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Aux Etats-Unis, les condamnés à mort peuvent-il commander ce qu'ils veulent pour leur dernier repas?

Christopher Beam, mis à jour le 11.11.2009 à 17 h 00

Oui, surtout des cheeseburgers et des frites.

Chambre d'exécution de Karla Faye Tucker, exécutée le 3 février 1998, à Huntsville.

Chambre d'exécution de Karla Faye Tucker, exécutée le 3 février 1998, à Huntsville.

John Allen Muhammad, le «sniper de Washington», qui avait commis une série de meurtre au hasard en trois semaines dans la capitale américaine en 2003, a été exécuté mardi soir. Comme le veut la tradition aux Etats-Unis, le condamné à mort a commandé un dernier repas de son choix, mais il a demandé au Département de corrections de Virginie - qui gère les prisons de cet Etat - de ne pas divulguer le menu au public. Un condamné à la peine capitale peut-il demander tout et n'importe quoi pour son dernier repas?

Oui, mais ce n'est pas sûr qu'on accèdera à sa demande. En règle générale, les repas des condamnés doivent pouvoir être composés sur place. Les menus des prisons de Virginie sont prévus sur 28 jours. On y sert, par exemple, des hot dogs le premier jour, du chili con carne le deuxième jour et ainsi de suite. Les prisonniers dont l'exécution est imminente doivent donc choisir un repas parmi les 28 disponibles.

D'autres Etats font preuve d'une plus grande souplesse. Au Texas, le chef de l'unité de Huntsville, où ont lieu des exécutions capitales, essaie autant que possible de satisfaire n'importe quelle commande. En réalité, cela revient souvent à préparer quelque chose de proche de la demande. Quand un détenu commande un faux-filet - ce qui arrive très souvent, le chef préparera un gros steak haché à la place, puisque c'est ce qui est immédiatement disponible en cuisine. Un prisonnier a un jour commandé 24 tacos, le chef lui en a préparé quatre.

En Floride, les produits qui composent le dernier repas doivent être locaux. De plus, le tout ne doit pas dépasser les 40 dollars (environ 27 euros). L'alcool n'est presque jamais autorisé: les responsables pénitenciers ne veulent pas risquer de devoir gérer des détenus agressifs.

En général, les prisonniers remettent leur demande de dernier repas deux ou trois jours avant la date de leur exécution. On transmet la commande au cuistot de la prison (il s'agit souvent d'un prisonnier), lequel se charge de préparer le repas. Quand il est prêt, on l'apporte dans la cellule du prisonnier quelques heures avant l'exécution. (En Virginie, on doit servir le détenu au moins quatre heures avant.)

Le plus souvent, les prisonniers ont envie d'un cheeseburger avec des frites. Steak, poulet frit et glaces sont aussi des souhaits fréquents. Un chargé de communication informe souvent les médias au sujet de ce menu final. Mais un prisonnier peut demander à ce que son choix demeure secret.

Jusqu'à 2004, le Département de la justice criminelle du Texas (DJCT) publiait la liste des derniers repas des condamnés à mort sur son site Internet. Mais à la suite de plaintes selon lesquelles cette liste était impertinente, elle a été retirée du Web. La dernière demande répertoriée était celle du condamné à mort Larry Hayes, jugé coupable d'un double homicide. Il avait commandé «deux doubles cheeseburgers au bacon, des frites, des onion rings [beignets d'oignon], du ketchup, de la salade de chou cole slow, deux Cocas light, un litre de lait, un demi-litre de glace rocky road [chocolat, amandes grillées, guimauve], des gombos frits (dans un récipient d'un demi-litre), de la sauce salade, des tomates et des oignons.» (Le Texas continue de publier les noms et les crimes des exécutés, ainsi que leur dernière déclaration.) Selon le DJCT, un prisonnier exécuté hier, mardi, Yosvanis Valle, a demandé quatre hamburgers, du riz mexicain, des tomates, des jalapeños , du fromage, des oignons et une sauce salade. Sa demande a été accordée.

Les demandes de dernier repas des condamnés à mort aux Etats-Unis sont souvent assez marquantes. Karla Faye Tucker avait commandé un bol de fruit, mais elle y a à peine touché. John Wayne Gacy avait demandé des crevettes, du poulet frit, des frites et un demi-kilo de fraises. Timothy McVeigh a dévoré un litre de glace menthe-copeaux de chocolat.

A la place d'un dernier repas, le condamné du Tennessee Philip Workman voulait qu'on distribue des pizzas aux sans abri de Nashville. (Les responsables de la prison ont refusé, mais des groupes locaux ont effectivement offert des pizzas aux SDF en son honneur.) Avant son exécution en 2000, Odell Barnes, un violeur et meurtrier condamné à mort, a demandé en guise de dernier repas «Justice, égalité et paix dans le monde». En 1992, le condamné de l'Arkansas Ricky Ray Rector, qui s'était lésé le cerveau en se tirant une balle dans la tête après avoir tué un policier, a mangé un steak, du poulet frit et a bu du Kool-Aid à la cerise. Il a toutefois eu cette précision restée célèbre: il gardait sa tarte aux noix de pécan pour plus tard.

Christopher Beam

Traduit de l'anglais par Micha Cziffra

Image de une: chambre d'exécution de Karla Faye Tucker, exécutée le 3 février 1998, à Huntsville.

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