Monde

Ni les recomptes ni les trahisons ne peuvent plus empêcher une présidence Trump

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 09.11.2016 à 21 h 06

Les possibles recomptes portent sur un nombre trop limité d'États pour être décisifs. Les grands électeurs se réuniront le 19 décembre pour porter formellement le milliardaire à la présidence.

Des manifestants anti-Trump devant la Maison-Blanche, le 9 novembre 2016. ANDREW BIRAJ / AFP.

Des manifestants anti-Trump devant la Maison-Blanche, le 9 novembre 2016. ANDREW BIRAJ / AFP.

Un président républicain élu avec moins de voix que son adversaire démocrate sur le plan national, mais grâce à un nombre plus élevé de grands électeurs au sein du collège électoral: le scénario de la présidentielle 2016 rappelle d'assez près celui de la présidentielle 2000. À l'époque, il avait fallu attendre cinq semaines, et la très contestée décision de la Cour suprême Bush v. Gore, pour être assuré que c'est le candidat républicain qui serait investi le 20 janvier 2001.

Ce scénario ne se reproduira pas cette année, et pas seulement parce que, contrairement à Al Gore, Hillary Clinton n'a pas retiré trois heures après son coup de fil de reconnaissance de défaite. Ni les éventuels recomptes ni le fonctionnement du collège électoral ne peuvent normalement plus empêcher Donald Trump de prononcer le serment d'investiture devant le Capitole, le 20 janvier 2017, face au président de la Cour suprême John Roberts.

Les États vont d'abord devoir commencer par certifier les résultats de l'élection, ce qui peut prendre plusieurs semaines, mais rien à attendre de ce côté-là du côté des partisans de Clinton. Chaque État a ses propres règles concernant les recomptes, le cas le plus fréquent étant celui d'un recompte automatique quand l'écart passe en-dessous de 0,5 point. Mais pour l'instant, seuls deux États se situent dans cette marge: le New Hampshire (4 grands électeurs) est dans la colonne Clinton avec une marge d'environ 1.500 voix (et un recompte probable à venir pour le siège de sénateur); le Michigan (16 grands électeurs) dans la colonne Trump avec moins de 13.000 voix d'écart. Le scénario le plus probable voudrait que Trump termine avec 306 grands électeurs contre 232 à son adversaire, ce qui signifie que, pour l'emporter, Clinton aurait dû gagner le Michigan, mais aussi le Wisconsin (qu'elle a perdu de 1 point) et la Pennsylvanie (qu'elle a perdu de 1,2 point).

Les grands électeurs se rassembleront, le 19 décembre, dans la capitale de chaque État, pour formellement voter pour élire le président et le vice-président, dans deux votes séparés. Les derniers jours avant l'élection avait commencé à monter la peur d'un lâchage de Hillary Clinton par un grand électeur en cas de résultat serré, un grand électeur de l'État de Washington ayant expliqué qu'il ne la soutiendrait pas. En août, un électeur de Géorgie avait démissionné après avoir expliqué qu'il ne voterait pas Trump, et un électeur du Texas avait dû faire machine arrière après avoir évoqué la même chose.

Rien à attendre de ce côté-là non plus: pour que Trump ne soit pas élu, il faudrait a priori que 37 grands électeurs lui fassent défaut, soit l'équivalent de l'entière délégation du Texas! Cet État-là n'a d'ailleurs pas de loi qui punissent les grands électeurs qui font défection, contrairement à la moitié des États américains. En théorie, en fonction des lois en question, 173 des 306 grands électeurs alloués à Trump pourront faire ce qu'ils veulent.

Mais pour trouver trace d'une élection où le collège électoral avait eu un tel impact, il faut remonter à... 1836, quand une partie des grands électeurs avaient refusé de soutenir le candidat démocrate à la vice-présidence, Richard Mentor Johnson, le privant de la majorité nécessaire. Ce dernier avait finalement été élu par le Sénat, qui a le dernier mot pour élire le candidat à la vice-présidence quand personne n'obtient la majorité absolue.

Si jamais, par un fait extraordinaire, cela arrivait pour l'élection du président, c'est en revanche à la Chambre des représentants qu'il appartiendrait de décider début janvier, et donc de probablement élire Trump. Sauf si un fait survenait d'ici là qui empêchait à la fois une partie des grands électeurs et les membres du Congrès de soutenir leur président élu. Mais on parle là d'un candidat qui avait déclaré, pendant sa campagne pour l'investiture républicaine: «Je pourrais me tenir au milieu de la Cinquième Avenue et abattre quelqu'un et je ne perdrais pas d'électeurs.»

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (939 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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