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En Californie, les amateurs de porno deviendront-ils des policiers du préservatif?

Michael Weinstein, président et fondateur d’AIDS Healtcare, le 12 août 2008 à Los Angeles. MARK RALSTON / AFP

Michael Weinstein, président et fondateur d’AIDS Healtcare, le 12 août 2008 à Los Angeles. MARK RALSTON / AFP

C'est un des autres votes polémiques de ce mardi 8 novembre.

La Californie est un État clef dans la course à la Maison-Blanche. Mais au-delà du duel Clinton-Trump, un autre homme fait beaucoup parler de lui, dans le cadre des différents ballots, ces référendums soumis au choix des électeurs: Michael Weinstein, président et fondateur d’AIDS Healtcare, une fondation dédiée à la lutte contre le sida et au soutien des personnes séropositives. Depuis 2009, il milite pour obtenir de meilleures conditions de travail pour les acteurs et actrices de l’industrie pornographique en ce qui concerne les maladies sexuellement transmissibles.

Et aujourd’hui, comme le raconte le site The Verge, c’est aux Californiens de décider si la proposition 60, qui imposerait aux acteurs de porter des préservatifs lors de tournage de scène ayant «des pénétrations vaginales ou anales par un pénis», doit être validée. Si la loi passe, note le site, «les producteurs de films pour adultes devront acheter une licence tous les deux ans, le signaler à l’État et payer une taxe pour chaque tournage. Les producteurs devraient aussi fournir et payer les tests et vaccins des acteurs pour lutter contre les MST, et les protéger à l’exposition de fluides corporels.»

Mais le plus fascinant dans cette proposition, c’est la volonté de transformer chaque amateur de porno en lanceur d’alerte (ou policier, c’est selon). En effet, l’État ne peut être saisi que si une plainte est déposée, donc si la proposition 60 passe, n’importe qui pourrait alors signaler un film pornographique où des acteurs ne portent pas de préservatif. Avec, bonus, une récompense financière à la clef. Si la plaignant remporte son procès, il touche un quart des dommages, une somme pouvant aller jusqu'à 1,5 million de dollars. S'il perd, il doit simplement payer les frais de représentations de la partie adverse dans le cas où la procédure est jugée de mauvaise foi. Et la mesure pourrait également toucher certains films amateurs.

«La proposition semble déléguer une autorité à chaque spectateur d’un film pornographique dans l’État de Californie, explique à The Verge Alex Austin, l’avocat de membres de l’industrie pornographique. Imaginons que vous regardez un porno amateur entre un mari et sa femme, et qu’ils n’utilisent pas de préservatif. Si le mari et sa femme l’ont aussi produit ou on fait des bénéfices en vendant le film, vous pouvez potentiellement les poursuivre.»

Les libertariens, les démocrates et les républicains sont tous opposés à la loi, et une pétition a rassemblée 1.000 signatures, dont un certain nombre d’acteurs et d’actrices. La proposition 60 a donc peu de chances de passer, mais elle a au moins le mérite de soulever un vrai problème dans cette industrie: le manque de transparence sur le dépistage des acteurs et actrices et la difficulté à favoriser les moyens de prévention. The Verge note ainsi que le «Center for Disease Control and Prevention (CDC) a récemment rapporté que, malgré le protocole de test, un acteur qui a contracté le VIH en dehors des plateaux l’a transmis à un partenaire sur le plateau, de même qu’à un partenaire non lié à son travail.»

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