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Des pays étrangers, les plus inquiets doivent être les voisins et les alliés des États-Unis

Donald Trump lors de son discours annonçant la victoire, le 9 novembre 2016 | MARK WILSON / AFP

Donald Trump lors de son discours annonçant la victoire, le 9 novembre 2016 | MARK WILSON / AFP

Parmi les propositions de Donald Trump qui concernent l'étranger: la construction d'un mur pour arrêter les immigrés mexicains, «effacer» Daech...

A l’exception de Vladimir Poutine, la plupart des dirigeants dans le monde, et en particulier les alliés des États-Unis, sont pris à contre-pied par la victoire de Donald Trump. Wishfull thinking, confiance dans les sondages ou préférence pour le statu quo? Quelles que soient les raisons, ils misaient sur l’élection d’Hillary Clinton. Ils avaient aussi du mal à imaginer que la première puissance mondiale porterait à sa tête un trublion, non seulement inexpérimenté mais affichant une méconnaissance non feinte des réalités internationales. À tel point que plusieurs dizaines d’anciens experts républicains de la politique étrangère ont signé une pétition mettant en garde contre les conséquences internationales d’une présidence Trump.

En politique étrangère, Donald Trump est une page blanche. Les seules indications sur la stratégie qu’il pourrait poursuivre sont apportées par ses déclarations pendant la campagne électorale. Et elles ne sont pas rassurantes. Le «président élu» est une sorte d’isolationniste. L’Amérique d’abord, voilà sa feuille de route. Au lieu de gaspiller son argent dans des aventures extérieures, elle doit investir chez elle pour le bien-être de ses citoyens. En cela, il ne se distingue pas de Barack Obama. Celui-ci était arrivé au pouvoir en 2008 en affirmant que le «nation building» commençait «à la maison», avant d’être rattrapé par les turbulences du monde.

Effacer Daech, construir un mur

Dans le même temps, Donald Trump a eu quelques saillies guerrières, promettant d’éradiquer par exemple l’État islamique avec des bombes bien placées, y compris l’arme nucléaire. Si toutefois la Russie est mieux placée pour faire le travail, il est prêt à lui laisser la place en Irak comme en Syrie.

Les plus inquiets doivent être cependant les voisins et les alliés des États-Unis. Avec le Mexique, il a promis de construire «dès le premier jour» de sa présidence un mur qui sera payé par les Mexicains. En Europe, il ne voit pas l’utilité de l’OTAN, la plus vieille et longue alliance dans laquelle l’Amérique a été impliquée dans son histoire. En tous cas, les Américains ne continueront pas à payer pour la défense de leurs amis. Depuis des décennies, les dirigeants américains parlent de «burden sharing», le partage du fardeau, entre Washington et les capitales européennes. Mais les États-Unis ont continué à supporter le plus gros des dépenses de l’OTAN. Pas par simple générosité. Parce que c’est dans leur propre intérêt.

Cependant, Donald Trump est allé plus loin. Il parait décidé à présenter la facture, en particulier aux États prospères. L’Allemagne par exemple en Europe. Ou le Japon et la Corée du sud, en Asie. Ces deux pays, pense-t-il, ont les moyens de se défendre eux-mêmes contre d’éventuelles menaces extérieures sur lesquelles ses connaissances sont limitées. Et s’ils ont besoin d’une protection nucléaire, qu’ils construisent eux-mêmes leur arme atomique, a-t-il dit sans égard pour la spirale de prolifération qu’une telle mesure pourrait provoquer.

Douter du réchauffement climatique

Il se fait fort de dénoncer l’accord sur le climat signé par les États-Unis, comme près de deux cents Etats dans le monde, à la suite de la COP21. Il veut en finir avec les accords commerciaux et les obligations de l’Organisation mondiale du commerce. Il se propose d’imposer des droits de douane de 45% sur les importations chinoises aux États-Unis, sans apparemment se soucier des conséquences sur les relations politiques avec Pékin. Il estime que Barack Obama a fait trop de concessions à l’Iran et veut donc renégocier l’accord sur le programme nucléaire iranien de juillet 2015. Et remettre en cause la normalisation des rapports avec Cuba.

Un lieu commun veut que le président des États-Unis, une fois au pouvoir, ne mène pas la politique étrangère pour laquelle il a été élu. Les circonstances sont plus fortes que les théories. En 2000, George W. Bush avait promis une diplomatie «modeste» et il a été un des présidents les plus guerriers des dernières décennies. Avec Trump, il faut être prudent dans les pronostics. Les observateurs américains et étrangers se sont trop souvent trompés à son sujet, c’est un président si atypique que rien n’est exclu. Y compris qu’il essaie au moins de mettre en œuvre ce qu’il a dit pendant la campagne.

L’ampleur de la victoire du magnat de l’immobilier a une signification qui dépasse les décisions qu’il sera amené à prendre sur des sujets concrets. Elle témoigne d’un rejet plus fondamental du monde dessiné par la globalisation. Elle porte un nouveau coup d’arrêt à une politique d’ouverture et de libre-échange qui a laissé au bord de la route des centaines de milliers d’Américains qui se sentent méprisés par les «élites». Elle ébranle les certitudes sur lesquelles est fondé le système international depuis la fin de la Guerre froide. Les puissances dites «révisionnistes», celles qui comme la Russie et la Chine, travaillent à changer ce système, même si la seconde en a largement profité, ne peuvent que s’en féliciter. Six mois après le Brexit, les Européens ont matière à méditer.

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