Jean-Marie Colombani: la France sort de l'Histoire
Le localisme, le dérisoire et l'anecdotique aspirent progressivement la vie politique comme celle des médias.
- Nicolas Sarkozy et Angela Merkel le 11 novembre devant la tombe du soldat inconnu Reuters -
«Depuis quelques temps je trouve l'atmosphère en France assez dépressive, assez morose. Il me semble qu'à Berlin, elle est plus exaltante». Ces phrases sont de Marie Ndiaye, prix Goncourt, qui répondait sur Europe 1 à la polémique, une de plus, particulièrement nulle celle-ci, lancée contre elle par Eric Raoult, député UMP de Seine-Saint-Denis. Il invitait l'écrivaine à un «devoir de réserve» après qu'elle eut affirmé (c'était au mois d'août) qu'elle avait quitté la France, en gros, à cause de Nicolas Sarkozy. Il s'agissait donc pour elle de préciser sa pensée. Mais sur le jugement qu'elle énonce, je confirme: la France est toujours en dépression tandis qu'à Berlin on voit les choses autrement. Les commémorations récentes que nous venons de vivre l'illustrent: quel décalage entre les événements historiques dont il était question et le débat franco-français!
Après la chute du mur de Berlin, daté du 9 novembre 1989, la question posée par Francis Fukuyama était celle «de la fin de l'Histoire». Après les célébrations du 20ème anniversaire de cet évènement, on peut se poser la question de savoir si une partie de la France ne veut pas plus simplement sortir de l'Histoire.
Je m'explique: l'évènement célébré lundi 9 novembre à Berlin par une pléiade de chefs d'état, réunis autour d'Angela Merkel, est d'une portée considérable. A la fois révolution et libération, prélude à la chute de l'empire soviétique, à l'unité de l'Allemagne puis à celle de l'Europe. Il précédait de 48 heures la cérémonie organisée le 11 novembre à Paris à l'Arc de Triomphe, à laquelle était convié pour la première fois un chancelier d'Allemagne, en l'occurrence Angela Merkel. Evènement lui aussi important, puisqu'il change le sens du 11 novembre et nous fait passer de la célébration d'une victoire militaire à celle de la réconciliation qui a permis qu'existât une union européenne.
La cérémonie de Berlin, qui s'est déroulée sous une pluie glaciale, était à la fois originale -avec un Lech Walesa poussant des dominos qui symbolisaient la chute du mur- et émouvante par les mots prononcés par la chancelière; mais elle a aussi revêtu une portée non négligeable. Alors que Poutine venait de manifester sa nostalgie pour l'Allemagne de l'Est (on se souvient qu'il avait sévi à Dresde), le président Medvedev a clairement pris acte de la nouvelle donne européenne.
La commémoration du 11 novembre, brève et sobre, nous a aussi permis de mesurer la portée historique d'un geste qui s'inscrit dans la droite ligne de celui qu'avait échangé Helmut Kohl et François Mitterrand à Douaumont en 1984. Au «refus de confondre l'amour de son pays avec la haine de l'autre» de Nicolas Sarkozy a fait écho le «nous vivons un moment de grâce de l'Histoire» d'Angela Merkel.
Pourtant dans ces dernières 48 heures qu'avons-nous vu, ou entendu, en France? La polémique du jour bien sûr: elle portait cette fois sur la présence ou non du jeune Nicolas Sarkozy, qui était alors une des jeunes pousses du RPR, lors de la chute du mur à Berlin. Polémique dérisoire, ridicule, humiliante même pour un pays qui voudrait reconquérir son leadership en Europe. Illustration on ne peut plus caricaturale du rétrécissement des débats français, du localisme qui aspire progressivement la vie politique comme celle des médias; et bien sûr nouvelle preuve que seul comptent désormais l'émotion ou ce qui en tient lieu, et le ressentiment du moment. Quelle tristesse!
Alors qu'il y avait là, dans ces 48 heures, quelques occasions de débats d'importance. Celui sur l'Histoire d'abord qui aurait avantage à remplacer la dernière en date des initiatives d'Eric Besson sur l'identité nationale; l'identité est d'abord forgée par la façon dont on enseigne et dont on assume l'Histoire. Or, autour du 9 novembre, il y avait au moins deux discussions utiles, possibles. L'une aurait pu porter sur la nature de l'événement, qui a d'ailleurs été très présente à Berlin. Pour Lech Walesa par exemple, on a tort de se focaliser sur la chute du mur: pour l'ancien leader de «Solidarité», l'empire soviétique est mort de l'action conjuguée de Jean-Paul II, des ouvriers et du peuple polonais et de l'appui des Etats-Unis. Pour Angela Merkel qui a, plusieurs fois dans la journée, rendu hommage à Mickael Gorbatchev, c'est le rôle de ce dernier à la tête de l'Union soviétique, conjugué à la levée en masse des Allemands de l'Est qui a ouvert une brèche qui devait se révéler décisive.
Vrais débats donc: s'agissait-il d'une révolution, d'une libération obtenue par l'un ou l'autre peuple jusque là opprimé, ou par les deux ensemble? Ou s'agissait-il au contraire d'une sorte d'implosion de l'empire décrétée par le haut, par un Gorbatchev dépassé par les événements?
Autre dispute possible: le rôle de la France. François Mitterrand, qui avait été un temps déstabilisé au point de paraître vouloir voler au secours de la RDA puis de l'URSS, nous a-t-il fait manquer ce rendez-vous avec l'Histoire? S'était il vraiment planté? En fait, il s'était largement repris et nous devons à la qualité et à la force de sa relation avec Helmut Kohl de vivre avec ce que l'Union européenne a de meilleur et de plus fort, à savoir l'euro. Le deal final entre les deux hommes fut en effet, en plus d'obtenir la sacralisation de la frontière Oder-Neisse entre l'Allemagne et la Pologne, d'échanger le soutien français à l'unité de l'Allemagne contre l'ancrage de cette dernière dans l'Union européenne. Et la concrétisation de cet ancrage fut l'abandon par Helmut Kohl du sacrosaint deutsche mark, remplacé donc par l'euro. Or, nous vivons toujours sur les fondements de cet accord-là. Il eut donc été tellement plus «exaltant», comme dirait Marie Ndiaye, de s'interroger sur la façon dont nous pouvons et devons dépasser cette frontière-là pour porter plus loin nos destins d'Européens.
A dire le vrai, cette préoccupation est présente à l'esprit de Nicolas Sarkozy et d'Angela Merkel. Déjà on peut rendre cette justice au président français d'avoir désembourbé l'Europe. Il suffit pour le mesurer de se reporter 2 ans et demi en arrière: l'Europe était paralysée après le non français au référendum voulu par Jacques Chirac, lequel s'était rendu parfaitement impopulaire dans l'est de l'Europe, nouvellement raccordée à l'Union, pour avoir pris les nouveaux adhérents de haut et pour les avoir traités comme quantité négligeable. Or nous sommes de nouveau à la manœuvre en même temps que l'Europe s'apprête à désigner son premier président et son premier haut représentant.
En même temps, nous sommes dans l'attente de la réponse allemande à une série de propositions françaises qui seraient, en effet pour le coup, de nature à relancer le couple franco-allemand. Car Nicolas Sarkozy s'est finalement rendu à cette donnée de base de la vie européenne: rien ne peut vraiment avancer s'il n'y a pas au préalable un accord entre Paris et Berlin. Comme Edouard Balladur ou Lionel Jospin avant lui, sans parler de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy avait, au début de son mandat, caressé l'espoir d'une meilleure entente avec Londres. Comme la plupart des dirigeants français, il avait commencé par maugréer contre le cadre trop limité ou trop strict de la relation franco-allemande et ne jurait que par Tony Blair plus Gordon Brown. L'un et l'autre ont été, sur ces questions européennes, aux abonnés absents. Et Nicolas Sarkozy a du concéder qu'il lui faudrait davantage s'intéresser à Berlin, même s'il refusait d'envisager d'y passer ses vacances...
Le catalogue proposé à l'Allemagne est donc impressionnant: un ministre commun siégeant dans chacun des deux gouvernements pour porter la relation bilatérale; une session commune de nos deux parlements; un programme de recherches scientifiques et technologiques commun; un rapprochement sur tel ou tel projet de nos industries de défense, etc... Et sans attendre bien sûr, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se sont accordés sur la future présidence de l'Union (l'avantage semble aller à l'actuel premier ministre belge). On verra donc si Angela Merkel souscrit à ce catalogue, ce qui serait évidemment une bonne nouvelle. En tous cas, ce qui est visible à Berlin et perceptible, c'est la joie de vivre malgré la crise, l'optimisme, une relative tranquillité d'esprit: l'Allemagne apparaît aujourd'hui comme naturellement et banalement soucieuse d'elle-même, sans jamais mettre en doute son ancrage européen. Angela Merkel, tirant la leçon à Paris de ces deux journées du souvenir, a indiqué que l'une et l'autre nous commandent de préserver ensemble nos valeurs, à savoir, à ses yeux, la démocratie, la solidarité européenne et le partenariat transatlantique.
Mais nous sommes à Paris, dans cette ambiance morose en effet décrite par Marie Ndiaye et, semble-t-il, condamnés à aller de polémique en polémique. Devenir une sorte de grand parc de loisirs pour le reste du monde et une occasion de se cultiver bien sûr à travers nos villes musées n'est-ce pas un destin qui tente une partie de nos compatriotes. On le voit face à la crise: l'économie française, objectivement, a reculé de trois pas; nous avons descendu trois marches. Mais tout se passe comme si le pays s'efforçait de s'accommoder de ce nouvel état des choses sans chercher à regagner ces trois marches perdues; sans quête donc d'un effort de compétitivité et de dynamisme qui nous sont absolument nécessaires, aux dépens d'une jeunesse qui a, elle, de l'énergie à revendre et que l'on préfère enfermer dans des querelles inutiles (n'est-ce pas, Eric Besson?).
Bien sûr, il entre dans la place occupée par nos polémiques villageoises la traduction d'un mécontentement général de l'opinion et d'une crispation d'une partie de celle-ci face au pouvoir en place. Un micro-incendie, tel que celui de la date de la visite de Nicolas Sarkozy au mur de Berlin en novembre 1989, ne peut prendre que si le substrat est défavorable, que si le terrain se prête à n'importe quel embrasement. C'est un révélateur comme un autre. Mais il y a aussi, pour le pouvoir, un usage paradoxal de ces polémiques ultra secondaires: elles chassent les débats qui devraient avoir lieu sur les incertitudes et les difficultés que nous allons devoir traverser en 2010 par exemple; ou encore, sur la pertinence et l'efficacité des réformes engagées: sortirons-nous renforcés ou affaiblis de la crise? Mais ce serait sans doute trop demander...
Jean-Marie Colombani
SI VOUS AVEZ AIMÉ CET ARTICLE, VOUS APPRÉCIEREZ PEUT-ÊTRE: «Un mur, des murs» ; «Mur de Berlin: de la Réforme à la Révolution» et «Une photo pour rafistoler l'axe franco-allemand.»
Image de Une: Nicolas Sarkozy et Angela Merkel le 11 novembre devant la tombe du soldat inconnu Reuters
Mis à jour le 13/11/2009 à 12h01














































Vous n'allez pas au bout de votre analyse M. Colombani. Pourquoi la France se contente-t-elle de "polémiques" ? Parce qu'elle a à sa tête un homme qui n'a que faire de la France, qui ne parle que si personne ne peut l'interrompre, qui se veut seul à décider. Pendant ce temps, Mme Merkel dirige un gouvernement dans lequel les membres votent... C'est donc bien plus facile en France, de commémorer l'histoire.
JMC s'étonne aujourd'hui d'un phénomène médiatique qui a pourtant contribué à l'élection de Sarkozy.Parce que celui-ci en adepte du storystelling a été un bon client selon le mot d'une journaliste collègue un temps de JMC.
Parce que celui-ci a installé avec un certain nombre de ses sbires une pratique clivante destinée à attacher à sa personne dans une relation clientèliste une fraction de l'électorat
Parce que celui-ci est politiquement irresponsable et fait mine de croire que son électon lui permet tout et bien au delà. Ce qui a comme corrollaire les attaques en usurpation ou omniprésidence
Sur le fond et l'importante question européenne, JMC persiste d'ailleurs dans ce travers du "gros titre" creux puisqu'il nomme "catalogue" et donc ouverture politique un ensemble de mesures vides ou renommées , juste destinées à faire (ré)chauffer l'encre.
Reprenons.Pourquoi un ministre alors qu'il y a déjà un conseil des ministres commun? D'où viendrait la légitimité de son administration sinon d'une simple délégation- donc encore de la com loin très loin du fonctionnement démcratique.
Session commune?? Belles images mais pour quel résultat concret ?Veut on faire émerger une notion de loi bi-nationale? Programme de recherche commun,alors qu'on n'a même pas su faire vivre nos coopérations nucléaires?Ou que nos politiques environnementales divergent de plus en plus
A vrai dire les outils et institutions existent, y compris militaires ( pourquoi n'avoir pas envoyé en afghanistan un contingent franco-allemand) mais manque la volonté politique et pour notre président, une vision de l'histoire , de notre pays et de l'Europe allant au delà du court terme médiatique.
Sinon il nous parlerait de projets d'identité européenne plutôt que d'essayer de nous rétrécir à des neurones lepenisants
Sinon, il nous dirait comment harmoniser non seulement nos politiques économiques mais également sociales et industrielles pour éviter le dumping entre nos deux pays.
Et là, ce n'est pas la faute aux médias, mais aux politiques qui restent dans un silence assourdissant
des éléments de la BFA ont été engagés du mois d'août 2004 jusqu'au 11 février 2005, au sein de la Kaboul multinational Brigade (KMNB) sous le commandement de l'Eurocorps dans le cadre du 6e mandat de l'ISAF.
La France, fidèle aux querelles de clocher ... Lesquelles masquent les débats cruciaux et les solutions à trouver rapidement pour pallier les erreurs d'un passé plus ou moins récent. L'Allemagne, quoi qu'on dise, est en train de réussir la réunification Est-Ouest, et parvient, malgré de nombreuses difficultés, à maintenir la tête hors de l'eau ... Elle sait le rôle qu'elle joue et jouera sans doute encore longtemps sur les scènes européenne et internationale, grâce, notamment, à Angela Merkel, dont la talent poltique n'est plus à démontrer, et au civisme de sa population... Des atouts qui manquent parfois cruellement à notre pays, qui, urgemment, devrait s'atteler aux tâches essentielles et renforcer ainsi son " identité nationale ".
Polanski, EPAD, Besson et ses expulsions d'afghans, Hortefeux et ses auvergnats "quant y en a un ca va", Sarko présent (ou non) en 89 à berlin, et aujourd'hui Eric Raoult qui demande un "devoir de réserve" au lauréats du Goncourt... cette dernière, j'ai explosé de rire, avant de réprimer une énorme envie de pleurer...
Marre de ces polémiques de merde, qui ne font que détourner l'attention des Français des vrais problèmes, entretenues par le pouvoir alors même qu'elles ne font que saper l'image de la France et de son président (qui continue sa chute dans les sondages ; à ce rythme, les 30% d'opinions favorables vont être atteints).
Et le pire, c'est que quelque soit la bêtise de la polémique, les soldats UMP font toujours corps avec les lieutenants style Raoult. Il suffit de voir sur certains journaux de référence concurrents les réactions démesurées (et souvent racistes) qui expliquent qu'en effet, Mme NDyaye se doit de revenir sur ses paroles, ou alors rester à Berlin, où elle est si bien... déprimant et désolant.
Si je pensais l'herbe plus verte ailleurs (et si j'étais riche...), je m'expatrierai aussi... malheureusement, je sais ce qu'il en est, et à choisir, l'herbe Française est la mienne, on y trouve de la bonne bouffe et du bon vin, de plusieurs maux, je choisis le moins pire.
Mais que je suis triste de tout cela.
(un devoir de réserve pour un lauréat du Goncourt... et pourquoi pas une apologie de la république et du gouvernement obligatoire pour le discours de remise de ces prix littéraires... lamentablement désespérant, je ne m'en remet pas)
D'accord. Je ne peux que signer en dessous. C'est... terrible, affreux.
Je préfère rester polie.
1 - Le débat franco-français.
Les propos de madame NDiaye n'engagent qu'elle-même, en revanche le débat franco-français engage toute la classe politico-médiatique qui s'adonne à son exercice préféré : susciter des polémiques stériles à la pelle, très éloignées des préoccupations des Français.
2 - Le débat autour du 9 novembre 1989.
Je ne doute pas de l'importance de savoir si, comme le dit Lech Walesa, c'est plutôt l'action de Jean-Paul II et des ouvriers polonais ou bien plutôt celle de Gorgatchev et des Allemands de l'Est, qui a fait tomber le mur. Le plus important n'est-il pas qu'il soit tombé ?
3 - Le rôle de la France.
Les relations franco-allemandes ont toujours été fluctuantes tant du temps de Mitterrand que de Chirac ou Sarkozy. Sarkozy n'a donc pas à rougir de son rôle à l'international s'il le compare à celui de ses prédécesseurs.
4 - Le catalogue.
La France présente à l'Allemagne un catalogue de propositions qui ne seront pas toutes acceptées, mais l'essentiel n'est-il pas que les choses avancent entre les deux principaux partenaires de l'Europe ?
5 - L'économie.
C'est sans doute le point où les deux pays divergent le plus. La France qui a moins souffert de la crise, du fait de son investissement public, ce que votre article ne dit pas, souffrira sans doute beaucoup plus de la sortie de crise que l'Allemagne, à cause de la faiblesse de ses exportations et du montant impressionnant de sa dette publique.
Malgré ce constat on peut espérer, qu'à l'avenir, la France et l'Allemagne, sauront tirer les leçons de cette crise et trouvent une politique commune pour lutter ensemble contre les effets pervers désastreux de la mondialisation.
Je suis frappé de voir qu'aucun observateur ne s'est vraiment interrogé sur l'absence de Barak Obama aux festivités Berlinoises ! si nous cherchons un signe que l'Europe est bel et bien en train de sortir de l'histoire...en voilà un assurément. En effet, entre un occident peureux et vieillissant, ou peureux parce que vieillissant et la facade Pacifique vers l'Asie et les pays émergents, les responsables Américains finissent le mouvement de bascule entamé depuis Clinton. La série de commémorations glorifiant nos guerres et nos glorieux anciens nous font apparaître, aux yeux des pays du continent américain comme une civilisation essoufflée et en tout cas peu porteuse d'avenir.
J.T.
C'est je crois un ancien chancelier autrichien qui disait, dans les années 1970, "mon pays est sorti de l'histoire et il s'en porte bien".
Le problème des Européens et des Français en particulier, c'est qu'ils ont fait l'histoire pendant les 3 ou 4 derniers siècles - et qu'ils ont payé ce privilège en millions de morts. C'est la raison pour laquelle nos dirigeants de 1989 (Mitterrand, Dumas, etc.) se sont montrés si réticents face à la chute de l'Empire soviétique et du rideau de fer qui nous en isolait. Ils craignaient la guerre plus qu'ils ne désiraient la réunification de l'Europe. Ce sont les peuples jeunes et audacieux qui prennnent des paris sur l'avenir. Les nôtres sont vieillissants et se sentent agressés par l'immigration de peuplement en provenance de pays où l'on fait encore des enfants, beaucoup d'enfants.
C'est vrai que le plus troublant dans ces commémorations récentes, c'est 1° la manière dont les média et l'opinion française se sont focalisés sur la chute du Mur de Berlin - pour ne pas parler de l'implosion du système communiste (qui avait la faveur de beaucoup et l'a sans doute encore...), 2° le mépris du président Obama qui n'a pas fait le déplacement à Berlin et a envoyé un discours de 25 secondes... Obama sait que l'histoire ne se fait plus entre Paris, Londres et Berlin. C'est Pékin, New Delhi et Rio qui comptent. Nous sortons de la grande histoire. Le regretté Philippe Muray le proclamait avec un humour rageur. Mais la bonne question serait : comment l'Europe pourrait-elle redevenir une civilisation de nations historiques, alors qu'elle est accablée par le souvenir de nos guerres ?
Mme NDyaye, je vous salue, vous avez pleinement raison, vous m'avez donné envie de lire votre livre.
Quant à la célébration de la victoire du capitalisme et de ses excès j'ai eu comme réaction de couper la télé pendant 2 jours.. qu'est ce que c'était bien!
Excellent article par JMC- et une leçon allemande à ses voisins européens.
Pendant que les Français se demandent qui ils sont (tous ses voisins s'en foutent), pendant que les Britanniques se demandent s'ils ne devaient pas avoir un referendum pour savoir s'ils voulaient être vraiment européens (au lieu de quoi?), pendant que le Clown en Chef d'Italie s'occupe de trouver encore une fois moyen de ne pas se trouver en prison, pendant que le Président Czech savoure sa dernière minute de gloire, l'Allemagne fête sa victoire – notre victoire.
Quel retournement de situation! Écrasée en 45 et pour cause, ce pays a suivi depuis un parcours exemplaire.
D'abord du travail, une résurrection économique extraordinaire. Puis la générosité – d'abord auprès de la France avec un PAC qui a permis à ce pays voisin de s'enrichir sans vraiment moderniser son agriculture.
Puis auprès de la RDA, pays fasciste de gauche, dont le fardeau économique et la honte politique aurait écrasé n'importe quel autre pays européen.
Puis auprès de nous tous avec le sacrifice du DM en faveur d'un euro naissant.
Aujourd'hui le triomphe - ce qui ne manque pas de faire grincer les dents de pas mal de ses anciens adversaires mais qui est tellement mérité.
JMC fait bien de nous rappeller la différence avec nos pays et leurs petites querelles. L'Allemagne a réussit tout sans jamais lever la voix ou imposer sa volonté sur ses voisins comme aurait fait un pays moins grand moralement.
L'Allemagne aujourd'hui est beaucoup plus grande politiquement, économiquement et moralement qu'aurait été celle du Kaiser ou d'Hitler si, par un cruel hasard de l'histoire, ce grand pays avait gagné sur les champs de bataille ce qu'elle a gagné aujourd'hui pacifiquement.
Bravo!
Bravo jean-Marie pour cet article critique, sérieux, solide.
Oui en France nous vivons la petite histoire: Clearstream, Pasqua, Chirac, Frédéric Mitterrand, le PS, Royal et bien d'autres, des sujets et historiettes en représentation voulue ou pas mais très secondaires sur la scène principale. Pourquoi? là est la question. Une structure politique défaillante et des élus pour beaucoup pré-formatés; une structure géo-administrative délirante: régions, départements, cantons, communes et j'en passe, donc des centres de décisions éparpillés, faibles, voire inexistants; un manque de cohésion et de solidarité toutes tendances confondues indispensable sur les grands sujets; etc...Les français alors blasés et perturbés et aussi fatigués partent par ennui à la recherche de ces sujets et historiettes en représentation permanente sur les miltiples scènes prévues à cet effet, se détournant alors de l'essentiel?