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Le cerveau des pédophiles abstinents n'est pas le même que celui des pédophiles passés à l'acte

Un homme portant un bonnet pedobear | San Diego Shooter via Flickr CC License by

Un homme portant un bonnet pedobear | San Diego Shooter via Flickr CC License by

Le cerveau des pédophiles abstinents semble déployer un «mécanisme compensatoire» qui leur permet de se refréner.

Selon une conséquente étude cofinancée par le ministère allemand de l'Éducation et de la Recherche, le cerveau des pédophiles présente des modifications significatives qui ne sont pas les mêmes selon que les individus soient ou non passés à l'acte. Une différence qui confirme ce que bon nombre de spécialistes recommandent depuis des années: si on veut réellement lutter contre la violence sexuelle envers les enfants, il est essentiel de ne pas diaboliser les pédophiles abstinents, car c'est probablement en comprenant au mieux comment ils parviennent –consciemment ou non– à se refréner qu'on évitera de nombreuses victimes.

Selon la plus récente classification de l'Organisation mondiale de la santé, la CIM-10, la pédophilie se définit comme «la préférence sexuelle pour les enfants, qu'il s'agisse de garçons, de filles, ou des deux, généralement d'âge prépubère ou au début de la puberté». Elle est placée dans les troubles de la préférence sexuelle, eux-mêmes intégrés dans les troubles de la personnalité et du comportement chez l'adulte.

Dans l'opinion publique, «la pédophilie est souvent assimilée aux abus sexuels envers des enfants, mais il est évident que la pédophilie n'est pas une condition nécessaire ni même suffisante pour se livrer à ce type de violences sexuelles, explique Christian Kärgel, chercheur en psychiatrie criminelle à l'université de Bochum et auteur principal de cette étude qui aura rassemblé pas moins de 17 scientifiques. Ce qui signifie que tous les individus diagnostiqués pédophiles ne vont commettre des crimes sexuels sur des enfants, et que beaucoup d'individus se rendant coupables de telles violences ne sont pas pédophiles.» 

De fait, on estime que seuls 40 à 50% des actes pédocriminels sont le fait de «vrais» pédophiles.

Capacités d'inhibitions

Pour Christian Kärgel, ce qu'il a observé avec ses collègues «souligne l'importance de faire des pédocriminels et des pédophiles qui ne sont jamais passés à l'acte deux entités cliniques distinctes».

Leur étude rassemble 40 pédophiles condamnés pour des faits de violences sexuelles envers des enfants, 37 pédophiles abstinents recrutés notamment via le programme Dunkelfeld et 40 hommes sans aucune paraphilie ni antécédent psychiatrique et/ou criminel. Les individus souffrant d'autres troubles de la personnalité ou du comportement –les alcooliques ou les toxicomanes, par exemple– avaient été exclus d'office de la cohorte. Dans son volet expérimental, les participants devaient effectuer des exercices connus pour impliquer des mécanismes d'inhibition neuronale, tandis que leur cerveau était surveillé par IRM.

Il en ressort que les schémas d'activation de ces mécanismes ne sont pas identiques selon que le pédophile ait ou non concrétisé ses penchants. Selon les chercheurs, cela indique que le cerveau des pédophiles abstinents déploie un «mécanisme compensatoire» grâce auquel ils se refrènent. Dès lors, des interventions visant à renforcer ces capacités d'inhibition –d'ailleurs applicables à d'autres troubles mentaux et comportementaux– pourraient être d'un grand secours pour lutter contre les violences sexuelles envers des enfants, notamment en permettant d'identifier les individus les plus à risque de passer à l'acte.

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