Monde

Pourquoi nous détestons viscéralement ces cons de pigeons

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 16.11.2016 à 12 h 19

Repéré sur Audubon, The New York Times

D'après le travail d'un sociologue, notre regard sur l'oiseau a changé dans la première partie du XXe siècle. Une injustice qu'il est peut-être temps de réparer.

Tête de pigeon | Via publicdomainpictures.net CC License by

Tête de pigeon | Via publicdomainpictures.net CC License by

Nous avons tous subi, au moins une fois dans notre vie, une attaque fécale non réglementaire venant du ciel, un tir croisé et millimétré lâché par le plus sadique des oiseaux: le pigeon. Nous avons tous fui un banc libre dans un parc après avoir constaté qu’il était parsemé d’excréments du terrible animal. Nous avons tous été frôlés par les battements d’aile d’un «columbidé» tentant de fuir nos pas pressés. Nous avons tous croisé leur regard, qui semble nous dire «Je sais où tu habites, tu ne passeras pas la nuit».

De ces moments désagréables et récurrents a découlé une haine profonde et citadine pour l’oiseau. En 2006, le journaliste du New York Times Jon Mooallem écrivait ainsi: «L’étendue de notre mépris et de notre méfiance vis-à-vis de ces oiseaux est impossible à quantifier.»

C’est cette détestation viscérale de l’homme pour le pigeon qui a poussé le sociologue Colin Jerolmack à se pencher sur les origines profondes du problème. Et comme l’explique le site Audubon, il a découvert que cette haine viscérale ne venait pas d’une quelconque terreur orchestrée mondialement par les pigeons, mais bien de nous-même. Pour cela, il a analysé 155 ans d’articles du New York Times à propos des pigeons pour comprendre comment leur sale réputation est née.

«Alors qu’ils sont nos voisins depuis des milliers d’années, les pigeons ne sont devenus un problème que récemment, passant du statut d’oiseau innocent à celui de nuisance banale puis à celui d’ennemi public en quelques décennies», indique Audubon.

A la fin du XIXe siècle, la presse critiquait la chasse au pigeon, mais dès les années 1930, il devient une nuisance, qui fait ses besoins un peu partout dans un environnement de plus en plus urbain. Le tournant survient dans les années 1950, quand on apprend qu’ils peuvent transporter des maladies, et ce même si les autorités n’ont jamais établi de lien direct en terme de risque pour la santé publique. Le pigeon devient alors un «rat avec des ailes» dans l'imaginaire collectif.

Dompter la nature

Ces explications n’ont pas suffi au sociologue, qui estime que l’homme a construit son environnement de béton en pensant qu’il était séparé de la nature.

«Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de nature, mais idéalement, la ville est l’endroit où l’on invite la nature en la contrôlant, explique-t-il. Nous créons des petits parcs dans le béton, pour y mettre des arbres en se disant que c'est leur place. Nous n’aimons pas quand l’herbe commence à pousser dans les craquelures des trottoirs, parce qu’il s’agit de la nature qui s’échappe des barrières qu’on tente de lui imposer.»

Pour les pigeons, c’est la même chose. Nous ne pouvons pas les contrôler. Ils se posent et défèquent où ils veulent. Ils nous montrent que la nature ne se contente pas du cadre qu’on tente de lui imposer. Pour redorer le blason des pigeons, le sociologue estime qu’il faut repenser notre place dans la ville et accepter enfin l’idée que la nature est aussi incontrôlable qu’une crotte de pigeon qui s’écrase sur notre front. 

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