Slatissime

Pour savoir si une entreprise va bien, ouvrez son frigo

Marie Kock et Hugo Lindenberg et Stylist, mis à jour le 14.11.2016 à 7 h 05

La nourriture stockée en entreprise en dit long sur l'état des troupes.

Frigo | Melissa O'Donohue via Flickr CC License by

Frigo | Melissa O'Donohue via Flickr CC License by

L’open-space est ce qui se rapproche le plus, dans la vie de tous les jours, d’une sitcom américaine des années 1990. Un espace clos où une dizaine de personnes passent le plus clair de leur temps dans une intimité propice à toutes les facéties scénaristiques. Histoire de ne pas terminer la saison qui s’annonce dans un burn-out généralisé, vous avez décidé de prendre les choses en main dès le pilote. Votre pitch: atteindre une certaine harmonie professionnelle grâce à des mesures simples mais efficaces. Pour y parvenir, la première chose à faire, c’est d’aller mettre votre nez dans le frigo commun. Cette petite chambre froide est un nid à bactéries, mais aussi le meilleur endroit pour prendre la température de l’ambiance au bureau. La preuve en quatre aliments.

1.Le champagne au frais

Quand vous êtes arrivée, il y a cent ans en années burn-out, tout le monde buvait des bières dès 18 heures et vous aviez assez de champagne dans le frigo pour arroser la pelouse du Parc des Princes. Mais bien sûr, vous préfériez le boire avant d’aller finir la réunion au café d’en bas où la secrétaire était déjà accoudée au bar en train de draguer le serveur. Évidemment, le frigo ressemblait à une cave Nicolas, et quand il y avait un mot dessus, c’était pour dire «Tout le monde chez Dédé ce soir à 23 heures».

Puis un jour, alors que vous cherchiez de quoi fêter le départ d’un stagiaire dont tout le monde a, depuis, oublié l’existence, vous êtes tombée nez à nez avec une collection de restes de salades de quinoa, une fontaine d’eau alcaline et une bouteille de Moët aux trois quarts vide avec une petite cuillère en guise de bouchon. Le mot sur la porte disait «Merci de laver vos tasses». Vous avez alors courageusement désencastré la Smirnoff cryogénisée dans le compartiment à glaçons et préparé une dizaine de shots en imaginant que vos collègues allaient vous faire une ola de remerciements. C’était sans compter qu’à votre retour dans l’open space, tout le monde avait déjà son manteau sur le dos et vous a regardée comme si vous aviez un sérieux problème d’addiction, en vous saluant à coups de «t’es folle, moi je peux plus boire en semaine».

La ration de survie: quelques flacons de Poppers. Il n’y a pas de bulles, mais tout 
le monde est content quand ça s’évente.
 

2.Le foie gras volant

Pour réussir à le voir, il faut être très rapide puisque c’est l’aliment qui disparaît en 24 heures. Alors que personne ne touche aux manteaux que vous laissez sur votre chaise pour faire croire que vous n’êtes pas vraiment partie, ni au mini-Groot aux yeux adorables qui danse sur son tronc chaque fois que vous jetez votre souris sur votre téléphone qui ne veut pas s’arrêter de sonner, tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la charcuterie est irrémédiablement dérobé. Lonzu de Corse, foie gras, saucisson d’Auvergne… disparaissent en moins de temps qu’il vous faut pour dire «Mais qui fait ça?». Et c’est bien ça le problème: malgré une surveillance digne de la NSA du frigo et des allées et venues de vos collègues, impossible de démasquer qui est cet obsessionnel du gras.

Vous avez soupçonné celui qui dénonce un peu trop facilement la femme de ménage chaque fois qu’il lui manque un truc (comme son attestation d’aptitude au sport), celle qui vous dit tous les jours gentiment que vous mangez trop «enfin, si tu t’aimes bien comme ça, c’est le principal» et enfin celui que vous ne pouvez pas saquer (sans savoir pourquoi). Avant de vous résoudre, pour votre survie en entreprise, à croire en l’existence de Chilly Billy, le petit bonhomme du frigo (si vous n’avez pas lu cette histoire enfant, vous avez raté votre enfance). Et à accepter qu’il ait quelques manies alimentaires.

La ration de survie: servez-vous du frigo pour mettre vos pulls, qui manifestement n’intéressent personne. Le froid vous permettra d’enlever plus facilement les bouloches (prends ça Arsène Lupin).
 

3.La soupe Miso de trois jours

Il n’y a pas que votre mère qui ne veut rien jeter «au cas où» (ce qui lui permet de concourir au Guinness dans la catégorie Record du plus grand nombre de jolis papiers cadeaux qui pourraient resservir). Il y a aussi votre famille de bureau. Et s’ils n’ont aucun problème à dilapider une forêt amazonienne par jour pour des documents qu’ils abandonnent une fois sur deux dans l’imprimante, ils semblent saisis du syndrome guerre du Golfe quand il s’agit des restes de leur déjeuner. Du coup, le frigo ressemble à une benne à ordures dans un reportage sur le gaspillage alimentaire.

Les vieilles soupes miso côtoient les boîtes de tarama entamées il y a deux semaines, les bouteilles de Coca éventées et les yaourts périmés. Comme si, à la prochaine fringale, cela vous viendrait à l’idée de manger ça plutôt que le chocolat à la pâte d’amande que vous gardez au sec dans votre tiroir. Peu importe, les restes font leur petite vie dans des rayons si collants de vous-ne-voulez-pas-savoir-quoi que jamais vous n’oseriez y poser votre Tupperware® de peur de choper la salmonellose. Vous vous seriez bien lancée dans un nettoyage en règle à l’acide sulfurique, malheureusement toutes les éponges sont noires de café froid (même Walter White renoncerait, ne vous en voulez pas trop).  

La ration de survie: les aliments fermentés, qui sont déjà des nids à bactéries mais dont vous arrivez à croire qu’elles sont bonnes pour vous.
 

4.Le jus de pruneau

Vous trouviez le nouveau commercial plutôt mignon au point d’envisager de Netflix and chill avec lui, mais son arrivée a coïncidé avec l’apparition d’énormes bouteilles de jus de pruneau dans le frigo commun. Vous ne croyez pas au prince charmant mais ça vous a quand même refroidie. Pourtant, vous vous étiez juré de ne plus déterrer les cold cases de vos collègues en déduisant, à partir de vos perquisitions dans le frigo, des éléments de  leur vie intime. Même si votre perspicacité vous a déjà permis de griller deux cystites (jus de cranberry en bouteilles de trois litres), une dépression (vaccin contre la grippe + glace au caramel pot familial + crème anti-âge + prélèvements urinaires en attente pour le labo) et un cas rare de troubles obsessionnels compulsifs (légumes crus découpés en triangles isocèles en salades de couleurs complémentaires).

Même en dehors des cas les plus pathologiques, le frigo de bureau en dit beaucoup plus sur vos collègues que vous ne souhaiteriez en savoir, en particulier sur leur beauté intérieure, celle sur laquelle vous ne leur faites jamais de compliment. Mais aussi sur leurs projets les plus secrets: personne n’aurait été surpris du départ de Marie-Odile avec la moitié du fichier clients si, comme vous, les gens avaient grillé qu’elle vidait un pack de Red Bull par jour depuis trois mois.

La ration de survie: conservez vos aliments dans des bento boxes. Confidentialité garantie. 

Marie Kock
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Journaliste
Hugo Lindenberg
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Rédacteur en chef adjoint chez Stylist
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Mode, culture, beauté, société.
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