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La terrible histoire de l’homme qui, dans un tweet de 2013, conseillait à Trump de se présenter

Echange Twitter entre Russell Steinberg et Donald Trump, en février 2013.

Echange Twitter entre Russell Steinberg et Donald Trump, en février 2013.

«Faites attention!», avait répondu Trump.

Ce qui était encore impensable pour beaucoup d'entre nous il y a 24 heures vient de se produire sous nous yeux: Donald Trump, surréaliste candidat républicain à la présidentielle américaine, s’est emparé de la Maison-Blanche après une nuit au suspens insoutenable. Il remporte ainsi près de 300 grands électeurs, selon les résultats disponibles, mercredi 9 novembre en fin de matinée.  

Côté américain, de nombreux électeurs choqués et déçus vont passer une nuit particulièrement difficile, incapable de comprendre la direction prise par leur pays ou de trouver des réponses à leurs interrogations. Mais parmi eux, un homme en particulier va être tenu pour responsable de l’ascension de Trump: Russ Steinberg. Dans un tweet adressé à Trump en février 2013, ce contributeur au site sportif SB Nation conseillait au milliardaire de se présenter à l’élection présidentielle.

«Faites attention!»

Tout a commencé de manière tout à fait banale, le 7 février 2013. Donal J. Trump, troll devant l’éternel, s’adonnait à son sport favori sur le réseau social de microblogging: la logorrhée ininterrompue de propos délirants visant la présidence Obama.

«Obama peut tuer des Américains selon sa volonté avec des drones mais le waterboarding [technique de torture grâce à une immersion dans l’eau, NDLR] n’est pas autorisé, il n'y a qu’en Amérique qu’on voit ça!»

L’énième pique a évidemment suscité de nombreuses réactions dans la foulée, certains pour le soutenir, d’autres pour s’en moquer ou l’insulter. Donald Trump répond parfois, mais l’une de ces réponses l’interpelle particulièrement, celle de Russell Steinberg, qui décidé d'ironiser sur sa gouaille:

«Si vous détestez tant l’Amérique, vous devriez vous présenter à la présidentielle et arranger les choses.»

Une réponse banale, faite de frustration et de lassitude, mais qui permet à Trump de répondre avec un cinglant «Faites attention!».

Au début, la réponse apparaît comme une blague, à peine teintée d’inquiétude. Mais trois ans plus tard, le 3 mai 2016, lorsque Trump confirme sa position de favori dans la course à la nomination républicaine après le retrait de Ted Cruz et Josh Kasich, des internautes farfouillent dans les milliers de tweets de Trump. Un journaliste de Now This déterre celui de Russell Steinberg et le diffuse à ses abonnés.

«C’est ta faute Russell, ton tweet te suivra jusqu’au bout»

Beaucoup de gens ont conseillé à Trump de se présenter, que ce soit pour plaisanter ou non, mais personne n’a eu la «chance» d’avoir une réponse du milliardaire comme Steinberg, ce qui confère à son tweet une valeur symbolique puissante. De plus, étant donné qu'internet développe la créativité des trolls partisans de Trump, le pauvre Russell est devenu la cible idéale. Très vite, on le tient alors responsable de la candidature, les blagues et les insultes s’accumulent. Les captures d’écran sont nombreuses et le mot d’ordre se répand comme une traînée de poudre: «C’est ta faute Russell, ton tweet te suivra jusqu’au bout.»

Dans une interview donnée à The Verge en octobre dernier, il explique malgré tout que tout celui être «plutôt amusant» et que de toute façon le harcèlement s’est atténué au bout de quelques semaines, comme n’importe quelle chasse à l’homme sur internet.

Les gens vont continuer de s'en prendre à moi parce que c'est ce qu'ils font. Bien. D'une certaine façon je le mérite. J'ai effacé mon tweet. Notamment parce que j'en avais marre de me faire insulter

Mais début octobre, pour des raisons obscures, l’impression écran ressurgit sans prévenir sur plusieurs comptes Instagram. Dès lors, la reprise n’est pas individuelle, mais orchestrée par des comptes spécialisés dans les mèmes, qui titrent tous la publication de la même façon et sont repris des milliers de fois par les internautes.  

«C’est entièrement de ta faute Russell»

«L’internet détermine quel type de mème tu es Russell Steinberg»

«Cela m'a beaucoup perturbé»

Cette fois, les choses vont plus loin. «Beaucoup de gens aussi font des menaces de mort ou me disent de me tuer, expliquait Russell à The Verge, et il y a beaucoup de gens antisémites à cause de mon nom de famille. Donc ça n’a été facile de passer tout ça au crible. Je suis quelqu’un qui est sur Twitter toute la journée de toute façon, cela m’a beaucoup perturbé.» Le harcèlement devient violent, mais il décide de laisser le tweet, pour l’instant en tout cas, car les milliers d’impressions écrans sont éternelles.

De nouveau, internet laisse tranquille Russell, mais avec le résultat inattendu de l’élection, la «hate» est repartie de plus belle. Peut-être une façon irrationnelle pour certains internautes de tenter de gérer une situation qui l'est tout autant.

Russell a fini par effacer son tweet, expliquant que les insultes devenaient insupportables.


«J'essaye d'éviter une tempête sur Twitter.
Tout le monde surgit dans mes mentions pour me dire d'aller me faire foutre: Est-ce que vous avez voté aujourd'hui? Simple question.
Les gens vont continuer de s'en prendre à moi parce que c'est ce qu'ils font. Bien. D'une certaine façon je le mérite. Mais je ne vais nulle part.
J'ai effacé mon tweet. Notamment parce que j'en avais marre de me faire insulter.
C'est l'heure d'aller dormir. Je ne sais pas quoi dire d'autre. Le soleil se lèvera demain et on tentera alors de comprendre.»

On vous l'avait dit, la nuit de Russell Steinberg a sûrement été encore plus compliquée que celle de nombreux de ses concitoyens. 

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