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Et si on sortait de la PLS pour regarder la réalité en face?

Capture vidéo Femme actuelle

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Depuis l'annonce de la victoire de Trump, de larges pans des réseaux sociaux se sont déclarés en position latérale de sécurité. Temps d'appeler des secours?

JPP de vous voir vous mettre en PLS depuis ce matin. Ou pour l’exprimer en des termes compréhensibles par les lecteurs d’âge mûr, l’expression du désarroi sur les réseaux après la victoire de Donald Trump a quelque chose d’agaçant.

Mais d’abord un peu d’étymologie. La position latérale de sécurité, ou PLS, est un geste de secourisme. Alexandre Léchenet a expliqué dans Libération que ce geste de sécurité était curieusement devenu une expression humoristique populaire chez les jeunes, qui pouvait prendre plusieurs significations pour désigner «différentes situations de gêne ou de défaite».

Position foetale

Or, depuis l'annonce de la victoire de Donald Trump, tout le monde est, ou se met, sur les réseaux «en PLS». Une PLS qui se révèle particulièrement polysémique. Certains expriment leur choc de voir Trump l’emporter. Ils sont sidérés, ils suffoquent. Cet usage est synonyme de «tomber de sa chaise». D’autres ont juste envie de se recroqueviller sur eux-mêmes, de se mettre en PLS, qui prend alors le sens d’un repli sur soi et son intérieur rassurant face à un monde violent. «Un équivalent de la position fœtale, ou du fait de se rouler en boule dans un coin», notait l’article de Libération.

Pour touchante qu’elle soit, cette expression du désarroi dit quelque chose de notre manière de réagir à ce qu’il faut bien nommer la réalité. La réalité est complexe et, souvent, elle est décevante. Une partie du commentariat (ou «chattering class», formule péjorative pour désigner «la classe qui bavarde» sur les réseaux et commente l'actualité politique) vit un réveil particulièrement difficile mercredi 9 novembre, et cette gueule de bois est à la fois surprenante et désespérante.

Surprenante, parce qu’un minimum de curiosité et surtout, une capacité minimale de décentrage intellectuel et géographique aurait pu donner quelques indices de la possibilité de voir Trump l’emporter. Tous les grands journaux américains multiplient depuis l'annonce du résultat des billets et éditos similaires, entre gêne et excuse, pour n'avoir pas vu venir la colère d'une partie de l'électorat ou pour l'avoir minorer. Quelques commentateurs, à commencer par Michael Moore, avaient pourtant froidement décrit pourquoi Trump allait droit vers la victoire, porté par la conjonction de choix économiques de longue date pris au détriment des bassins industriels et de l'Amérique rurale «du milieu», du ressentiment d'une ère qu'on croyait post-raciale après l'élection de Barack Obama et d'une candidate qui n'a suscité aucun enthousiasme.

Pas de monde de secours

Même s'il a ses particularités, cet événement politique majeur n’est d'ailleurs que la dernière, et la plus spectaculaire, manifestation d’une tendance au découplage entre des segments antagonistes de la population dans les pays industrialisés, qui remonte en France au résultat «surprise» du referendum de 2005. Il est «surprenant» que certains soient encore «surpris» que les mêmes configurations produisent des effets comparables.

La réaction de repli est également désespérante, parce qu’elle témoigne d'une incapacité de s’exprimer sur un autre registre que celui de l’émotion, et de faire de la politique autrement qu’en s’indignant que ses intérêts ne soient pas les seuls à compter dans ce jeu complexe à plusieurs joueurs qu’on appelle la réalité sociale. Comme l’écrit Laurent Sagalovitsch sur Slate, un monde vient de s’effondrer et un autre lui succède. On peut ne pas avoir très envie de faire sa connaissance: mais il n’y a pas de monde de secours. Il faut donc affronter celui qui reste, et ceux qui le façonnent.

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