Partager cet article

«Tu n'es pas mort. Sois heureux. Et fais-en quelque chose»

Une Zeit magazin

Une Zeit magazin

Un après les attentats du 13-Novembre à Paris, le magazine allemand Zeit magazin a interrogé ceux qui ont survécu à la tuerie du Bataclan. Plusieurs d'entre eux ont voulu garder le billet du concert des Eagles of Death Metal, au-delà de tous les souvenirs qu'ils ont de cette soirée.

«EAGLES OF DEATH METAL. 13/11/15. 19H30. ASSIS-DEBOUT PLACEMENT LIBRE...» Cette semaine, un agrandissement d'un billet du concert des Eagles of Death Metal s'étale sur la couverture du Zeit Magazin (édition du 10 novembre 2016). Révélée quelques jours avant sa parution via le compte Twitter du rédacteur en chef de cet hebdomadaire allemand, cette une émouvante, dont la vue a fait frissonner plus d'un internaute, a déjà eu beaucoup d'écho de l'autre côté du Rhin. Le magazine publie les témoignages de huit survivants du massacre qui a eu lieu le 13 novembre 2015 dans la salle de concert parisienne du Bataclan, pendant le concert du groupe de rock américain Eagles of Death Metal.

Le symbole de leur survie

Toutes ces personnes ont en commun d'avoir conservé leur billet. Comme le souvenir douloureux de l'horreur qu'ils ont vécue ce soir-là. Comme la preuve tangible que non, ce n'était pas un cauchemar. Comme le symbole de leur survie. À l'instar de Jérôme Lorenzi, fan de rock, qui s'était rendu au Bataclan avec sa bande de copains. Tous ont survécu à l'attentat malgré leurs blessures, mais ce gestionnaire de patrimoine âgé de 43 ans explique avoir sombré dans une profonde dépression. Il a refusé un job intéressant parce qu'il se sentait incapable de l'assurer, il dit avoir perdu vingt kilos. Regarder sa place de concert de temps en temps l'aide à ne pas perdre pied:

«Quand je tiens le billet entre mes mains et que je le regarde, il me dit: “Tu n'es pas mort. Sois heureux. Et fais-en quelque chose.”»

Tout comme ce graphiste parisien de 49 ans qui tient à conserver l'anonymat. Après la tuerie, il a lui aussi perdu du poids, explique s'être désintéressé peu à peu de son apparence physique. Il conserve son billet dans un carton et le sort de temps à autre pour le contempler. Mais ce qui l'a aidé plus que tout, explique-t-il au Zeit Magazin, c'est de dessiner en BD ce qui s'est passé cette nuit-là au Bataclan.

«Du sang partout sauf sur le billet»

Aurélia Gilbert, 43 ans, manager informatique, a rangé son billet dans un classeur le lendemain du massacre: «J'étais devant la machine à laver et j'ai contrôlé les poches de mon pantalon. Il y avait du sang partout, sauf sur le billet.» Emmanuel Domenach, 29 ans, juriste, n'a pas seulement gardé son billet mais aussi les vêtements maculés de sang qu'il portait en rentrant chez lui après la tuerie. Il explique ne les avoir jamais lavés pour garder une trace de ce qu'il a vécu, lui qui s'en est sorti sans aucune blessure physique.

En souvenir du drame, la trentenaire allemande Julia Schmitz-Schmitz, recruteuse au sein d'une entreprise basée à Cologne, a elle aussi plus que son billet, qu'elle a d'ailleurs encadré: elle a volé une bouteille de Tequila dans les backstages du Bataclan, où elle et son compagnon sont restés enfermés des heures durant en compagnie d'une vingtaine d'autres spectateurs.

Ecouter de la musique

Le témoignage le plus frappant publié par Zeit Magazin est celui de la professeure de français Sidonie Micholet, 46 ans, musicienne et fan de rock:

«La semaine qui a suivi l'attentat, j'ai écouté les Eagles of Death Metal tous les jours. Je sais que certains survivants ne peuvent supporter cette musique. Mais je ne voulais pas me laisser dicter ce que j'ai le droit d'écouter par des terroristes. Donc j'étais assise sur mon canapé et je jouais les chansons du dernier album sur ma basse. Encore et toujours, pendant une semaine.»

Toujours pour ne pas se laisser impressionner, elle explique s'être rendue à peine quelques jours après le massacre à un concert du groupe français Mass Hysteria. Et raconte également cette jolie anecdote: pour remercier les trois jeunes femmes vivant en colocation dans une rue située derrière le Bataclan qui ont courageusement recueilli des dizaines de spectateurs qui avaient pris la fuite durant les attentats, elle s'est rendue chez elles à l'improviste quelques semaines plus tard avec une bouteille de champagne:

«Nous ne les avions pas remerciées pour ce qu'elles avaient fait. C'était bien de pouvoir rattraper cela.»

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte