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Peut-on reconnaître un criminel en un coup d'œil?

Des physiognomonistes réaffirment que la tendance à la violence s'accompagne d'attributs physiques.

Mercredi 11 Novembre 2009
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Le 27 novembre 2008, les policiers indiens découvraient avec stupeur le visage de l'unique assaillant capturé vivant des attentats meurtriers de Bombay: Ajmal Kasab, responsable de la mort de dizaines de personnes dans la gare de la ville, est un petit homme d'à peine 1,50 mètre, aux yeux clairs et aux joues rebondies. Son air poupin, qui a ajouté à l'effroi de la population, lui a valu en Inde d'être surnommé «le tueur à tête de bébé». «Est-il un dangereux fanatique ou un innocent manipulé?» se demandait un journaliste horrifié du Times of India. À croire que personne ne s'attendait à voir la terreur incarnée dans des dehors si doux.

L'idée que le visage est le reflet de l'âme remonte à Aristote. De là cette volonté de décrypter le caractère des hommes d'après leurs traits physiques, pratique qui a pour nom la physiognomonie. Aux États-Unis, la discipline connut son heure de gloire à la fin du 18e siècle, quand le savant suisse Lavater publia une série de guides de poche illustrés permettant d'interpréter sans faille les traits de ses comparses. Bien vite, il apparut comme évident que la grandeur d'un homme transparaissait nécessairement sur sa bobine. (Le gros pif de George Washington, par exemple, dénotait sa force et son esprit visionnaire.) Au cours des 150 années suivantes, quelques physiognomonistes zélés entreprirent d'utiliser également cette «science» révolutionnaire pour identifier les mauvaises graines de la société.

À la fin du 19e siècle, le criminologue italien Cesare Lombroso mit au point, à partir d'autopsies sur des condamnés, un catalogue de traits propres aux criminels nés, telles les oreilles en chou-fleur ou les canines particulièrement longues. Dans les années 1930, Earnest Hooton, de l'université de Harvard, observa, d'après l'étude de 14.000 prisonniers, que les détenus pour meurtre avec préméditation avaient souvent les cheveux raides, tandis que la catégorie des meurtres sans préméditation avait tendance à la blondeur. Quelques années plus tard, un psychologue de Columbia, William Sheldon, élabora une taxonomie du genre humain d'après l'observation de jeunes délinquants.

Trois grands morphotypes furent dégagés: ectomorphe (visage osseux, maigreur, intelligence); mésomorphe (visage large, corps musclé, agressivité); et endomorphe (visage rond, embonpoint, sociabilité). Sheldon subdivisa ensuite ces grands ensembles en 88 sous-types empruntant aux animaux, tels les hérons (que l'on retrouverait en nombre dans les sociétés honorifiques), les renards ou les coyotes (type Jésus Christ, selon le scientifique). Enfin, il fut conclu que les mésomorphes à visage large étaient les plus enclins au crime.

Une grande partie de ces travaux n'a pas résisté à une vérification dans les règles. La méthodologie statistique de Lombroso était pourrie; Hooton écartait toutes les données qui ne servaient pas son hypothèse; Sheldon n'avait pas observé une large panoplie de délinquants, et personne n'a jamais compris la distinction entre les «fauves» (type roi Arthur) et les «tigres aux dents de sabre» (type roi du foot américain Bronko Nagurski). De plus, après la barbarie nazie, les théories de l'anthropologie criminelle devinrent plus que suspectes, et la recherche préféra s'orienter sur l'origine sociale des comportements.

La physiognomonie redevient cependant à la mode, encouragée par le développement de la modélisation 3D et des logiciels d'animation au cours de la dernière décennie. Dans le même temps, la génétique et la psychologie évolutive raniment les vieux débats sur le déterminisme biologique, les différences entre les races et les sexes, et l'origine des traits physiques humains.

De récentes études suggèrent que nous serions en fait étonnamment doués pour lire les visages. Nous pouvons ainsi déterminer l'orientation sexuelle d'une personne d'après une simple photo. Des enfants de 5 ans parviennent à prévoir le résultat des élections d'après les clichés des candidats. Et une étude à paraître de l'université de Princeton révèle même que nous saurions deviner les affinités politiques d'une personne d'après son minois.

Certains physiognomonistes des temps modernes en profitent pour réaffirmer que la tendance à la violence s'accompagne d'attributs physiques. L'automne dernier, Aaron Sell, psychologue à l'université de Californie (Santa Barbara) a ainsi expliqué que ses étudiants avaient correctement estimé la force du haut du corps d'inconnus en ayant simplement vu leur visage. (Le cou des hommes observés était caché.) De même, les étudiants ont su évaluer la force d'autres élèves et de Sud-Américains de différentes origines - laquelle force avait été mesurée à l'aide d'appareils de gymnastique. Du reste, les élèves qui avaient le plus l'air de durs ont reconnu se battre régulièrement. Une autre étude réalisée par Sell suggère que les hommes taillés comme des Hercule sont plus enclins à recourir à la violence, ou à plaider pour l'action militaire afin de résoudre les conflits.

Dans le règne animal, l'apparence est primordiale. Les orang-outans mâles, par exemple, entretiennent les bourrelets de leurs joues pour faire état de leur rang au sein du groupe. Les lions avec une longue et sombre crinière ont tendance à dominer. Du point de vue de l'évolution, ces signes extérieurs de puissance servent à prévenir l'adversaire potentiel qu'il ne faut pas trop chercher les ennuis.

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