Partager cet article

L'histoire de Takieddine et du financement libyen de la campagne de Sarkozy en 2007

MEHDI FEDOUACH / AFP

MEHDI FEDOUACH / AFP

Dix ans après le début des faits, l'affaire du financement occulte de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy se dévoile encore un peu plus avec les confidences à Mediapart de l'intermédiaire franco-libanais.

À quelques jours seulement du premier tour de la primaire de la droite et du centre, Nicolas Sarkozy est de nouveau secoué par des révélations sur l'une de ses campagnes. Alors que la justice française enquête sur les soupçons de financement libyen de celle qu'il a menée en 2007, Mediapart a dévoilé ce 15 novembre le témoignage de Ziad Takieddine. Dans un entretien vidéo, l'ancien homme d'affaires français d'origine libanaise qui a servi d'intermédiaire entre la France et les marchands d'armes, raconte précisément comment, en 2006 et 2007, il a fait transité cinq millions d'euros en espèces, de Tripoli à Paris, jusque dans les bureaux du ministère de l'Intérieur. 

Pour comprendre au mieux cette affaire qui s'étale sur plus de dix ans, Slate a retracé pour vous depuis le début, le déroulement du dossier politico-judiciaire.

Le passeur de billets de banque entre Tripoli et Paris

Tout commence en octobre 2005. Ziad Takieddine, déjà connu pour ses services auprès du camp Balladur dans les années 1990, organise une rencontre à Tripoli entre Nicolas Sarkozy alors ministre de l'Intérieur et Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis trente-six ans. 

Un an plus tard, d'après des informations de Mediapart, un accord de principe gardé secret prévoit le soutien financier du régime libyen à la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Adressée à Bachir Saleh, directeur du cabinet de M. Kadhafi et signée de la main de Moussa Koussa, ancien chef des renseignements extérieurs en Libye, la note, depuis authentifiée par la justice, convient du montant de l'aide financière –50 millions d'euros– et des modalités de versement. Ce jour-là, Ziad Takieddine et Brice Hortefeux, alors ministre délégué aux Collectivités territoriales, sont présents. 

Il explique avoir déposé les deux premières valises dans le bureau de M. Guéant, chef de cabinet de Nicolas Sarkozy, puis directement dans le bureau de ce dernier la troisième fois

Dès le mois de novembre de la même année, Ziad Takieddine devient donc un maillon de la chaîne de transport de l'argent libyen transmis au ministère de l'Intérieur français. Dans son entretien accordé à Médiapart, l'homme raconte comment il s'est vu confier trois valises par Abdallah Senoussi, le chef des services secrets libyens, contenant chacune 1,5 et 2 millions d'euros en billets de banque «totalement neufs». À chaque reprise, le procédé est le même: les autorités douanières des deux pays sont informées de ses voyages afin que tout se passe dans la plus grande discrétion. Il explique avoir déposé les deux premières valises dans le bureau de M. Guéant, chef de cabinet de Nicolas Sarkozy, puis directement dans le bureau de ce dernier la troisième fois.

En décembre 2007, soit six mois après son élection, Nicolas Sarkozy reçoit le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi en visite officielle à l'Élysée pour une durée de cinq jours. À l'époque, la rencontre fait déjà polémique.

Menaces, morts et preuves

En mars 2011, l'affaire refait surface avec l'arrestation de Ziad Takieddine à l'aéroport du Bourget, qui transportait une valise contenant 1,5 million d'euros en provenance de Tripoli. Le même mois, en pleine insurrection libyenne, et alors que Paris vient de reconnaître l'opposition comme seul partenaire, un fils de Kadhafi, Seif al-Islam, réclame à Sarkozy sur Euronews de «rendre l'argent qu'il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale» et le menace d'apporter les preuves de ces échanges. À la fin de l'année, Mouammar Kadhafi meurt dans des circonstances encore floues.

En 2012, les choses se dévoilent: la preuve de l'accord de principe passé entre le cabinet de Nicolas Sarkozy et le régime de M. Kadhafi est publiée par Mediapart. Et de la prison libyenne où il est retenu dans le cadre de poursuites par la Cour pénale internationale, Abdallah Senoussi affirme avoir «personnellement supervisé» le transfert de cinq millions d'euros à la campagne électorale en 2006-2007. 

Un an plus tard en avril 2013, une information judiciaire contre X est ouverte pour «trafic d'influence», «faux et usage de faux», «abus de biens sociaux», «blanchiment, complicité et recel de ces délits». Les juges Serge Tournaire et René Grouman sont en charge de l'enquête et en 2015, ils décident de mettre en examen Claude Guéant après le versement de 500.000 euros sur le compte bancaire de ce dernier. Pour justifier cette somme, il prétend avoir vendu deux tableaux

Enfin, en septembre dernier –et c'est peut-être ce qui a précipité les révélations de Ziad Takieddine–, la justice obtient le carnet d'un ancien ministre du pétrole libyen, Choukri Ghanem, retrouvé mort noyé dans le Danube près de Vienne (Autriche) en 2012. Dans son carnet, une série de versements au profit de Nicolas Sarkozy est inscrite et fait état de 6,5 millions versés en pleine campagne électorale en 2006 et 2007. Une preuve de plus à l'édifice de l'affaire qui lie Sarkozy à la Libye... jusqu'aux prochaines révélations.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte