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Fort Hood: après la tuerie, les questions

Christopher Beam, mis à jour le 21.02.2011 à 14 h 55

Peut-on porter une arme cachée sur une base militaire? Et autres questions...

L'officier psychiatre Nidal Malik Hasan, unique suspect dans la fusillade mortelle de la base militaire de Fort Hood, au Texas, a tué 13 personnes et en a blessé 30 autres avant qu'une policière ne le mette hors d'état de nuire en tirant sur lui à quatre reprises. Cet incident tragique soulève de nombreuses questions, auxquelles nous essayons ici de répondre en partie.

Les psychiatres ont-ils plus tendance à la folie que le reste de la population?

Oui, et c'est aussi vrai des médecins en général. Des études ont montré que le taux de suicide parmi les hommes médecins est supérieur de 40% au taux de suicide des hommes dans leur ensemble, pourcentage qui atteint 130% pour les femmes médecins par rapport à la population féminine globale. Personne ne sait exactement pourquoi, mais les médecins présentent une tendance anormalement forte à la dépression, et leur accès facilité aux médicaments pourrait être un amplificateur de symptômes. Cependant, il existe peu de recherches sur les taux de suicide par spécialisation, et il est donc difficile d'établir si les psychiatres souffrent davantage de troubles mentaux que les autres médecins. Une étude de 2001 portant sur les femmes psychiatres a toutefois découvert que 42% des sujets avaient des antécédents familiaux de dépression, contre 28% pour les femmes médecins en général. En outre, 35% des femmes psychiatres avaient fait une dépression, contre 18% des femmes médecins dans leur ensemble.

Peut-on porter une armée cachée sur une base militaire?

Non. Si le personnel d'une base possède et utilise des armes, ce n'est pas dans n'importe quelles conditions. Toute arme doit être enregistrée auprès du chef de la police militaire de la base et rangée à l'arsenal. Pour utiliser une arme à des fins d'exercice ou de séance d'entraînement de tir, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur de la base, il faut en faire la demande à l'arsenal et y rapporter l'arme immédiatement après usage. De même, les visiteurs qui arrivent armés sur la base doivent laisser leur attirail à l'entrée.

Les seules personnes autorisées à porter une arme sur la base, dissimulée ou non, sont les policiers militaires en service, qui sont chargés de la sécurité. Ils doivent rendre leur arme à l'arsenal dès que leur service est terminé. (Le sergent Kimberly Munley, qui a ouvert le feu sur Hasan, appartient à la police civile de la base.) Une autre exception est accordée aux policiers du compté ou de l'État en service qui se présentent pour raison officielle. S'ils ne sont pas en service ou mandatés pour raison officielle, ils doivent également laisser leur arme à l'entrée. Le commandant de la base est habilité à prévoir d'autres exceptions, par exemple si la base est attaquée ou si les officiers doivent porter leur arme pour une cérémonie. Le commandant est alors responsable de toutes les conséquences susceptibles de découler de sa décision.

Hasan est encore en vie après avoir été blessé par quatre balles. Combien de balles peut-on recevoir sans mourir?

Beaucoup. Le nombre de balles est, bien sûr, bien moins important que l'endroit de leur impact dans le corps. Les atteintes à la tête et au cœur sont de loin les plus mortelles. Le taux de survie à une blessure par balle à la tête n'est que de 5%. Comme la journaliste de Slate Michelle Tsai l'écrivait en 2007:

Selon une étude non publiée de l'université du Maryland, sur 264 [blessés par balle à la tête] en 2000, tous sont morts sur le coup, sauf 29. Sur les 27 pour lesquels nous disposons d'informations, seuls 18 ont tenu jusqu'à l'opération. Sur ces 18, huit ont survécu avec de lourds handicaps, et 10 se sont bien remis.

Une atteinte à l'un des gros vaisseaux - artères fémorales des jambes, veine jugulaire du cou ou artères humérales des bras - peut aussi provoquer une mort rapide. En dehors de ces zones, les chances de survie sont assez élevées. Une étude conduite sur 300 patients touchés au ventre a ainsi montré que le taux de survie s'établissait à 88%.

Hasan avait dit à sa famille qu'il souhaitait quitter l'armée. Est-ce difficile d'obtenir sa démobilisation?

Très difficile. L'armée des États-Unis peut se séparer de ses hommes avant la fin de leur service pour de nombreuses raisons, dont la faute, l'abus médicamenteux, l'homosexualité ou le trouble mental. Mais elle se méfie des soldats qui essayent de quitter le corps pour se dérober au combat. L'armée peut alors sanctionner un homme pour mauvaise conduite en le «retenant avec punition»: le fautif est contraint de rester dans l'armée et il doit de plus s'acquitter d'une amende.

Un soldat peut éviter d'être envoyé à l'étranger en faisant valoir l'objection de conscience. Cependant, son refus de combattre doit reposer sur des motifs moraux ou éthiques, pas politiques. Même alors, la procédure est longue et complexe: l'objecteur doit passer un entretien avec un aumônier militaire, trouver des témoins qui se portent garant pour lui et convaincre ses officiers qu'il n'essaie pas simplement de se débiner. Les psychiatres militaires tel Hasan ont le plus grand mal à éviter la mobilisation, car ils sont très demandés et qu'ils ne prennent pas part aux combats.

Les collègues de Hasan ont témoigné qu'il s'opposait à l'invasion américaine en Irak et en Afghanistan. Les soldats ont-ils le droit d'être contre une guerre?

Oui, s'ils ne le crient pas sur les toits. Un soldat a le droit de s'exprimer librement en privé, quand il boit un verre avec ses amis par exemple. Il peut envoyer son opinion à des journaux ou poster des commentaires sur des sites, du moment qu'il ne met pas trop en avant son statut militaire. Il peut même participer à des manifestations politiques, à condition de ne pas faire de discours et de ne pas être en tenue. La liberté d'expression d'un militaire est également limitée par le fait qu'il ne doit pas user d'un langage insultant vis-à-vis du Président. Il lui est par ailleurs interdit de manquer de respect ou de désobéir volontairement à ses supérieurs. Outre ces interdictions spécifiques, les restrictions pesant sur un soldat peuvent relever du large champ de la «conduite inconvenante.»

L'Explication remercie Philip D. Cave, Glen Gabbard du Baylor College of Medicine (Houston, Texas), Robert Levine de la University of Texas School of Medicine (Houston), Gary Slider du site sur la possession d'armes Handgunlaw.us, et Michael Welner du cabinet d'experts légistes Forensic Panel.

Christopher Beam

Traduit par Chloé Leleu

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Image de Une: A l'entrée de Fort Hood Texas Jessica Rinaldi Reuters

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