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Donald Trump n'est pas mon président

Win McNamee/Getty Images/AFP

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Après l'élection de Donald Trump, un journaliste américain estime que ce qui va se passer dans les mois à venir est pire que ce que l'on imagine.

8 novembre. Alors que je m’apprête à regagner mon lit ce soir, je réalise que la relation que j’entretiens avec mon gouvernement a changé. Il y a bien sûr eu des présidents que je n’ai pas aimés, même au sein de mon propre parti. Il y a eu des présidents qui ont pris des décisions que j’ai pu trouver irréfléchies. Mais j’ai toujours pensé que ces présidents avaient une vision du système américain et de l’idéal américain qui étaient peu ou prou la même que la mienne, celle esquissée par les fondateurs de cette nation. Donald Trump n’est pas mon président.

Lorsque Trump a débuté sa campagne, il n’avait aucune vision claire du monde. Il semblait porté par une fois inébranlable dans la religion du grand spectacle et dans les plaisirs du bluff. Son irrépressible besoin d’être adulé, qui transparait dans toute sa carrière, semble le soulager épisodiquement du manque d’affection dont il souffre par ailleurs. Le personnage, tout droit sorti de la télé réalité, celui qui a débuté la campagne, était aussi démagogique que bouffon. Son essentialisation méprisable des Mexicains et ses critiques violentes à l’égard des Chinois se sont ajoutés à une liste interminable de transgressions idéologiques improvisées et à une tendance à se rapprocher toujours des positions politiques qui convenaient à son intérêt le plus immédiat.

Tout au long de cette campagne, cet homme qui va être notre président –ça me fait bizarre de le dire– a petit à petit abandonné son personnage de dessin animé. Il s’est transformé en une figure plus noire, plus rancunière. Toutes les attaques personnelles –des autres Républicains, des médias– l’ont radicalisé. Elles l’ont poussé à adopter une vision encore plus négative du monde.

Une idéologie bien plus radicale que l'on ne pense

On ne pouvait guère s’attendre à ce qu’un gamin du Queens –un des beaux quartiers de New York–, qui ne voulait rien d’autre que de réussir à Manhattan, se mette à graviter autour de la frange des adversaires  de la globalisation et des confédérés du net. C’est pourtant ce qu'il s'est passé. Le nationalisme du sang et du sol a été présent dès le début de sa campagne, même s’il ne semblait pas saisir toute la dangerosité de cette rhétorique. Mais ses mots ont attiré la droite extrême, qui s’est mise à le considérer comme le meilleur véhicule possible pour donner enfin une large audience à ses ignobles idéaux. Et parce que cet homme est profondément anxieux, il s’est jeté dans les bras de ceux qui l’aimaient le plus.

Le Donald Trump qui est sorti de cette campagne souscrit à une idéologie bien plus radicale que tout ce que nous avons pu voir au cours de l’histoire récente des États-Unis. Le Donald Trump qui est sorti de cette campagne souscrit à une idéologie bien plus radicale que tout ce que nous avons pu voir au cours de l’histoire récente des États-Unis. Ca n’est pas pour rien qu’il a fait de Steve Bannon le gourou de sa campagne –Steve Bannon qui pense qu’il convient d’aligner le parti républicain sur tous les partis d’extrême-droite dans le mode. Cette adoption du nationalisme ethnocentrique de style européen est étranger au conservatisme américain, quand bien même de nombreux conservateurs d’ici ont pu adopter des politiques racistes. Ronald Reagan et les deux Bush faisaient au moins quelques génuflexions à l’adresse du cosmopolitisme et de l’idée de progrès. Ils l'ont fait avec une sincère conviction, et ont rejeté les croyances hobbesiennes opposées à l'esprit des Lumières, qui avaient poussé l’Europe vers Hitler et Mussolini.

Le peuple a parlé

Nous voici donc avec un président élu aux tendances autoritaristes et qui se trouve désormais à la tête d’une présidence qui n’a jamais été plus puissante. Au cours des vingt années écoulées, nous avons octroyé toujours plus d’autorité à la branche exécutive de notre gouvernement –nous avons donné aux présidents le pouvoir de lancer des guerres sans l’accord du Congrès et nous leur avons donné le pouvoir de réécrire des portions cruciales de notre politique intérieure sans la moindre nécessité d’obtenir l’approbation du pouvoir législatif. Nous nous sommes rarement inquiétés de donner à la présidence une telle marge de manœuvre. Voilà qui semblait une bonne réponse aux blocages législatifs, le seule manière de faire en sorte que le pays avance. Et il semblait raisonnable de considérer que le pouvoir considérable de la présidence serait exercé par une personne qui respecte la Constitution et les normes du gouvernement américain.

Pour le dire plus clairement: Donald Trump est un personnage autoritaire qui assume les plus hautes fonctions d’une présidence au sommet de sa puissance impériale et qui ne sera pas entravée par une assemblée divisée.

Le peuple a parlé –et le peuple vient d’emprunter une voie qui menace la république telle que nous la connaissons. Le peuple a décidé d’emmener la nation dans la direction d’une démocratie illibérale. Il a choisi un chef qui déteste le Premier amendement, qui a fait montre d’une certaine volonté à lier la citoyenneté à la religion et aux origines ethniques, un chef qui a bénéficié de l’intervention d’une puissance étrangère dans notre processus démocratique.

Donald Trump n’est pas mon président et peut-être n’est-il pas non plus le vôtre, mais il aura bien plus de pouvoir sur nous –et sera bien plus enclin à l’exercer– que n’importe quel autre président de l’histoire américaine.

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