Monde

En résistance contre Trump, plusieurs maires promettent de protéger les sans-papiers

Claire Levenson, mis à jour le 15.11.2016 à 12 h 24

Trente-sept villes américaines sont des«sanctuaires», où la police locale ne coopère pas avec les services d'immigration, mais Trump a menacé de retirer les financements fédéraux à ces villes.

Une manifestation contre Donald Trump à New York le 13 novembre 2016. SPENCER PLATT/AFP.

Une manifestation contre Donald Trump à New York le 13 novembre 2016. SPENCER PLATT/AFP.

Depuis l'élection de Donald Trump le 8 novembre, de nombreux maires de grandes villes américaines ont tenté de rassurer leur population d'immigrés illégaux en expliquant que leurs villes resteraient des «sanctuaires».

«Nous n'allons pas sacrifier un demi million de gens qui vivent parmi nous, qui font partie de notre communauté. Nous n'allons pas séparer les familles», a déclaré le maire de New York Bill de Blasio, le 11 novembre.

Les maires de Los Angeles, Minneapolis, San Francisco, Seattle, Philadelphie et Chicago, parmi d'autres, ont fait le même genre de promesses.

À Chicago, le maire Rahm Emanuel a aussi essayé d'être rassurant: 

«À tous ceux qui nous ont dit qu'ils étaient très inquiets après les élections de mardi, vous êtes en sécurité à Chicago, vous êtes soutenu à Chicago. Chicago sera toujours une ville sanctuaire.»

Obtenir la coopération de tous

Aux États-Unis, trente-sept villes (et plusieurs comtés et États) donnent pour consigne à leurs forces de police locales de ne pas alerter les services d'immigration lorsqu'il s'avère qu'un immigré n'a pas de papiers. Les policiers de ces villes n'ont pas pour mission de faire des contrôles d'identité en vue de vérifier si quelqu'un est illégalement dans le pays. 

Dans certaines de ces villes, les autorités locales ont également le droit de ne pas obéir à l'agence fédérale de contrôle de l'immigration (ICE) lorsqu'elle demande 48 heures de détention supplémentaire pour pouvoir déterminer si un détenu peut être expulsé. L'idée qui sous-tend ce choix est que la lutte contre l'immigration illégale n'est pas du ressort de la police locale et que la lutte contre la criminalité est plus efficace lorsque tout le monde peut coopérer, même les sans-papiers, sans craindre que leurs visas soient demandés.

 Les villes qui refusent de coopérer avec les autorités fédérales ne recevront pas de financements venant des contribuables

Donald Trump

Or, une des promesses de campagne de Trump, qui figure sur la liste de ses priorités pour les cent premiers jours de sa présidence, est de lutter contre ces villes sanctuaires en leur retirant des financements fédéraux.

«Bloquer les financements pour les villes sanctuaires. Plus de financements. Nous allons supprimer les villes sanctuaires qui ont causé tant de morts inutiles. Les villes qui refusent de coopérer avec les autorités fédérales ne recevront pas de financements venant des contribuables», avait dit Trump dans un discours sur l'immigration en août dernier.

Trump a beaucoup parlé des meurtres commis par les sans-papiers (à la Convention républicaine, il avait invité plusieurs parents dont les enfants avaient été tués par des immigrés illégaux), mais les chiffres montrent que le taux de criminalité n'est en moyenne pas plus élevé dans ces villes sanctuaires. Les criminels violents ne sont pas relâchés, il s'agit juste de séparer lutte contre la criminalité et lutte contre l'immigration illégale. 

Bientôt deux à trois millions d'expulsés?

Si le futur président tient sa promesse au niveau des financements, les villes rebelles pourraient perdre énormément d'argent: un milliard de dollars par an pour San Francisco et six milliards de dollars par an pour New York. 

La prise de position de ces maires est maintenant vue comme un acte de résistance contre Trump, mais ces dernières années, les villes sanctuaires étaient aussi entrées en conflit avec l'administration Obama, qui en deux mandats, a fait expulser 2,5 millions de sans-papiers ayant commis des crimes. Contrairement à ce que disait Trump pendant sa campagne, le président n'a donc pas hésité à recourir aux expulsions. L'approche d'Obama était de légaliser les enfants de sans-papiers, ainsi qu'à terme, des millions de sans-papiers n'ayant pas commis de crime, tout en limitant les nouvelles arrivées un maximum. Mais cette réforme a toujours été bloquée par les républicains au Congrès et à la Cour Suprême.

Pendant sa campagne, Donald Trump a souvent répété qu'il expulserait onze millions de sans-papiers et qu'il créerait une force spéciale pour que les choses soient vite faites. Dans une interview après son élection, il a légèrement changé de discours: le chiffre est passé à deux ou trois millions de sans-papiers ayant commis des crimes. Mais comme l'ont précisé plusieurs journalistes, il n'y a actuellement pas deux millions de sans-papiers ayant commis des crimes.

Trump a expliqué qu'une fois que ceux-là seront expulsés et que la frontière sera sécurisée, il avisera en ce qui concerne les millions d'autres immigrés illégaux, en ajoutant: «ce sont des gens super mais nous allons prendre une décision».

Claire Levenson
Claire Levenson (140 articles)
Journaliste
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