Allemagne

À 69 ans, il découvre que ses parents étaient en réalité de fervents nazis

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 16.11.2016 à 10 h 43

Repéré sur Der Spiegel, Sax Verlag

Une caisse remplie de vieilles lettres a ouvert les yeux de Joachim Krause, 69 ans, sur l'admiration insoupçonnée de ses parents pour Hitler.

Hochzeitspaar Margarete, Christian Krause 1943 via Spiegel

Hochzeitspaar Margarete, Christian Krause 1943 via Spiegel

Ils croyaient avoir grandi dans une famille tolérante, pacifiste et plutôt de gauche. Quel n'a pas été le choc de Joachim Krause, de sa sœur Ursula et de son frère Michael lorsqu'ils ont découvert que leurs parents et leur oncle avaient été autrefois de fervents admirateurs d'Hitler. En 2012, en ouvrant des caisses remplies de vieilles lettres oubliées depuis des décennies dans le grenier de la maison familiale, Joachim Krause s'est rendu compte que la vraie vie de ses parents, décédés quelques années plus tôt, lui était parfaitement inconnue, comme l'explique ce retraité aujourd'hui âgé de 69 ans à l'hebdomadaire Der Spiegel:

«Cela m'a permis de faire à nouveau leur connaissance.»

Après avoir épluché les journaux intimes et plus de 1.800 lettres échangées durant leur jeunesse par ses parents, Margarete et Christian Krause, ainsi que la correspondance d'Helmut Krause, son oncle, Joachim Krause vient de sortir un livre retraçant les errances idéologiques de sa famille, Fremde Eltern («parents étrangers»), aux éditions Sax Verlag. Ce récit, de par sa rareté, a une grande valeur historique, note Der Spiegel:

«Les journaux intimes, les lettres, les enregistrements du troisième Reich ont fait par le passé l'objet d'une grande attention dans le monde de la recherche et dans la société. On connaît la vie d'une victime par l'intermédiaire d'Anne Frank. Les notes de l'idéologue nazi Alfred Rosenberg ont dévoilé la pensée d'un grand criminel de cette époque. Mais rares sont par contre les témoignages qui offrent un aperçu de la psyché d'une famille normale, même si des millions de gens ont suivi la même voie que les Krause, du partisan hésitant et en proie au doute au fervent nazi.»

«Le peuple allemand est le plus grand du monde»

Sa mère et son oncle, en particulier, étaient d'enthousiastes admirateurs d'Hitler. Dans une lettre envoyée à son futur mari peu après l'arrivée au pouvoir d'Hitler, elle écrit: «L'Allemagne ne se laisse plus faire... Je fais totalement confiance à Hitler. Il va mener notre peuple sur le droit chemin avec l'aide de Dieu.»

En mars 1939, Margarete Krause disait suivre «avec joie et un vif intérêt» la marche des troupes hitlériennes sur la Bohême-Moravie, notant: «Ah, si je pouvais être là!» Le frère de son mari, Helmut Krause, alors officier de la Wehrmacht, participait lui-même à cette invasion. Dans une de ses lettres adressées à Margarete, il décrivait ainsi l'opération militaire: «J'ai dirigé une unité autonome... La joie des Allemands étaient indescriptible... Le peuple allemand est le plus grand du monde!»

Son père, Christian Krause, était pétri de doutes, à en croire les affirmations contradictoires qui émaillent ses journaux intimes. Étudiant en théologie, il interrompit ses études pour s'engager volontairement pendant un an dans l'armée du Reich, écrivant en 1933 que le fait d'être guidé par un Führer lui «donne de la force». Poursuivant ses études en Suisse en 1936, il écrit cette année-là:

«Quand on est dans le Reich, on est persuadé d'être national-socialiste, et maintenant la bâtisse commence à vaciller: les juifs et l'amour du prochain. Que va-t-il devenir d'eux?»

Du «bon» côté

Une fois devenu pasteur et rentré en Allemagne, il fit même partie de l'Église confessante, un mouvement protestant né sous le troisième Reich, qui s'opposait à l'instauration d'une Église protestante du Reich. Mais face aux menaces de la Gestapo, il rentra vite dans le rang dès 1937, en dénonçant ses camarades de lutte.

Même si la découverte du passé nazi de ses parents, qui n'a jamais été évoqué en présence de leurs enfants de leur vivant, a changé la vision qu'il avait d'eux, Joachim Krause se dit convaincu qu'ils étaient «plus des victimes que des criminels»:

«J'ai toujours eu l'intuition que mes parents, et bien sûr aussi à l'époque nazie, avaient toujours été du “bon” côté.»

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