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Pourquoi il est si important que le perdant reconnaisse sa défaite

Robyn BECK / AFP

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Le candidat républicain n'avait jamais voulu confirmer qu'il serait prêt à admettre qu'il a perdu l'élection. Finalement, c'est Hillary Clinton qui a eu à le faire.

C'était l'un des nombreux suspenses de cette soirée électorale. Si Donald Trump venait à être battu, accepterait-il de reconnaître sa défaite? Nous n’aurons jamais la réponse. Le candidat républicain a été élu ce 8 novembre 2016, 45e président des États-Unis.

«Je viens de recevoir un appel de la secrétaire d'État. Elle nous a félicités pour notre victoire. Et je l'ai félicitée pour sa campagne durement menée. Elle a travaillé très dur, pendant très longtemps. Et nous lui devons une grande gratitude. Il est désormais temps de guérir les blessures. Il est temps de nous regrouper en tant qu'un. Je promets à chaque citoyen que je serai président de tous les Américains.»

Impossible de savoir ce qu'avait prévu le candidat républicain en cas de défaite, mais quand il a été interrogé sur le sujet lors du dernier débat, il avait refusé de s'engager à prononcer un tel discours.

«Je vous le dirai à ce moment-là. Je vais garder le suspense, ok?»

Hillary Clinton avait alors saisi l'occasion pour s'en prendre à son rival, et expliquer qu'elle trouvait cette réponse «terrifiante»:

«Nous existons depuis 240 ans. Nous avons eu des élections libres et justes. Nous avons accepté les résultats, même quand ils ne nous plaisaient pas. Et c'est ce que l'on attend de qui que ce soit présent sur scène lors d'un débat entre candidats à l'élection présidentielle.»

Quelques jours plus tard, lors d'un meeting, Donald Trump en avait remis une couche, quand il avait juré qu'il «accepterait totalement les résultats de cette grande et historique élection présidentielle», si et seulement s'il l'emportait.

Dès août, des proches du candidat républicain racontaient à Politico, qu'il allait adopter cet état d'esprit.

«S'il perd, il dira que c'était truqué. S'il gagne, il dira que c'est truqué et qu'il a battu le système. Si Donald Trump perd, il va pointer du doigt les médias, et la tête du parti républicain. Je ne le vois pas prononcer un discours où il reconnaît sa défaite, peu importe l'écart.»

Pas d'effet sur le résultat

Pourtant, que la vaincu reconnaisse sa défaite ou non cela ne change pas grand chose, note Wired.

«La concession d'un candidat n'est pas obligatoire. Et refuser de reconnaître sa défaite n'a aucune conséquence légale. “C'est comme mal se comporter lors d'un dîner: ça ne se fait pas”, explique un expert en droit électoral à l'université de New York. “Mais parfois, vous avez de mauvais invités.” Donc Trump peut refuser de reconnaître sa défaite autant qu'il le veut, rien de particulier ne se produira.»

Mais au-delà de la longue tradition, reconnaître sa défaite, c'est surtout permettre au pays de dire qu'il y a un vainqueur, et qu'il va désormais falloir aller de l'avant, explique à Vice l'ancienne speechwriteuse des campagnes McCain et Romney, Lindsay Hayes.

«C'est important. C'est ce qui crée ce sentiment de continuité, de stabilité. Et les gens ont besoin de ça dans leur gouvernement.»

C'est ce qu'ont fait les deux candidats: Clinton en appelant son rival et Trump, dans son discours de victoire en lui rendant hommage, et en appelant le pays à panser ses plaies et à s'unifier.

Une vieille tradition

C'est à la fin du XIXe siècle que ce phénomène a commencé à prendre, même si tous ne l'ont pas fait. Depuis Jimmy Carter, en 1980, souligne Atlas Obscura, on attend du vaincu qu'il appelle le président élu pour le féliciter, même si cela ne fait pas forcément plaisir aux deux camps.

Cette période de transfert de pouvoir doit pouvoir se faire dans de bonnes conditions. Et comme le notait le modérateur du débat entre Clinton et Trump où la question a été posée, l'une des fiertés des États-Unis, c'est qu'il y ait justement «une transition du pouvoir pacifique. Peu importe la dureté de la campagne, à la fin le vaincu, doit admettre sa défaite au vainqueur».

La BBC prévenait ainsi qu'un tel signal envoyé par Donald Trump pourrait pousser ses plus fervents supporters à se rebeller, dans un pays qui a rarement semblé aussi divisé, ces dernières années. Un de ses soutiens avait ainsi prévenu qu'une révolution aurait lieu et que du sang serait versé si Hillary Clinton venait à priver Donald Trump de la victoire. D'autant qu'il ne faudrait pas beaucoup de personnes pour causer de gros problèmes.

Mais Trump n’a pas eu besoin de reconnaître sa défaite. Dans la nuit du 8 au 9 novembre, c’est Hillary Clinton qui l’appelé pour le féliciter. Le 20 janvier prochain, Donald Trump succédera à Barack Obama et deviendra le 45e président des États-Unis.

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