Partager cet article

L'histoire d'un délinquant sexuel qui poursuivait en justice un rabbin

Dans une synagogue du quartier ultra-Orthodox de Har Nof à Jérusalem, le 18 novembre 2014. AFP PHOTO/ JACK GUEZ

Dans une synagogue du quartier ultra-Orthodox de Har Nof à Jérusalem, le 18 novembre 2014. AFP PHOTO/ JACK GUEZ

Yona Weinberg a 37 ans. En 2008, alors qu'il n'en avait que 29, exerçait comme travailleur social, et donnait des cours d'études talmudiques pour préparer les enfants juifs à leur bar-mitzvah, il fut inculpé de plusieurs chefs d'accusations parmi lesquels celui d'abus sexuels et celui de mise en danger de mineurs. Il fut condamné en 2009 à 13 mois de prison.

En 2010, Weinberg est libéré et rentre chez lui, à Brooklyn, où il vit avec sa femme, et ses enfants.

Quatre ans plus tard, Weinberg se retrouve de nouveau confronté à la justice: il est accusé d'attouchements sur un garçon de 11 ans; mais le procureur laisse tomber l'affaire. Nous sommes au mois de juin. En septembre, la police se présente chez lui: le petit garçon qui avait affirmé avoir subi les attouchements dit avoir été violenté par Weinberg. «Weinberg [lui] aurait donné un coup de coude et l'aurait violemment poussé contre un porte-manteau de la synagogue, après l'office. Le garçon a dit à la police que Weinberg l'avait alors poussé contre les étagères, menaçant de lui faire plus mal encore s'il continuait de parler aux autorités». Le lendemain, Weinberg quitte les États-Unis pour Jérusalem, vite rejoint par son épouse et leurs quatre enfants.

Et soudain la justice s'inverse. 

Comme le rapport le Daily Beast, Weinberg poursuit désormais en justice un rabbin new-yorkais, Yakov Horowitz, pour diffamation. 

Israël, à l'inverse des États-Unis, ne dispose pas d'un registre public des délinquants sexuels, Horowitz, avocat pour enfants, a donc décidé de prévenir sur Twitter les habitants du quartier de Jérusalem investi par Weinberg, Har Nof, et de faire savoir qu'il était une présence dangereuse pour les enfants.

«Traitez le comme un terroriste avec une machette à la main»

Weinberg le poursuit en justice pour diffamation: les tweets d'Horowitz soutenaient notamment que Weinberg avait «fui» les États-Unis. Son avocat assure que ce départ était au contraire prévu depuis longtemps... 

La loi du retour et ses dérives

Le procès doit se tenir le 23 novembre, et le rabbin accusé de diffamation s'apprête à se rendre en Israël, rapporte le Daily Beast. «Le rabbin estime qu'il doit combattre les charges qui pèsent sur lui, pour éviter de créer un dangereux précédent juridique, dans un pays devenu une destination de choix pour certains agresseurs sexuels pédophiles orthodoxes, à cause de sa politique de très grande ouverture à tous les juifs».

Depuis plusieurs années, l'Etat hébreu s'inquiète de devenir un refuge international pour pédophiles: tous les criminels sexuels peuvent tirer parti de la Loi du Retour. Votée en juillet 1950 par la Knesset, cette loi garantit à tout juif le droit d'immigrer en Israël. Un visa d’immigrant sera délivré sans la moindre enquête préalable sur les motifs d'immigration. 

En avril dernier, l'affaire Malka Leifer avait remis le problème sur la table: cette principale d'une école de filles juive orthodoxe à Melbourne, en Australie, avait été accusée de viols et d'attouchements sexuels. Elle avait fui en Israël et n'a toujours pas été extradée. 

Selon Miriam Friedman, directrice de Magen, une ONG qui défend les enfants en situation de risques d'abus sexuels dans les villes religieuses en Israël, l'affaire Leifer «tourne en complète dérision le système israélien». 

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte