l'Économie est en marche vers l'Élysée. Et d'Alain Juppé à François Hollande en passant par François Bayrou, Manuel Valls et Jean-Luc Mélenchon, sa candidature gêne un peu tout le monde. Pas sûr que ça suffise...

«C'est le candidat des médias», attaque Arnaud Montebourg, qui n'est pourtant pas le dernier pour s'afficher en une des magazines. Le candidat à la primaire de la gauche n'est pas le seul à tomber sur son ancien collègue du gouvernement après son annonce de candidature. Tout le monde, ou presque, a une bonne raison de le détester. Et de vouloir sa chute.
 

1.Martine Aubry, qui lâche en septembre 2015: «Macron? Comment dire? Ras le bol! Voilà, ras le bol!»

La maire de Lille, qui n'a pas réussi à infléchir la ligne sociale-libérale du gouvernement depuis 2012, s'est battue à de nombreuses reprises contre Emmanuel Macron. Le pacte de responsabilité? C'est lui! La loi Macron? C'est encore lui... Évidemment. De quoi rendre furieuse Martine Aubry, qui plaide pour une politique économique de relance de la demande quand François Hollande, inspiré par Emmanuel Macron, préfère soutenir les entreprises plutôt que la consommation. Divergence de fond. Et puis, rappelons-nous: il y a vingt ans, c'est Martine Aubry qui incarnait la modernité à gauche. De quoi être un peu jalouse...
 

2.Alain Juppé, dont certains soutiens ont laissé entendre qu'il pourrait gouverner avec Emmanuel Macron

La stratégie d'Emmanuel Macron est claire: se déclarer avant François Hollande, pour bousculer la gauche, mais aussi juste avant le premier tour de la primaire de droite, pour s'imposer comme l'un des thèmes de cette campagne. Résumé par Benoist Apparu soutien d'Alain Juppé: «Sa première démarche, il la fait uniquement pour emmerder la primaire de la droite», dénonce-t-il.

Après les polémiques stériles sur le soutien de François Bayrou et l'appui des centristes, Alain Juppé n'avait pas besoin de ça. L'arrivée d'Emmanuel Macron dans le jeu alimentera sans doute les critiques de ses adversaires, qui l'accusent de ne pas être assez clair sur son positionnement. En bref: Alain Juppé est-il assez de droite? «Ce ne serait pas impossible de gouverner avec lui» après 2017, déclarait en décembre 2015 Jean-Pierre Raffarin, soutien d'Alain Juppé, en évoquant Emmanuel Macron. Qui reconnaissait lui même dans Challenges «des convergences sur ce que peut et doit être la vie en société», avec l'ancien Premier ministre. Un nouveau caillou dans la chaussure juppéiste?
 

3.François Hollande, à qui l'on rappelle la trahison de son ancien chouchou

«Hollande / Macron c'est même bilan, même politique», attaque Éric Ciotti, porte-parole de Nicolas Sarkozy –qui donnait un meeting à Nice mardi 15 novembre– et qui relève à quel point il sera dur, pour Emmanuel Macron, de se défaire de son mentor, qui l'a fait secrétaire général adjoint de l'Élysée, puis carrément ministre de l'Économie. À moins de 40 ans, ça n'est pas si mal...

C'est d'ailleurs pour cette raison que François Hollande a perdu un certain crédit lorsqu'il fut trahi par son poulain. La démission d'Emmanuel Macron pendant l'été 2016 a rappelé à quel point François Hollande était seul, lâché par ses fidèles, avant même qu'il n'annonce sa volonté de réélection. Brutus a-t-il enterré César? Pas certain.
 

4.Manuel Valls, qui se voit concurrencé sur son positionnement «gauche moderne»

Il devait être LE recours. L'homme de gauche, qui assume le bilan, mais qui donne des gages sur la laïcité à une gauche divisée sur la question. Et sur cette thématique essentielle aux yeux des Français aujourd'hui, Emmanuel Macron ne tranche pas avec ses aînés. Pour lui, la République peut «fabriquer du communautarisme», alors que chez Valls, c'est la République qui protège du communautarisme. Il n'empêche: le Premier ministre, dont le positionnement autoritaire vise à doubler tous ses concurrents, n'a plus toutes les cartes en main depuis que son ennemi juré lui pique la place de «moderne» de service.

«Rien ne m'affecte», a réagi le Premier ministre, en déplacement à Cergy-Pontoise. Avant d'ajouter qu'il faut «une expérience qui a été éprouvée par le temps» pour gouverner et «refuser les aventures individuelles». À court-terme, leur intérêt objectif est d'écarter François Hollande. À long terme, s'ils se retrouvent tous les deux sur la ligne de départ, ils seront en concurrence.
 

5.Nicolas Sarkozy, parce qu'il lui rappelle ce qu'il fut: en rupture dans son propre camp

Depuis le départ, Emmanuel Macron incarne la rupture dans la continuité, comme son aîné de droite dans les années 2000. Il a mis en scène sa vie privée, afin que celle-ci serve sa vie publique. Sa femme, de vingt-quatre ans son aînée, l'accompagne, le conseille, l'épaule: Brigitte Macron assistait même aux réunions de cabinet et n'a pas abandonné ce rôle dans le mouvement En marche.

«Le propre de ma personnalité est qu’il n’y a pas de distance entre la personne publique et la personne privée», déclarait l'ex-ministre de l'Économie à Nicolas Prisette dans le livre Emmanuel Macron, en marche vers l’Élysée, qui vient de paraître chez Plon. Une phrase qu'aurait pu prononcer Nicolas Sarkozy? Même s'il se réjouit que la candidature d'Emmanuel Macron mette le feu à la gauche (et un peu à la droite), la jeunesse et le renouveau de sa candidature renvoient Nicolas Sarkozy à son image d'ex-chef d'État qui est au pouvoir depuis trente ans.
 

6.Marine Le Pen, à qui Emmanuel Macron prétend piquer le titre de candidat «anti-système»

Emmanuel Macron est parvenu à faire oublier Marine Le Pen, qui dévoilait son logo et son équipe de campagne le jour de la déclaration de candidature de l'ex-ministre de l'Économie. Un détail, certes, mais un détail qui compte. Car même si Le Pen et Macron paraissent très éloignés idéologiquement, leur posture se ressemble: ils rejettent un système politique éculé, prétendent renouveler le genre et défendre le peuple tout en étant le produit de cette élite. En même temps, Trump a bien prouvé qu'on pouvait être milliardaire et séduire les classes moyennes. Or comme le nouveau président américain, Macron et Le Pen font peut être partie du «système», ils ne sont pas issus du sérail politique...
 

7.François Bayrou, pour qui Emmanuel Macron incarne le règne de l'argent-roi

On a voulu comparer Emmanuel Macron et François Bayrou, deux hommes «centristes» («central», dirait le président du Modem). Pourtant, tout les sépare. Et le maire de Pau n'a jamais caché son animosité pour un homme qu'il voit comme le représentant des forces de l'argent. Pour gagner son indépendance financière et être libre d'effectuer sa carrière politique, l'ancien banquier de Rostchild a accepté de pantoufler. François Bayrou, lui, a dû assumer un statut d'exploitant agricole et de chef de famille très jeune, après la mort de son père. Surtout, on se demande encore si Emmanuel Macron, qui se dit «de gauche», a un véritable projet pour la France ou s'il œuvre pour la refondation idéologique de son camp. De quoi donner envie à François Bayrou de voir chuter l'ancien ministre...
 

8.Jean-Luc Mélenchon, qui est son ennemi juré à gauche et le compare à Le Pen

Si pour Jean-Luc Mélenchon François Hollande, c'est Nicolas Sarkozy «en pire», qu'est Emmanuel Macron? Sur la suppression de la carte scolaire et l'autonomie que l'ex ministre de l'Économie veut donner aux directeurs d'écoles dès le primaire, Jean-Luc Mélenchon s'insurge: «Cette libéralisation très poussée de l'école fait cheminer Macron au-delà de la droite, vers le programme du FN. L'idée d'un marché scolaire avec des établissements en concurrence est en effet au cœur du projet lepéniste depuis vingt ans.» Alors Emmanuel Macron, un «nouveau masque pour le vieux monde», comme le prétend Jean-Luc Mélenchon?

Finalement, il n'y a qu'un homme, à droite, qui se réjouit vraiment de la candidature d'Emmanuel Macron: Bruno Le Maire. Parce qu'il impose l'idée de renouveau. Parce qu'il tranche avec la gauche molle. Et parce que les deux hommes rêvent d'un duel dès 2017. «Macron est le candidat de gauche dont la droite rêve», note ainsi le politologue Pascal Perrineau. Difficile de rassembler la gauche dans ces conditions.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte