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Ce que feront Clinton et Trump des droits fondamentaux des Américains

Dahlia Lithwick et Mark Joseph Stern, traduit par Antoine Bourguilleau, mis à jour le 08.11.2016 à 6 h 14

Qui protègera le mieux la Constitution des États-Unis? Examen amendement par amendement.

La signature de la Constitution américaine, le 17 septembre 1787, vue par le peintre Howard Chandler Christy.

La signature de la Constitution américaine, le 17 septembre 1787, vue par le peintre Howard Chandler Christy.

Pour lancer le troisième et dernier débat de la présidentielle américaine, le journaliste de Fox News Chris Wallace a demandé à Donald Trump et Hillary Clinton comment, selon eux, la Constitution devrait être interprétée. Trump a répondu qu’il nommerait à la Cour suprême des juges qui «interprèteront la Constitution de la manière dont les fondateurs souhaitent qu’elle soit interprétée». Dans un discours prononcé récemment à Gettysburg, en Pennsylvanie (où Lincoln livra en 1863, suite à une des pires batailles de la guerre de Sécession, un des discours les plus célèbres de l’histoire des États-Unis), le candidat républicain s’est engagé à «restaurer la sécurité et le règne constitutionnel de la loi». Clinton, pour sa part, a rarement explicitement parlé de protéger la Constitution. Mais lors des débats et dans le cadre de la campagne, elle a évoqué son désir de nommer à la Cour suprême des juges partageant sa vision du texte suprême. «La Cour suprême doit tous nous représenter», a-t-elle répondu à Wallace.

Durant cette campagne électorale, nous avons vu les deux candidats et les deux partis se draper dans la Constitution, présentée comme le fil d’Ariane de la vie politique de la nation. Mais que signifie le fait de vouloir «restaurer» la Constitution ou de conserver sa foi en la Constitution? Certains affirment que la Constitution doit être interprétée selon la signification qui était la sienne au moment où elle a été ratifiée. D’autres la tiennent pour un document vivant dont les grands principes doivent être interprétés en conformité avec les circonstances présentes. La plupart savent que les juges de la Cour suprême ont donné à ses mots des sens nombreux au cours de plus de deux siècles d’interprétation.

À nos yeux, la meilleure manière de comprendre la Constitution est de la lire en la comparant avec les interprétations les plus récentes de chacune de ses affirmations. Quelle est donc la proximité réelle de Trump et Clinton avec les préceptes de la Constitution? Quelles sont leurs positions respectives sur la manière dont ce document peut et doit être interprété au jour le jour? Dans cet article, nous avons sélectionné quelques passages clé qui, nous l’espérons, donneront au lecteur une bonne idée de la manière dont chaque candidat perçoit la signification de la Constitution, telle que définie par ceux qui sont aujourd’hui chargés de son application et de son explication.

* * *

Premier amendement: Le Congrès ne fera aucune loi… qui restreindra la liberté de parole…

Trump: Le candidat du parti républicain est connu depuis des décennies comme un homme qui n’hésite pas à défendre sa réputation devant les tribunaux. Les plaintes déposées contre ceux qui le critiquent sont légion, à défaut d’aboutir favorablement. Il a par ailleurs suggéré que la liberté de parole en ligne soit encadrée. Au mois de décembre, il s’interrogeait à haute voix sur la manière d’empêcher les terroristes de communiquer entre eux. «Nous devons prendre contact avec Bill Gates et avec les autres nombreuses personnes qui savent ce qui se passe», a-t-il ainsi déclaré. «Nous devons discuter avec ces personnes de la manière dont, peut-être, dans certaines régions, il conviendrait de couper Internet.» Anticipant les inquiétudes relatives à l’inconstitutionnalité d’une telle mesure, il a ajouté: «Bien sûr, des gens vont dire: “Oh! liberté d’expression, liberté d’expression!” Ces gens sont idiots. Il y a beaucoup d’idiots.»

Clinton: L’ancienne secrétaire d’État n’est pas une grande championne de la liberté d’expression. Elle a fait campagne pour la criminalisation de l’incendie de drapeaux et pour limiter l’accès des enfants à des jeux vidéo et à de la musique définis comme violents ou inappropriés. L’an dernier, elle a suggéré que les entreprises du numériques aident le gouvernement à «priver les terroristes d’espace en ligne». Elle a également montré sa méconnaissance du Premier amendement en promettant de ne nommer à la Cour suprême que des personnes qui feraient annuler la décision Citizens United vs. Federal Election Commission, qui autorise des entreprises à financer des campagnes politiques. Pour impopulaire que cette décision rendue en 2010 puisse être, les protections qu’elle offre aux entreprises qui souhaitent s’engager en politique ne devraient pas faire l’objet de polémiques.

… ou de la presse …

Trump: Donald Trump n’a guère fait montre de patience à l’égard des médias. Sa vision radicale du Premier amendement, en ce qui les concerne, est qu’il «ne s’agit pas de “liberté de la presse” quand des journaux et autres sont autorisés à dire et écrire ce qu’ils veulent, même si c’est totalement faux!»

Sauf que, comme un jugement (New York Times v. Sullivan) de la Cour suprême l’a déterminé en 1964, «la nation est depuis longtemps attachée au principe selon lequel le débat sur les questions publiques doit être libre de toute contrainte, soutenu et ouvert, et qu’il peut inclure des attaques véhémentes, caustiques et parfois particulièrement acérées à l’égard du gouvernement et des personnages publics». Trump n’est évidemment pas d’accord.

Au mois de février, il a dévoilé quelques-unes de ses idées visant à restreindre la liberté de la presse: «Nous allons proposer ces lois sur la diffamation… et quand le New York Times écrira un article scandaleux pour faire de l’audience… nous pourrons le poursuivre et demander de l’argent, au lieu de nous retrouver comme aujourd’hui sans aucune chance de l’emporter parce que ces gens sont totalement protégés.» La Constitution, interprétée de la sorte par la Cour suprême depuis des décennies, requiert que l’accusation de diffamation établisse la preuve que la publication a agi «avec une malveillance manifeste» –c’est à dire en sachant pertinemment qu’elle publie des fausses informations ou qu’elle agit «sans se soucier aucunement de savoir si l’information est vraie ou fausse». Trump dit qu’il voudrait adopter le système anglais sur ce point, en remplaçant la malveillance manifeste par la simple démonstration que la publication a commis une erreur.

Les restrictions d’accès imposées à la presse lors de ses réunions de campagne révèlent par ailleurs son mépris pour le journalisme. On a pu, entre autres, voir son équipe de campagne interdire à des journalistes de couvrir ses meetings avec des «caméras professionnelles» et il a interdit à de nombreux médias d’assister à ses réunions en raison de la parution d’articles peu flatteurs à son endroit dans leurs colonnes.

Clinton: Si l’on excepte son refus de toute conférence de presse durant près de neuf mois, contrairement à Trump, Clinton n’a jamais faire part d’une quelconque hostilité à l’égard de médias ouverts et libres.

Deuxième amendement: Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé.

Trump: Les débats font rage depuis des années sur ce que «dit» la Constitution des armes à feu. Dans District of Columbia v. Heller, la Cour suprême a décrété que le Deuxième amendement protège le droit d’un individu à posséder une arme à feu sans connexion avec un service au sein d’une milice, ainsi que son droit d’utiliser son arme pour se défendre à son domicile. Mais depuis que ce jugement a été rendu, la Cour a fermement refusé de clarifier ce qui pourrait constituer une réglementation raisonnable des armes.

La position de Trump sur le sujet se trouve noir sur blanc dans une profession de foi qui commence ainsi: «Le Deuxième amendement de notre Constitution est clair: le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. Point final.» Trump considère que le droit de détenir et porter des armes a préexisté à la Constitution et ne saurait être aboli par le gouvernement. Il a décrit le Deuxième amendement comme «la première liberté américaine». Ses suggestions en la matière comprennent notamment de plus longues peines pour les crimes avec armes, le renforcement et l’extension des lois qui permettent aux possesseurs d’armes à feu en règle de se défendre face à des criminels qui utilisent leurs armes à feu et une amélioration du système de protection de la santé mentale. Trump propose également que soient levées les interdictions de certaines armes et chargeurs et s’oppose à toute extension du système actuel de contrôle. Il propose un droit national à porter des armes et un droit national de port dissimulé, par le biais d’une loi de réciprocité obligeant chaque État à reconnaître la validité des permis de port d’armes des autres États. Enfin, il souhaite lever l’interdiction pour les membres de l’armée de porter des armes sur les bases militaires et dans les centres de recrutement.

Clinton: Trump a, en plus d’une occasion, affirmé que «Hillary Clinton veut vous enlever vos armes à feu» et qu’elle souhaite «abolir le Deuxième amendement». Aucun enquêteur n’a trouvé la moindre déclaration de Clinton en ce sens et l'équipe de campagne de Trump n’en a pas davantage apporté. Clinton a certes déclaré qu’elle pourrait envisager un programme de rachat des armes à feu, calqué sur celui mis en place en Australie après une tuerie de masse en 1996. Elle a également déclaré, dans un enregistrement ayant fuité, qu’elle ne partageait pas le point de vue de la Cour suprême dans l’affaire Heller: «La Cour suprême se trompe sur le Deuxième amendement», a t-elle dit. Elle s’est également régulièrement prononcée pour une plus grande réglementation des armes. Ainsi, sur ABC News: «Je crois que nous pouvons prendre des mesures de bon sens sur la sécurité des armes à feu, qui soient en conformité avec le Deuxième amendement.»

Dans cette veine, Clinton a proposé d’étendre le contrôle des antécédents des porteurs d'armes à feu; d’abroger l’immunité des fabricants d’armes dans les plaintes pour négligence; d’instituer une interdiction de prendre l’avion et d’acheter des armes pour les personnes placées sur les listes de surveillance du risque terroriste; de révoquer la licence des armuriers qui auraient en connaissance de cause fourni des armes à de faux acheteurs et à des trafiquants; et de restaurer l’interdiction des fusils d’assaut semi-automatiques. 

Quant à savoir lequel des deux candidats menacerait le plus le deuxième amendement, elle dépend entièrement de votre croyance ou pas dans l’idée qu’il puisse faire l’objet d’une réglementation raisonnable et constitutionnelle. Seul l’un des deux candidats a suggéré que les partisans de cet amendement devraient agir si l’on devait y toucher de la sorte. Au mois d’août dernier, Trump a ainsi déclaré en public: «Au fait, si elle peut choisir… ses juges [à la Cour suprême], alors nous ne pourrons plus rien faire. Sauf les partisans du Deuxième amendement [c’est à dire ceux qui possèdent des armes]... peut-être, je ne sais pas.»

Quatrième amendement: Le droit des citoyens d'être garantis dans leurs personne, domicile, papiers et effets contre les perquisitions et saisies non motivées ne sera pas violé, et aucun mandat ne sera délivré, si ce n'est sur présomption sérieuse, corroborée par serment ou affirmation, ni sans qu'il décrive particulièrement le lieu à fouiller et les personnes ou les choses à saisir.

Trump: Le candidat républicain a appelé à légiférer au plan national sur les arrestations et fouilles effectuées par les forces de police. Le programme dit stop-and-frisk mis en place à New York par l’ancien maire (et actuel soutien de Donald Trump) Rudy Giuliani et poursuivi par son successeur (et actuel soutien de Hillary Clinton) Michael Bloomberg a été décrété inconstitutionnel par un juge de district fédéral qui, en 2013, avait considéré qu’il violait les Quatrième et Quatorzième amendements. Lors du premier débat présidentiel, Trump a déclaré que ce jugement avait été rendu par un «juge très anti-police» et que la ville de New York aurait pu gagner en appel. En fait, le jury d’appel fédéral a rejeté l’appel de la ville et le maire Bill de Blasio a mis un terme au programme et abandonné son appel en 2014.

La proposition de Trump d’expulser toutes les personnes sans papiers présentes sur le sol des États-Unis, soit un peu plus de 11 millions d’individus, ne pourrait être mise en pratique sans violer également le Quatrième amendement. Des expulsions de masse nécessiteraient des fouilles extensives de propriétés privées, ainsi que l’arrestation et la détention en masse d’individus soupçonnés d’être sans papiers. Comme l’American Civil Liberties Union l’a avancé, un tel coup de filet ne pourrait que mener à des arrestations et interrogatoires de personnes n’ayant rien à se reprocher –soit précisément ce que le Quatrième amendement a été conçu pour éviter.

Trump a également déclaré qu’il ne serait pas opposé à la restauration de certaines mesures du Patriot Act permettant à la National Security Agency (NSA) de reprendre sa collecte massive de métadonnées sur les téléphones américains. Si les cours de justice sont divisées sur la constitutionnalité du programme de métadonnées de la NSA, certains juges ont conclu que la collecte de masse de métadonnées de citoyens américains sans suspicion individuelle de commission d’actes répréhensibles peut constituer une recherche exagérée, en violation du Quatrième amendement.

Clinton: En tant que sénatrice, Clinton a voté le premier Patriot Act de 2001 et a également voté son renouvellement en 2005. Elle a également fait part de son soutien au Foreign Intelligence Surveillance Act, mais a voté contre son extension en 2008. Certains critiques affirment qu’elle dispose de plans visant à renforcer la surveillance d’État pour parer la menace que représente Daech. De nombreux défenseurs de la vie privée s’inquiètent de son manque de précision sur l’équilibre à trouver entre le besoin d’information et les droits définis par le Quatrième amendement. Elle a, à titre d’exemple, explicitement refusé de critiquer le programme de métadonnées de la NSA, même après les révélations par Edward Snowden que cette collecte allait bien plu loin que ce que le public le pensait. Au contraire, Clinton a suggéré que la NSA «se montre plus transparente sur ses activités», indiquant ainsi que les Américains pourraient bien soutenir la collecte de données s’ils la comprenaient mieux, parce qu’ils «veulent que vous arrêtiez les malfaiteurs».

Cinquième amendement: … nulle propriété privée ne pourra être réquisitionnée dans l'intérêt public sans une juste indemnité.

Trump: Rares sont les positions de Trump à énerver autant les libertariens que son soutien sans réserve aux expropriations pour cause d’utilité publique. De fait, sa vision sur le sujet semble aller très au-delà des limites, pourtant généreuses, fixées par la Cour suprême. En 2005, les juges ont établi que «l’usage public» englobe non seulement les routes et les écoles, mais également les établissements ou constructions privées qui peuvent bénéficier à toute la communauté. Trump a ainsi pu dire qu’un parking pour limousines devrait être considéré comme d’un «usage public». La tolérance affichée par lui envers de nombreux abus d’expropriations pour utilité publique suggère qu’en tant que président, il ne ferait guère montre du respect pour la propriété privée défini par le Cinquième amendement.

Clinton: Clinton s’est rarement prononcée sur les questions d’expropriations pour cause d’utilité publique, même si la ville de Little Rock (Arkansas) l'a utilisée pour construire la Bibliothèque présidentielle de Bill Clinton. En 2016, son équipe de campagne a déclaré que Clinton soutenait un équilibre entre les expropriations pour cause d’utilité publique et «les droits de propriété des particuliers».

Sixième amendement: Dans toutes poursuites criminelles, l'accusé aura le droit d'être jugé promptement et publiquement par un jury impartial de l'État… d'être instruit de la nature et de la cause de l'accusation, d'être confronté avec les témoins à charge… et d'être assisté d'un conseil pour sa défense. 

Trump: Trump a affirmé que les citoyens des États-Unis accusés de terrorisme ne devraient pas être jugés «devant nos cours de justices régulières», voulant dire par là qu’ils devraient être traduits devant des cours de justice militaires. Ces cours opèrent en dehors du champ d’application du Sixième amendement et refusent aux accusés nombre des droits substantifs et procéduraux qu’offrent les tribunaux civils. En menaçant d’enlever certaines protections constitutionnelles aux personnes accusées de terrorisme, Trump nous indique qu’il n’est pas particulièrement concerné par les garanties constitutionnelles de la tenue d’un procès équitable.

Clinton: Clinton s’oppose aux commissions militaires et souhaite que les personnes suspectées de terrorisme soient jugées par des tribunaux civils. Elle soutient également le droit, garanti par le Sixième amendement, offert à tous les accusés de disposer d’un avocat et a défendu des clients extrêmement impopulaires (comme un homme accusé de viol sur un mineur) quand elle travaillait comme avocate dans une association d’aide légale.

Huitième amendement: Il ne pourra être exigé de caution disproportionnée, ni imposé d'amendes excessives, ni infligé de peines cruelles ou inhabituelles.

Trump: Trump a clairement fait savoir qu’il est favorable à des interrogatoires poussés. En février, il déclarait ainsi: «La torture ça marche, compris? … et le waterboarding en est une version moins violente. Certaines personnes disent même que ça n’est pas vraiment de la torture. Disons que c’en est une. Mais ils m’ont posé la question:  “Qu’est-ce que vous pensez du waterboarding?” Ca me va très bien. Mais nous devrions aller bien plus loin que le waterboarding.» Il a également proposé que l’on «dégage» les familles de terroristes et a suggéré qu’il ferait usage de la torture «parce qu’ils le méritent, de toutes façons, pour ce qu’ils font».

Trump est par la suite un peu revenu sur ces prises de position et affirmé que ses méthodes de torture seraient conformes avec les «lois et traités» qui les encadrent. Il a ensuite à nouveau changé de position en déclarant qu’il ferait modifier les lois existantes pour permettre l’usage de la torture. Même s’il s’est déclaré en accord avec les rapports de l’Office of Legal Counsel, aujourd’hui très discrédités, qui autorisaient le waterboarding, l’idée qu’il ordonnerait à des soldats de faire subir une telle torture malgré leurs objections horrifie la plupart des experts militaires. Il ne fait aucun doute que le waterboarding et le fait d’aller «plus loin que le waterboarding» violent non seulement le Huitième amendement, mais également la convention de Genève, sans parler de nombreux traités internationaux. Car en plus du Huitième amendement, la torture est rendue illégale par de nombreux traités, dont la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ou l’article 3 des conventions de Genève de 1949.

Clinton: Clinton a déclaré une fois que des interrogatoires poussés pourraient être appropriés dans le cas dit de «la bombe à retardement prête à exploser». C’était il y a près de dix ans, et sa position actuelle est que le waterboarding est inapproprié. Comme elle s’en est expliquée en mars dernier, «les chefs militaires les plus expérimentés et les plus courageux de notre pays vous diront que la torture est inefficace… elle place nos propres soldats et, de plus en plus, nos concitoyens, en situation de risque».

Dixième amendement: Les pouvoirs non délégués aux États-Unis par la Constitution, ni prohibés aux États, sont réservés aux États respectivement, ou au peuple. 

Trump: Trump a fait montre de son souhait d’abolir de nombreux réglements fédéraux, dont le Clean Power Plan. Il a également déclaré considérer de nombreuses questions sociales brûlantes, comme les droits des transgenres et le mariage entre personnes du même sexe, comme une question de droits individuels des États. Pourtant, il ne semble pas aussi enclin à respecter les limites du pouvoir fédéral à l’égard des politiques qui ont sa préférence, comme le stop and frisk. Trump a, comme nous l’avons vu, proposé une extension fédérale des programmes d’arrestation et de fouilles, qui obligerait les agents de police des États à appliquer une politique fédérale. Il s’agit là d’une violation nette du principe de «non-réquisition», qui interdit au gouvernement fédéral d’obliger des agents des États à appliquer des lois ou programmes fédéraux.

Clinton: Au cours de la période récente, la Cour suprême a rarement statué qu’une réglementation fédérale outrepassait l’autorité du Congrès et enfreignait sans autorisation la souveraineté des États. Mais Clinton a soutenu un certain nombre de propositions qui pourraient violer ce principe de non-réquisition –et notamment le Clean Power Plan. De nombreux États conservateurs considèrent que cette proposition de réduire les émissions de carbone nécessite une réquisition des gouvernements des États pour être appliquée, ce qui la rend invalide sur le plan constitutionnel. Que la Cour suprême accepte ou pas cet argument, il est manifeste que la vision de la gouvernance de Clinton ne range pas au rang des priorités premières le respect de la souveraineté des États individuels, garanti par le Dixième amendement.

Quatorzième amendement: Toute personne née ou naturalisée aux États-Unis, et soumise à leur juridiction, est citoyen des États-Unis et de l'État dans lequel elle réside.

Trump: La première phrase du Quatorzième amendement renverse la décision de la Cour suprême sur l’affaire Dred Scott, qui affirmait que les noirs américains n’étaient pas des citoyens. En 1898, la Cour a confirmé que la clause de citoyenneté garantit la citoyenneté américaine aux enfants nés aux États-Unis et dont les parents n’en sont pas citoyens. Donald Trump n’est pas d’accord avec cette interprétation, et affirme que le Congrès peut et doit empêcher que des enfants nés d’immigrés sans papiers se voient accorder la citoyenneté américaine. Une telle loi violerait une des interprétations du Quatorzième amendement respectée par tous les tribunaux américains depuis plus d’un siècle et acceptée par tous, à l’exception d’une petite frange de juristes conservateurs.

Clinton: Clinton s’oppose à toute révocation du droit à la citoyenneté.

Aucun État ne fera ou n'appliquera de lois qui restreindraient les privilèges ou les immunités des citoyens des États-Unis; ne privera une personne de sa vie, de sa liberté ou de ses biens sans procédure légale régulière; ni ne refusera à quiconque relevant de sa juridiction l'égale protection des lois.

Trump: A eux deux, le Cinquième et le Quatorzième amendements empêchent tout gouvernement, fédéral ou d’un État, de refuser à un individu un traitement opportun et une protection identique dans le respect de la loi. Trump semble favorable à l’exécution de terroristes –dont, possiblement, des citoyens américains– en dehors de tout cadre légal. Il considère par ailleurs que les personnes placées sur la liste des individus suspectés de terrorisme devraient se voir interdire tout achat d’armes, ce qui constituerait une privation de leurs droits à un traitement opportun et identique. 

Chasser les musulmans des États-Unis, un plan que Trump a approuvé, violerait sans doute aussi la Clause de protection équitable.

Clinton: Si Clinton n’évoque jamais favorablement l’idée d’exécuter des terroristes sans un procès en bonne et due forme, elle est favorable à l’interdiction, pour les individus suspectés de terrorisme, d’acheter des armes à feu. Une telle position ne saurait être conforme à une procédure dans le respect de la loi.

Clinton considère que le Quatorzième mendement garantit aux couples de même sexe le droit de se marier, même si elle ne s’est convertie que relativement récemment au mouvement de l’égalité devant le mariage. Elle s’oppose aux plans de Trump, qui entendent cibler et discriminer les musulmans, qu’ils soient citoyens américains ou immigrés.

Quinzième amendement: Le droit de vote des citoyens des États-Unis ne sera dénié ou limité par les États-Unis, ou par aucun État, pour des raisons de race, couleur, ou de condition antérieure de servitude.

Trump: Trump est un fervent partisan des lois de contrôle d’identité des électeurs, ne s’intéresse pas à la réduction des délais de vote anticipé et n’a annoncé aucun plan visant à renforcer le Voting Rights Act. De nombreux groupes d’activistes considèrent que des règles plus strictes de contrôle de l’identité des votants et la réduction des délais de vote anticipé violent le Quinzième amendement, en plus du Premier et du Quatorzième. Cette question juridique est âprement débattue et de nombreux tribunaux se sont déjà prononcés favorablement sur la constitutionnalité des restrictions de vote. Un nombre croissant de cours d’appel fédérales ont pourtant jugé que de telles mesures ne sauraient être constitutionnelles et au moins un juge fédéral a déclaré que des restrictions ciblées des votes anticipés violent le Quinzième amendement. Les propositions de Trump ne tiennent donc globalement pas compte –quand elles ne sont pas en totale violation– de cet amendement.

Clinton: Clinton soutient la restauration du Voting Rights Act, que la Cour suprême a partiellement invalidé en 2013 et qui était conçu pour se conformer à l’esprit du Quinzième amendement. Elle s’oppose également aux nombreuses restrictions au vote imposées par des représentants républicains, qui vont des contrôles d’identité à la réduction des périodes de vote anticipé.

Dix-neuvième amendement:  Le droit de vote des citoyens des États-Unis ne pourra être dénié ou restreint en fonction du sexe par les États-Unis ni par l'un des quelconques États. Le Congrès aura le pouvoir de donner effet au présent article par une législation appropriée.

Trump: Un groupe de partisans de Donald Trump a commencé à utiliser sur Twitter le hashtag #repealthe19th après diffusion d’une carte montrant qu’il serait élu dans un fauteuil si seuls les hommes avaient le droit de vote. Trump n’a pas voulu se prononcer sur ce point.

Clinton: Elle semble favorable au vote des femmes.

Dahlia Lithwick
Dahlia Lithwick (13 articles)
Journaliste pour Slate.com
Mark Joseph Stern
Mark Joseph Stern (21 articles)
Journaliste
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