Monde

«Si Hillary gagne, j’organise une énorme fête. Si c’est Trump, j’entre en résistance»

Ruth Graham, traduit par Bérengère Viennot, mis à jour le 08.11.2016 à 16 h 13

Les membres des équipes de campagne et les journalistes sont sur les rotules après une interminable course à la Maison-Blanche. Que vont-ils faire de leur vie quand tout sera fini?

Gregg Newton / AFP

Gregg Newton / AFP

Cela fait plus de 600 jours que Ted Cruz a annoncé sa candidature à la présidentielle en mars 2015, donnant le coup d’envoi de ce qui a sans doute été la campagne la plus méprisable et la plus épuisante de l’histoire américaine. Un sondage Pew a révélé que 59% des Américains se sentaient «éreintés» par la couverture médiatique des élections –et nous n'étions qu’en juillet. Nous avons la trouille, nous sommes déprimés et nous sommes en colère. C’était comme 600 jours de gastro, 600 jours de mains baladeuses d’un vieux tonton crado, 600 jours à se rendre compte que cette Amérique, c’est celle dans laquelle nous vivons vraiment –mais oui celle-ci, et pas du tout celle à laquelle nous avons voulu croire mordicus pendant tant d’années, bêtement, nous le voyons clairement à présent, et pourtant, mon Dieu, que ce rêve était beau. Et à présent nous sommes tellement, mais tellement las.

Vous savez qui a vraiment besoin de faire un break? Ceux pour qui ces élections ne sont pas seulement une obsession teintée de terreur mais un travail. J’ai demandé à des journalistes politiques, des consultants et des membres des équipes de campagne ce qu’ils allaient faire mercredi –ou en tout cas lors de ce mercredi symbolique, lorsque ce foutu machin sera enfin derrière nous, comment envisagent-ils de récupérer leur santé mentale? En se rendant dans un éco-spa inondé de soleil à des kilomètres du moindre signal wifi? En faisant un séjour en famille à Disneyland? En s’allongeant par terre pendant six mois sans bouger? Voilà ce qu’ils m’ont répondu (les réponses ont été condensées et éditées).
 

1.Ceux qui veulent se tirer

«Je vais partir faire une retraite dans un centre de méditation. Envoyer des prières de gratitude et espérer être envahie par un calme nouveau.»

LaDavia Drane, chargée du Congrès dans l'équipe de campagne Clinton
 

«Je pars au Nicaragua avec quelques potes traquer des point breaks gauches dans des spots avec zéro réseau. Dodo, surf et ceviches, rien de plus, rien de moins. Mais j’ai acheté un billet avec une assurance annulation, parce que qui sait ce que le 9 novembre nous réserve.»

Nicholas Corasaniti a couvert la campagne de Trump pour le New York Times
 

«Je n’ai pas pris de vacances depuis 2013. Je n’ai pas eu autant de miles sur ma carte depuis... ben, en fait, jamais. Donc même si je vais hanter les vestiges carbonisés de ce qu’il restera de la capitale pendant un petit moment, après Thanksgiving, je pars passer une semaine au Japon et ensuite une autre semaine au Cambodge et au Vietnam.»

Dave Weigel, Washington Post
 

Je serai sûrement tenté de jeter mon téléphone dans l’océan, mais je ne le pourrai pas. Parce que je devrai utiliser ce téléphone pour appeler tous les amis et tous les membres de ma famille à qui je n’ai pas pu donner de nouvelles

«Je ne suis pas de ceux qui font des projets tant que le jour des élections n’est pas passé, mais j’espère rentrer chez moi, dans la région viticole de Californie, pour boire beaucoup, mais alors beaucoup de champagne.»

Kristina Schake, directrice adjointe de la communication de l'équipe de campagne de Clinton
 

2.Ceux qui veulent passer du temps avec leur famille

«Je vais aller à la réunion parents-profs de mes enfants et faire comme si j’étais un parent responsable.»

Jim Margolis, conseiller senior dans l'équipe de campagne de Clinton
 

«J’emmène ma femme dîner au restaurant samedi soir et je vais lui acheter des fleurs pour la remercier de s’être coltiné les couchers et les matins avec les enfants pendant que j’étais parti papoter à la télé.»

David Fahrenthold, journaliste, Washington Post
 

«Mon projet, c’est de prendre l’avion pour rentrer chez moi, au Kansas, le 9 novembre et de refaire connaissance avec ma famille!»

Alan Cobb, directeur national des alliances et conseiller senior dans l'équipe de campagne de Trump
 

«Je serai sûrement tenté de jeter mon téléphone dans l’océan, mais je ne le pourrai pas. Parce que je devrai utiliser ce téléphone pour appeler tous les amis et tous les membres de ma famille à qui je n’ai pas pu donner de nouvelles parce que ça fait plus d’un an que je suis sur la route à plein temps.»

Sopan Deb a couvert la campagne de Trump pour CBS News
 

«D’abord, je vais regarder des photos des membres de ma famille pour me rappeler à quoi ils ressemblent, et ensuite je vais passer du temps avec eux.»

Maggie Haberman, correspondante politique pour le New York Times
 

«Tout le monde me dit que je devrais prendre des vacances post-élections, mais j’ai pris tellement d’avions et j’ai tant dormi à l’hôtel au cours des derniers mois qu’aller quelque part est la bien la dernière des choses que j’aie envie de faire. Je veux juste rester un peu chez moi! Ce sera sympa de rappeler à mes enfants qu’ils ont une mère, et de soulager un peu mon héroïque mari de la lourde charge qu’il a portée (et puis partir en voyage avec des enfants, ce n’est pas franchement des vacances).»

Molly Ball, chroniqueuse pour The Atlantic
 

«Depuis le début de la campagne, j’ai raté toutes les réunions parents-profs et les spectacles de l’école, et cette année même Halloween. Je veux retrouver tout ça, et même peut-être préparer un vrai dîner. Je crois que je devrais inventer une médaille pour honorer mon mari, qui est resté en première ligne à la maison pendant que j’étais partie.»

Sarah McCammon a couvert la campagne de Trump pour la NPR
 

J’ai ce génial projet de dormir une journée entière, et puis de me détendre et de prendre de super vacances

«J’espère que les choses se seront calmées d’ici Thanksgiving, lorsqu’avec mon petit ami nous allons recevoir mes parents, qui viennent de l’Iowa, ainsi que d’autres membres de la famille pour le dîner. Après dix-huit mois passés à suivre la campagne, je ne peux pas imaginer de meilleur moyen de célébrer le fait que ce soit fini.»

Jenna Johnson a couvert la campagne de Trump pour le Washington Post

 

3.Ceux qui ne s'arrêtent jamais

«Le 9 novembre, c’est mon anniversaire en fait. J’ai bien l’intention de célébrer ma 29e année comme jamais –une soirée d'élection avec la Team McMullin, un moment historique pour l’Utah et pour tout le pays!»

Kelsey Koenen Witt, directrice de communication pour l’Utah de la campagne d’Evan McMullin
 

«J’ai ce génial projet de dormir une journée entière, et puis de me détendre et de prendre de super vacances et en fait je suis certain que je serai de retour au boulot à la première heure mercredi matin et que je ne vais rien réaliser du tout.»

Jason Miller, conseiller en communication senior de la campagne de Trump
 

«Je vais être à fond juste après les élections pour me lancer direct dans les recherches sur ceux que Clinton va nommer. Je prendrai dix jours de vacances à Noël, pour aller à St. John où je vais faire une cure de désintoxication numérique histoire de me recharger pour la nouvelle année.»

Andrew Kaczynski, CNN
 

«Le lendemain, je vais me lever tôt et je vais courir, ensuite je vais m’offrir deux heures de ce que j’ai raté sur Netflix, et simplement rester un peu tranquille. Mais il y aura forcément des choses à régler encore pendant quelques jours, donc la plage devra attendre.»

Josh Handelman, directeur financier national pour la candidate au Sénat Katie McGinty
 

Moi, j’achète un chiot après les élections. Ça fait un moment que j’ai envie d’avoir un chien

«J’ai prévu de continuer à travailler à la rédaction et à Capitol Hill pendant les semaines qui vont suivre les élections. Mais après Thanksgiving, j’irai en Californie pour ce que j’espère être des mini-vacances.»

Robert Costa, journaliste politique au Washington Post
 

4.Ceux qui achètent un chiot, font du sport et entrent en résistance

«Moi, j’achète un chiot après les élections. Ça fait un moment que j’ai envie d’avoir un chien, mais les horaires pendant la campagne ne sont pas idéals pour adopter un animal de compagnie... Nous aurons le temps de nous apprivoiser, et quand ce sera de nouveau le moment de faire campagne, mon chiot sera assez grand pour rester dans mon bureau.»

Rachel Bowman, directrice de campagne du Democratic-Farmer-Labor Party pour le Minnesota à la Chambre des représentant
 

«Si Hillary gagne, j’organise une énorme fête. Si c’est Trump, j’entre en résistance.»

Frank Chi, consultant politique
 

«La première chose que j’envisage de faire c’est m’inscrire à un cours de spinning. Mes horaires ont été tellement n’importe quoi que je ne me suis pas inscrite avant, de peur qu’il y ait une actu qui tombe et que je ne puisse jamais y aller.»

Tamara Keith, correspondante à la Maison Blanche pour la NPR

Ruth Graham
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Journaliste
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