Sarkozy-Merkel, une photo pour rafistoler l'axe franco-allemand
Les rapports entre les deux dirigeants se sont améliorés mais les divergences politiques et économiques restent trop fortes pour relancer le moteur européen.
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Invité en 1998 à Paris par Jacques Chirac pour fêter le 11 novembre, Gerhard Schröder avait refusé. Cette fois, la chancelière allemande a accepté pour démontrer que le couple France-Allemagne, malgré les brouilles passées et les difficultés, est relancé. Et la photo est belle. Angela Merkel avec Nicolas Sarkozy, ensemble pour transformer le 11 novembre en «journée de réconciliation franco-allemande pour bâtir un avenir partagé».
Nicolas Sarkozy travaille depuis l'été à ce projet. Au départ, il devait être très ambitieux. Il était question d'un nouveau traité de l'Elysée (signé en 1963 par le général de Gaulle et Konrad Adenauer, il a marqué la «grande réconciliation» des deux pays). Après cette date, France et Allemagne étaient les deux piliers de la construction européenne. Les diplomates se rencontrent en permanence. Les couples des dirigeants s'estiment au delà de la couleur politique: Giscard-Schmidt, Kohl-Mitterrand. Maintenir l'axe est la priorité des deux pays. Sitôt élu, un président français se rend à Berlin, sitôt élu un chancelier fait le voyage de Paris.
Pourtant, l'axe s'est abîmé au fil des années. L'apothéose a été le moment de la réunification allemande et de la création de l'euro. Mais depuis, rien de majeur ne s'est passé. Seule exception dans ce vide: l'entente au sujet de la guerre en Irak. L'Europe s'élargit mais Chirac et Schröder ne s'entendent pas, les intérêts divergent entre une France qui s'enfonce dans l'immobilisme et une Allemagne qui réforme pour regagner en compétitivité.
Ensuite, entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, les rapports sont mauvais. Le fougueux et volatile président français n'apparaît «pas sérieux» à l'ingénieur d'origine est-allemande. La chancelière semble vouloir toujours traîner les pieds aux propositions du Français. Et puis, l'Europe compte moins pour l'un comme pour l'autre. Enfin, à Paris, l'«entente cordiale» avec la Grande-Bretagne, l'alternative toujours caressée, séduit. Les couacs ont été nombreux comme ce refus net de la Chancelière, il y a un an, de soutenir Nicolas Sarkozy qui avait convoqué les dirigeants des 27 à Paris pour élaborer un plan de sauvetage «commun» du système bancaire. Angela Merkel avait repris l'avion sans rien accepter: chacun pour soi.
Depuis le printemps, les conseillers diplomatiques ont repris leur ouvrage et les relations se sont renouées. Les deux dirigeants, passant au delà des premiers mois négatifs, ont trouvé manière de mieux s'entendre. La relation est même devenue amicale. Nicolas Sarkozy qui n'a jamais eu d'atomes crochus avec le grand partenaire germanique s'est alors plu à rêver d'un renouveau de l'axe. Il a décidé de suivre l'Allemagne dans ses attaques contre les paradis fiscaux, gros problème pour ce pays dont une grande partie de population possède un compte en Suisse ou au Luxembourg. En échange, l'Allemagne l'a accompagné dans la dénonciation des bonus des traders. La crise a permis au couple de se retrouver. Les deux pays sont d'accord pour dénoncer de concert le «capitalisme anglo-saxon», responsable de la récession, et pour vanter le «modèle rhénan» d'un juste milieu entre le capital et le travail.
Nicolas Sarkozy et Angela Merkel rénovent la règle: se voir et s'accorder sur tous les sujets avant les sommets internationaux. Ce fut le cas pour les G20 de Londres et de Pittsburgh sur la crise financière mais ce fut le cas aussi pour forcer les 27 à trouver un terrain d'entente avant le sommet de Copenhague sur le climat. Devant le blocage des négociations avec les pays de l'Est européen, le Premier ministre suédois qui préside actuellement l'Union, a appelé à la rescousse le président français et la chancelière. Tout ce beau monde a été mis dans une petite salle et un accord a été trouvé.
France et Allemagne ont à nouveau la conviction d'exercer une sorte de directoire en Europe, un directoire d'autant mieux accepté par les autres, que, Gordon Brown étant affaibli, les Britanniques sont effacés et que la Commission Barroso ne compte plus guère.
Le président français, toujours plein d'initiatives, a multiplié les propositions. Il veut nommer un ministre commun qui siège au deux gouvernement à la fois. Idée complexe puisqu'en Allemagne le conseil des ministres de coalition vote, tandis qu'en France, il obéit au président. Un nom est avancé, celui de Jack Lang, ancien ministre de François Mitterrand... qui, cet été, s'est précipité à l'institut Goethe pour rafraîchir son allemand. Mais le renouveau devait aller beaucoup plus loin: relancer des coopérations industrielles, faire des recherche-développements en commun, imaginer même une représentation unique au Fonds monétaire international et, plus globalement, s'entendre à deux pour entraîner l'Union européenne et peser sur le cours du monde face aux Américains et aux Chinois. L'idée du G20 n'était-elle pas l'exemple à suivre en matière d'économie mais aussi de défense, de terrorisme, de sécurité alimentaire, d'énergie, de climat...?
Ces belles propositions vont sans doute rester lettres mortes. L'axe est fêté en beauté le 11 novembre mais il ne se ressoude pas.
Les divergences entre les deux pays sont devenues trop fortes.
Celles de l'industrie. Les Allemands ont vécu comme des mauvais coups la fusion Sanofi-Aventis et le sauvetage par Nicolas Sarkozy d'Alstom aux dépens de Siemens. Même au sein d'EADS, Allemands et Français continuent de se méfier les uns des autres.
Celles de la politique macro-économie. L'Allemagne conduit une politique de l'offre pour réduire ses coûts et exporter, elle maintient ses parts de marché à l'international mais au dépens de celles de ses partenaires européens. La France souffre des salaires germaniques déprimés qui la prive de débouchés. Les deux capitales mènent des politiques «non-coopératives».
Divergences de politique budgétaire, enfin. La France est prolixe avec un déficit qui sera de 8,5% du PIB en 2010 contre 4,7% en Allemagne. Bruxelles, qui prévoit une dette française de 120% du PIB en 2020 contre seulement 80% en RFA, s'en alarme. La récente décision de la nouvelle coalition au pouvoir à Berlin d'accorder 24 milliards d'euros de baisses d'impôts ne change pas les proportions. L'Allemagne reste le pays de la rigueur budgétaire qu'elle a d'ailleurs inscrit dans sa Constitution à partir de 2013. En France, la dépense publique reste l'alpha et l'oméga de la politique économique.
Si la crise a semblé rapprocher les deux pays autour du «modèle rhénan», les divergences restent déterminantes. L'Allemagne s'est détournée de l'Europe et ne compte plus que sur elle-même pour s'insérer dans l'économie mondialisée: elle vise la grande exportation et négocie, seule, avec la Russie pour assurer ses importations d'énergie. Le pays réunifié a été tenté, dans les années 90, de se doter d'une politique de «puissance». Le mot avait été prononcé par Gerhard Schröder. Mais la population est en réalité hostile à l'engagement de la Bundeswehr, en Afghanistan comme ailleurs.
Dans trente ans, un tiers des Allemands auront plus de 67 ans. Le pays vieillissant se concentre sur son économie et entend d'abord protéger sa propre prospérité.
La France fait des enfants, son avenir est plus ouvert. Mais il est indéterminé. Pour toute la classe politique l'Europe devait être une Grande France, mais depuis l'euro, rien n'avance plus, ce rêve s'est évaporé. La France s'est, elle aussi, détournée de la construction européenne. La classe politique est pourtant incapable de tracer une nouvelle ligne d'horizon.
Alors on relance l'axe franco-allemand. Comme les vieux couples qui décident, par défaut, de se remettre ensemble.
Eric Le Boucher
Image de une: cérémonie du 11 novembre 2009, à Paris. REUTERS/pool
Mis à jour le 11/11/2009 à 15h54











































La France est affaiblie tout simplement et Sarkozy ne sera pas le sauveur. La réunification a coûté 1300 milliards d'Euros aux allemands, la montant de la dette Française. Pourquoi les Allemands se tourneraient-ils vers la France ? Elle n'a pas besoin de la France ni de Sarkozy.
Notre mal, c'est l'irresponsabilité des politiques; imagine-t-on un grand parti ici gouverner sur la base d'une coalition comme le fait avec succès Mme Merkel depuis 5 ans ? Non, ici un homme a (constitutionnellement) raison et enfonce le pays dans l'indifférence. Sans l'Europe et les Allemands, sans l'Euro, N. Sarkozy aurait fait encore plus de bêtises, elle nous apporte au moins ça l'Allemagne, un frein à l'irresponsabilité.
la France est en PIB le quatrième ou cinquième pays le plus riche au monde. Devant sont les USA, le Japon et la Chine, voire l'Allemagne (les chiffres pour 2009 sont préliminaires). Le Financial Times a désigné la France comme "moteur" de l'Europe. Le Royaume-Uni vient de passer derrière l'Italie à cause de la dévalution de la Livre.
Deuxio, car ça revient dans plusieurs commentaires. Le système Allemand est parlementaire, pas présidentiel. Donc il ne peut fonctionner qu'en forme de coalitions, sauf cas rare ou l'un des partis aurait plus de 50% des voix. La France a un système différent, comparable à celui des USA. Accuse t-on Obama d'être omnipotent malgré majorité dans toutes les chambres ?
Je ne crois pas que ce mot soit à la hauteur de ce que le peuple a pu voir ou vivre de la cérémonie de ce jour à l'Arc de Triomphe.
Même si la France et l'Allemagne sont à bien des égards des pays très différents, c'est vrai, il ne fait aucun doute que le symbole très fort de madame Merkel, chancelier d'Allemagne, venant commémorer la fin d'une guerre chez son ancien "ennemi" devrait avoir des suites heureuses pour l'approfondissement des relations franco-allemandes.
N'y voir qu'une photo pour "rafistoler l'axe franco-allemand" me paraît très réducteur.
Faudra-t-il que définitivement le mot "économiste" rime toujours avec "pessimiste" ?
L'événement commémoré a eu lieu il y a 90 ans et la dernière guerre avec l'Allemagne, c'était il y a 65 ans, Sarkozy et Merkel n'étaient même pas nés... Mon grand père a été blessé 2 fois à Verdun mais je ne comprends pas ce besoin d'encore commémorer. L'Allemagne, je la vois tous les jours dans mon travail comme j'y vois l'Italie ou l'Angleterre. Ce n'est pas sur le passé que nous attendons N. Sarkozy.
Vous avez tout à fait le droit de penser que les commémorations ne servent à rien.
Mais je me permets d'attirer votre attention sur l'état de nos relations avec l'Algérie par rapport à celui de nos relations avec l'Allemagne !
Et pourtant les accords d'Evian ont presque cinquante ans déjà !
Cordialement.
Un article combienréaliste, un pays qui va de l'avant depuis les années 60 l'Allemagne pour un pays qui en dehors des records sur les déficits et la permanente réconciliation de plus en plus choquante avec une arrière goût du: "nous avons gagné!!!!!!! malgré votre puissance économique".
Un ministre commun une nouvelle imbécilté française comme les conseils des ministres commun dans le temps et voilà M. Lang encore le passé et pas l'avenir ( je lui reconnais ses connaissances culturelles mais ce n'est pas ce que nos amis allemands attendent) et puis comment oublier les discours de M. Sarkozy pendant la campagne des paroles souvent à la limite de rupture diplomatique on peut se tromper mais cela ne permet pas d'insulter.
Pour ceux qui ont vu le reportage sur Arte concernant EADS, la France a montré une nlle fois toute son arrogance et ses magouilles politico-industrielles, les erreurs de stratégie industrielle de M. Forgeat ( enrichi d'une façon qui devrait ,je l'espère fortement, des années de prison au pain et à l'eau) qu'il a imputé aux allemands, l'affaire Areva / Siemens......
Le "couple" franco-allemand ne peut pas fonctionner en dehors des commémorations VOULUES par la France car l'ambition allemande est l'économie, la réduction des déficits non ce blablable français.
Tout n'est pas parfait en Allemangne mais au moins l'économie tourne les déficits sont un vrai sujet.
Pas de retransmission en direct à la télé allemande mais du différé alors que la France se fendait en quatre pour le 9 novembre avec TF1, France2 et un concert, place de la Concorde.
La venue d'Angela Merkel est-elle un soutien à son cher ami Nicolas qui patauge dans ses déficits.
Après l'hommage à Jacques, était-ce donc les bonbons de la tradition allemande que l'on offrait au Président qui a besoin de remonter dans les sondages.
Espérons qu'il y ait une suite concrète à cette visite symbolique et que la France regarde enfin, son futur, pour préparer l'avenir de notre jeunesse.
Alors Watchmann fait de la desinformation! Pas besoin de raffinement pour s'apercevoir que le PNB de l'Allemagne est tres superieur et plus sain que celui de la France, pas besoin de raffinement pour s'apercevoir que la France augmente ses dettes de facon extremement rapide (pendant que d'autres lui font credit...), pas besoin de doctorat en histoire de l'economie pour savoir que cela a TOUJOURS mene a la ruine et a la misere, pas besoin de calculettes pour savoir que depuis des annees, on finance les baisses d'impots pour les plus riches par plus de dettes (l'etat depense maintenant presque 50% de plus qu'il ne recolte!...sans compter les partenariats publics-prives, de la dette cachee!...)), Pas besoin de memoire pour savoir que la balance des paiements Francaise etait excedentaire jusqu'en 2002 (grace a l'epargne, mais l'etat fait maintenant plus de dettes que nous n'epargnons) et qu'elle est maintenant a des records historiques de deficits (grace a la politique economique du gouvernement et a ses deficits). Pas besoin de doctorat pour savoir que si le crediteur etranger investit en France en installant des activites, c'est bon pour le pays, mais si le crediteur etranger fait un investissement financier (rachete des actifs), il ne fait que saisir nos actifs en remboursement de la dette (jusqu'au moment ou il n'y aura plus rien a "saisiir"). Pas besoin d'etre un genie pour comprendre que tant qu'on depense beaucoup plus que ce qu'on gagne (50%!), on vit "mieux" (pour combien de temps?). Nos enfants pleureront longtemps l'irresponsabilite extraordinaire de notre gouvernement (dommage que Barre soit mort, puisqu'il n'y a plus 1 seul homme politique pour s'insurger...), il fallait un bon gestionnaire de l'economie, on a mis 2 avocats qui croient a la puissance du verbe (lire de la propagande) en charge.
Monsieur Watchmann, le FT voit la France comme locomotive de l'activite Europeenne comme il voyait les US comme locomotive de l'economie Mondiale quand elle depensait sans compter... La France se ruine a soutenir l'activite des autres! Combien de dizaines de milliards d'€ de dettes supplementaires pour 0.3% de croissance?
Tout le monde peut augmenter ses depenses en faisant des dettes. Le plus ecoeurant est que ce gouvernement depense notre argent et nous fait donc des dettes (c'est pas notre "monocrate" qui paiera la note!)
Ceci n'est pas droite contre gauche, c'est denoncer une politique economique irresponsable et criminelle qui mene a la ruine et qui n'est rendue possible que par l'euro (sinon le franc aurait deja devalue de 35%!)