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De «Friends» à «The Good Wife», les séries ont fait de Trump et Clinton des personnages

Hillary Clinton dans «Broad City» | Comedy Central

Hillary Clinton dans «Broad City» | Comedy Central

Sans forcément apparaître à l'écran, les deux candidats à la Maison-Blanche sont régulièrement évoqués dans les séries télé, de «Sex and the City» à «Parks and Recreation».

Il y a toujours quelque chose d'étrange à voir des éléments du réel apparaître dans les séries. Encore plus lorsqu'il s'agit de l'un des noms d'un candidat à la présidentielle américaine. Or, cela fait des années déjà que les noms de Donald Trump et d'Hillary Clinton sont répétés à l'envi dans les séries, l'un parce qu'il s'est construit comme un symbole de l'économie américaine, l'autre parce qu'elle a été la femme d'un président à scandale. Et la pop culture américaine est si prégnante qu'elle n'ignore pas cette actualité, jusqu'à peser parfois sur la vie politique outre-atlantique. Toutes les séries semblent parler de l'élection (House of Cards, Veep, Madam Secretary), d'une manière ou d'une autre:

«Ce sont tous les deux des personnages de la pop culture, des personnages que l'on voit dans les médias, dont on a étudié les histoires pendant des années, résume ainsi James Poniwozik, l'homme à la tête du service télé du New York Times. D'habitude dans une élection, il y a une histoire autour d'un personnage que l'on ne connaissait pas jusque-là: Barack Obama en 2008, George W. Bush en 2000. Ici, on a deux séries américaines qui durent depuis très longtemps et on arrive à l'épisode crossover [où ils vont se rencontrer].»

Si les deux candidats sont parfois apparus directement dans les séries, regardons aussi la façon dont celles-ci ont contribué à construire la popularité de Hillary Clinton et Donald Trump, bien avant la course à la Maison-Blanche. 

 

                             Hillary Clinton

 

1.FriendsLa présidente Clinton (rires)

En 1999, Friends se lance dans une blague où Hillary Clinton serait devenue présidente des États-Unis. Chandler, cherchant à se faire bien voir par son patron, rigole grassement.

 

«Sérieusement, je pense qu'il faut soutenir le président Clinton. Et son mari Bill!»

Une «blague» qui a l'air d'exaspérer Monica –visiblement encore plus énervée après celle d'après–, mais après avoir suggéré à Chandler de tenir tête à son patron, elle finit par lui conseiller d'abandonner très vite.

2.SlidersLa présidente Clinton (stupéfaction)

Le jeu autour de «la présidente Clinton» a été utilisé dans d'autres séries. Quelques années plus tôt, en 1995, Sliders, une série de science-fiction américaine raconte l'histoire d'un groupe de «glisseurs» qui voyagent dans différents univers parallèles. Dans le huitième épisode de la première saison, un vendeur demande aux personnages de se taire, parce que le président Clinton va s'exprimer. Alors qu'ils sont persuadés d'être enfin rentrés dans le bon univers, ils découvrent médusés que le président Clinton est en fait, une présidente: Hillary. Ils sont arrivés dans un univers parallèle, où les hommes et femmes ont échangé les positions de pouvoir.

3.Gilmore GirlsLa présidente Clinton (sarcasme)

Avec moins de dédain, Gilmore Girls, une série racontant l'histoire d'une mère célibataire et de sa fille (et leur relation priviligiée) a tenté, en 2004, la blague «on se verra quand Hillary sera présidente», alors que Lorelai (la mère) désespère de voir Luke revenir un jour.

 

Si Hillary Clinton est élue ce 8 novembre, la blague risque cependant de perdre un tout petit peu de sa force, mais elle servira probablement de relique d'un temps (pas si lointain) où l'on n'imaginait pas une femme devenir présidente des États-Unis (ou en tout cas, pas tout de suite).

4.Gilmore Girls (encore)Hillary Clinton, cette source d'inspiration

Mais même sans être présidente, Hillary Clinton a servi de modèle. Deux saisons plus tôt dans Gilmore Girls, Rory, la fille de Lorelai cherche le personnage parfait pour l'inspirer pour son essai pour postuler à la fac: Hillary Clinton.

 

«Elle est tellement intelligente et forte, et personne ne pensait qu'elle pouvait remporter l'élection à New York et pourtant, elle a réussi. Et elle s'en sort très bien, et tu l'as déjà entendu parler?
– Juste quand tu m'as fait écouter tes milliers d'heures d'enregistrement de Public Sénat.
– C'est une grande oratrice, forte et persuasive, dotée d'une incroyable présence et même ses tailleurs s'améliorent.»

Quelques heures plus tard, Rory hésite à garder Hillary Clinton quand le responsable des admissions de Princeton, Jim Romaine et une consultante pour les facs les plus réputées, Rose Samuels, indiquent qu'il ne veut plus lire des applications sans conviction, avant que Paris, très bonne élève, comme Rory ne prenne la parole pour dénoncer ce manque d'originalité:

«ROMAINE: Je parle de ces réponses banales, de manque d'originalité, particulièrement dans les essais. Si je lis encore une dissertation qui idolâtre Hillary Clinton, et sa profonde influence, ma tête va exploser.
– SAMUELS: Je suis d'accord. Parfois, une erreur vient du fait que l'on écrit ce que l'on pense que les responsables d'admission veulent entendre.
– ROMAINE: Grosse erreur.
– SAMUELS: Et parfois, c'est simplement un manque d'originalité. [...]
– PARIS: Quand j'avais douze ans, et que j'écrivais mon premier essai pour m'entraîner en vue du jour où j'écrirai mon vrai essai, j'ai choisi Hillary Clinton. Et puis, j'ai réalisé que n'importe quelle meuf sans cerveau allait écrire sur Hillary Clinton.»

Preuve qu'Hillary Clinton a réussi à devenir une telle référence que vouloir s'en inspirer est trop conformiste, et il devient donc compliqué dans ce milieu ultra-compétitif de sortir du lot si l'on en fait le sujet de sa dissertation.

5.Broad CityHillary Clinton, ma star <3

Ilana et Abbi, elles, s'en moquent un peu. Dans la dernière saison de Broad City, diffusée au début de l'année 2016, les deux amies connues pour leurs histoires plus folles les unes que les autres, visitent le QG de campagne de la candidate démocrate (où a rapidement travaillé Ilana, avant de découvrir que le travail de volontaire n'est pas rémunéré), avant de la voir arriver, dans un caméo assez gênant:

 

«Elle a travaillé ici.
– Elle a marché sur ce sol. Elle a respiré cet air. Respire-le!
– Ça sent le pouvoir.
– Ça sent la personne résolue.
– Ça sent la confiance.
– Ça sent le zéro connerie.»

6.Sports NightEssayer d'impressionner Hillary Clinton, et le regretter

Même chose dans la série Sports Night (écrite par Aaron Sorkin, aussi auteur de The West Wing), où Dan, le co-présentateur d'une émission de sport, raconte, en octobre 1999, sa joie d'avoir été invité à un petit-déjeuner de levée de fonds, contre un chèque de 1.000 dollars.

 

«J'aimerais avoir une conversation intelligente, stimulante, bien-pensante, progressiste et incroyablement pragmatique avec Hillary Clinton. Et demain matin, ce sera le cas.»

Le seul petit problème c'est que lors de ce petit-déjeuner, il a voulu l'impressionner et s'est peut-être embrouillé les pinceaux lors de sa conversation avec la Première Dame sur son opposition au financement de l'éducation religieuse («nonsecular»), et qu'il a donc dit l'opposé de ce qu'il voulait dire, avant de passer le reste de sa journée à essayer de corriger son erreur (sans succès).

«Elle n'a m'a jamais rappelée, et je vais devoir vivre avec ça jusqu'à la fin de mes jours.»

7.Parks and RecreationHillary Clinton par sa fan ultime

Reste que si tous ces personnages ont l'air de beaucoup aimer Hillary Clinton, la plus grande fan de la candidate démocrate se trouve dans la série Parks and Recreation. Leslie Knope, qui essaie de gérer le département des parcs et loisirs de la petite ville de Pawnee, dans l'Indiana, a ainsi accroché un portrait de la secrétaire d'État dans son bureau. (Elle a aussi des photos de Janet Reno, Madeleine Albright, mais aussi femmes politiques républicaines comme Condoleezza Rice, ou Nancy Pelosi, et aime beaucoup Joe Biden qu'elle finira par rencontrer.) Dans la deuxième saison, en 2009, quand une rencontre avec les responsables d'une ville jumelée vénézuélienne tourne mal, elle fait référence à la secrétaire d'État, dont elle essaie de s'inspirer pour ses qualités de négociatrice.

 

«Je suis une diplomate. Je ne dois pas prendre ça personnellement. [...] C'est pour ça que les gens respectent tellement Hillary Clinton. Personne ne prend des coups comme elle. Elle est le punching-bag le plus fort et le plus intelligent de la planète.»

8.Les SopranoHillary Clinton, femme trompée qui sort la tête haute

Hillary Clinton est également mentionnée dans la troisième saison des Soprano, une série qui raconte les aventures de Toni Soprano, mafieux qui commence à avoir des petits problèmes de conscience et décide de consulter une psy. Dans un épisode intitulé «Amour Fou» (en français dans le texte), et diffusé en mai 2001, on voit Carmela Soprano, sa femme, à table avec ses amies, quand elles se mettent à parler de la rupture de la fille de Carmela, Meadow, et qu'elles en viennent à aborder l'infidélité de Bill Clinton.

 

«Pensez à ce que sa femme a dû supporter, avec les fellations et les tâches sur la robe.
– Hillary Clinton? Je peux pas la voir.
– Je sais pas. On pourrait peut-être toutes apprendre quelque chose d'elle.
– Quoi? Être humiliées en public et passer son temps à sourire? C'est tellement faux. À sa place, je creuserais un trou, je me jetterais dedans, et je n'en sortirais pas.
– Tout ce que je sais, c'est qu'elle est restée à ses côtés. Elle a laissé couler, et finalement, elle a fait son chemin.
– Oui. Elle a transformé toute cette merde en or massif. Il faut le lui reconnaître.
– C'est vrai, non? Elle est un exemple pour nous toutes.»

9.The Good WifeHillary Clinton, ce modèle

L'affaire Monica Lewinsky est aussi abordée dans une autre série: The Good Wife, qui raconte les aventures d'Alicia Florrick, femme au foyer dans une banlieue, qui doit retrouver un emploi et reprend sa carrière d'avocate, après le scandale politico-sexuel dans lequel est englué son mari procureur –comme en écho à Hillary Clinton devenue ministre des Affaires étrangères après avoir été première dame. Dans le premier épisode (2009), sa nouvelle patronne, Diane Lockhart –qui deviendra son mentor–, s'adresse à Alicia Florrick, et lui explique qu'elle va réussir à s'en sortir, en pointant vers une photo d'elle aux côtés d'Hillary Clinton:

«Si elle peut le faire, alors toi aussi.»

 

                            Donald Trump

 

1.Designing Women
Donald Trump, arrête de montrer ta vie privée

À l'inverse, quand on se plonge dans la vie privée de Donald Trump, les scénaristes ont visiblement un peu plus de mal à idolâtrer celui qui est aujourd'hui le candidat républicain. En 1991, la série Designing Women, une sitcom de la fin des années 1980, qui racontait les aventures de quatre femmes et un homme dans une entreprise d'architecture d'intérieur, imagine une conversation qu'aurait l'un de ses personnages au téléphone avec Donald Trump, après les révélations de tabloïds sur ses infidélités alors qu'il était marié avec Ivana Trump.

 

«Bonjour. Monsieur Trump? J'espère que je ne vous dérange pas. J'appelle juste pour vous dire qu'au nom de tous les Américains, monsieur Trump, on se moque désormais d'avec qui vous sortez. Vraiment. Vous n'avez plus besoin d'appeler les médias à chaque fois que vous avez le feu au pantalon, parce qu'on s'en moque. N'hésitez pas à renvoyer toutes les personnes qui y sont dédiées, parce que –et je me répète– On. S'en. Moque.»

Et la série avait vu juste. Le Washington Post a raconté au mois de mai, qu'à cette époque, Donald Trump appelait des journalistes en se faisant passer pour son agent pour se vanter de ses conquêtes, et assurer qu'il avait, par exemple, quitté celle qui allait devenir sa femme pour Carla Bruni (même s'il ne voulait pas s'engager avec elle), ou qu'il avait trois petites amies, et même que des actrices l'appelaient pour sortir avec lui, et Madonna aussi.

2.Veronica MarsDonald Trump et la bombe au poivre

Veronica Mars, elle, semblait plutôt bien inspirée quand, en 2006, la jeune détective privée, tout juste sortie du lycée, décide de prendre avec elle une bombe à poivre au cas où elle tomberait «sur le chemin de ce Trump», alors qu'elle doit se rendre à New York. Dix ans plus tard, Donald Trump a été accusé par douze femmes d'agressions sexuelles.

3.Gilmore Girls«Ce bâtard de Donald Trump»

Dans Gilmore Girls (2001), quand la mère Lorelai demande à son amie Sookie si elle sait à qui appartient un bien immobilier, celle-ci répond:

«Ne me dis pas que c'est ce bâtard de Donald Trump.»

 

4.Sex and the CityTrump, le New-Yorkais

Dans le milieu du hip hop, le nom de Trump a longtemps fait office de synonyme à «argent» et «réussite», dans les séries, Trump est souvent vu comme un personnage richissime. Dans le premier épisode de Sex and the City (diffusé le 6 juin 1998), qui dépeint les aventures de quatre femmes à New York au début des années 2000, Samantha va voir Carrie pour lui montrer M. Big pour la première fois, elle le décrit, comme «le prochain Donald Trump, en plus jeune et en plus beau».

Une saison plus tard, le nom de Trump (qui fait un court caméo) devient fortement attaché à la ville de New York.

 

«Samantha, un Cosmopolitan et Donald Trump. On ne fait pas plus New York que ça.»

5.Les SimpsonTrump, déjà un passage raté à la Maison-Blanche

Mais toutes les références ne sont pas aussi positives. Quand on évoque les compétences politiques de Trump, c'est plutôt pour les moquer. En 2000, Les Simpson imaginaient une victoire de Lisa à la présidentielle, et la cadette de la famille la plus célèbre des États-Unis devait succéder au candidat républicain. Le problème, c'est que passer après Trump n'est pas une bénédiction. Lisa explique qu’elle a hérité «d’un sacré resserrement budgétaire à cause du président Trump». «On est fauché, reprend Milhouse, devenu secrétaire d'État. Vous vous rappelez quand la précédente administration a décidé d’investir dans les enfants de notre nation? Grosse erreur.» Le tout avant de détailler la folie de ces programmes.

 

Les Simpson sont également allés un peu plus loin lors de cette élection 2016, avec une apparition de Donald Trump dans la série, en tant que président catastrophique des États-Unis, et le jour de l'élection, avec l'apparition d'un Poutine torse-nu sur un cheval, au bureau de vote, promettant une victoire de Trump grâce à ses hackers.

6.FriendsTrump et les blazers

Trump est aussi raillé pour sa façon de s'habiller. En 1998, dans Friends, là encore, une blague ratée –mais qui a inspiré les acteurs pour la suite de la scène– de Chandler sur les habits de Joey mentionne le candidat à la présidentielle. Donald Trump était connu, selon la série, pour ses blazers bleus douteux dans les années 1990.

 

On a beau regarder dans les différentes apparitions à la télé et au cinéma de Donald Trump, on n'a pourtant pas trouvé de traces de Donald Trump et de ses blazers bleus. Le candidat républicain en ressortira peut-être un le jour de l'investiture. Qu'il soit devant la télé parce qu'il a perdu, ou sur les marches du Capitole parce qu'il a gagné.

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