Boire & manger

Pour le petit con de Français exilé au Canada en manque de fromage, le CETA c'est une divine surprise

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 07.11.2016 à 10 h 54

C'est tout de même malheureux à dire mais finalement la seule chose que regrette l'exilé de sa France natale, ce sont ses fromages.

L'appel du fromage | Alex Janssen via Flickr CC License by

L'appel du fromage | Alex Janssen via Flickr CC License by

Non mais parce qu'il a beau fanfaronner, le traître d'expatrié au moment de quitter la France –sa pollution, ses loyers faramineux, son art de vivre de mes deux, sa mauvaise humeur perpétuelle, son intolérance fielleuse... j'en passe et des meilleures– quand pour la première fois il s'aventure dans le supermarché de son nouveau quartier, d'un coup, sa France honnie, il se remet dare-dare à l'aimer.

Devoir débourser la moitié de son salaire pour s'offrir une chiquenaude de Brie ou de Camembert, c'est drôle au début, à la longue cela donne des envies de prendre la crémière en otage et d'exiger sa libération contre son poids en Comté.

Flickr/shimown-marche-provencal-3

Moi qui ne bois plus, c'est le fromage qui me cause les plus vifs tourments.

Ah vous raconterais-je mes heures passées à son rayon, quand, le ventre vide de tout produit crémier, je finis par le débusquer au beau milieu d'un apanage de jambons patibulaires ; il est là, il m'attend avec accolé sur son étiquetage un fier drapeau tricolore que j'embrasse à pleine bouche: «Enfin te revoilà, tu m'as tant manqué, sans toi, mes repas sont vides et tristes, ma salade ressemble à une salle d'attente d'hôpital et c'est dans l'affliction la plus absolue que s'achève mon maigre repas.»

Joie de bien courte durée quand je découvre effaré le prix demandé.

Quoi, vous voulez que je débourse un montant pareil pour acquérir ce quart de demie portion de Brie alors que pour le même prix, au Franprix de l'avenue Jean-Jaurès de Garge- lès-Gonesses, je repartais avec la meule entière sous le bras voire même la vache en personne et avec un peu de chance la femme de l'agriculteur?!!!

Si encore c'était un Brie de Meaux ou de Melun, mais non il n'a même pas de nom votre truc, si ça se trouve, il vient tout droit de Saint-Pierre et Miquelon ou des Antilles néerlandaises ou de la banlieue de Roubaix, non mais regardez-moi quelle tronche il tire, on dirait qu'il vient d'être repeint à la chaux, aucune aspérité, aucun relief, que dalle, ce n'est pas un fromage, c'est de la pâte à mâcher pour chiens constipés.
 


Flickr/John Verive-Cheese Haul 

C'est donc avec une allègresse et un soulagement infini que j'ai appris l'heureux dénouement des négociations au sujet du CETA.

Désormais si je me réfère au document officiel, l'Europe pourra exporter vers le Canada non plus trois misérables tomes de ses plus illustres fromages mais dix-huit sans débourser aucun frais de douane.

C'est l'abondance, c'est Noël toute l'année, c'est le royaume de Dieu qui descend sur Terre-Neuve, c'est la fin des années de disette et de famine, c'est Byzance de Montréal à Vancouver, c'est Claude François qui nous revient de l'au-delà, c'est l'appel du 18 juin, c'est la victoire du Reblochon sur le Cheddar à l'érable, c'est l'entrée triomphale de l’Époisses au royaume des caribous, c'est l'immémoriale vache française qui, à la seule force de ses jarrets, franchit le mur de l'Atlantique et marche sur la Belle Province, c'est enfin la vraie France en Amérique!

Du coup, je ne rentre plus au pays: je reste au Canada et m'en vais ouvrir une fromagerie. 

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (133 articles)
romancier
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