Boire & manger

Turin sera-t-elle la première ville végétarienne d'Italie (et du monde)?

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 04.11.2016 à 12 h 49

Repéré sur The Guardian

La ville a les atouts pour porter la transition vers une alimentation de qualité moins carnée. Mais la tendance végétarienne la coupe d'une partie de son patrimoine gastronomique.

Turin Cityscape / Maëlick via Flickr CC License By

Turin Cityscape / Maëlick via Flickr CC License By

Il est rare qu’on se rende en Italie sans que la gastronomie soit au programme du séjour, la capitale piémontaise Turin et ses agnolotti ne faisant pas exception à la règle. Dans ces conditions, le programme de la nouvelle maire de faire de Turin une ville italienne végétarienne divise sa population.

La maire de 32 an Chiara Appendino fait partie du mouvement 5 Etoiles fondé par l'humoriste italien Beppe Grillo. Elle compte avec la maire de Rome Virginia Raggi parmi les figures féminines médiatiques qui incarnent la nouvelle garde de ce mouvement qui se veut non-partisan et vise le dépassement du clivage gauche-droite. Pour la nouvelle équipe municipale, le tournant vers l'alimentation végétarienne et végétalienne doit contribuer à préserver l'environnement, améliorer la santé des habitants et participer au bien-être animal. L’association qui fédère les bouchers locaux s’oppose évidemment à ce projet, arguant que si le jour sans viande que propose l'équipe municipale devait être instauré, il faudrait ajouter au calendrier un jour réservé à la viande. Parmi les autres propositions avancées par la municipalité qui doit encore finaliser l'ensemble du projet: des ateliers de sensibilisation dans les écoles et un plan du Turin végétarien pour les touristes.

Dans le Guardian, qui a publié un reportage sur le sujet, Stefania Giannuzzi, maire adjointe à l’environnement, tente de calmer le jeu:

«Il ne s’agit pas de forcer les gens à manger d’une certaine manière et nous ne voulons pas une confrontation avec le secteur de la viande. Il s’agit plutôt de faire prendre conscience et de montrer aux gens qu’il existe une alternative s’ils sont intéressés. Le choix végétarien n’est qu’une partie d’un programme pour rendre notre ville plus durable et promouvoir les enjeux environnementaux.»

L'Église avait déjà échoué

Les Italiens sont loin d’être tous acquis aux bienfaits du végétarianisme, mais la progression du mouvement est impressionnante: de 0,4% l’année dernière, les végétariens seraient passés à 1% de la population, doublant leurs effectifs en une année. Le mouvement est populaire chez les jeunes, sensibles à l’environnement, mais peut également toucher des populations plus âgées pour des raisons de santé.

À Turin, où le mouvement slow food est bien implanté, le Corriera Della Sera recense plus de 30 restaurants végétaliens ou végératiens. Le changement de comportement a donc commencé avant l’élection de la nouvelle équipe municipale, qui a identifié cet électorat croissant et l’a séduit en intégrant un plan végétarianisme à son programme, estime le professeur d’anglais à l’université de Turin Michelangelo Conoscenti. Pour lui, Turin ne sera pourtant pas la capitale mondiale des vegan:

«Les gens viennent ici pour boire nos vins et manger de la bonne viande. L’église catholique avait déjà essayé de faire du vendredi un jour sans viande (qui peut être remplacée par du poisson), mais il est rare que les familles respectent cette règle. Nous ne mangeons pas tant de viande que cela de toute manière et nous n’aimons pas qu’on nous dise comment nous alimenter. Ça fait partie de nos gènes anti-autoritaires et c’est ce qui fait de nous des Italiens.»

Le combat ne fait donc que commencer.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte