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Le mur, l'Europe, la gauche: l'Histoire n'est pas finie

La première chronique de Pierre Moscovici sur Slate

Lundi 9 Novembre 2009
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Pierre Moscovici, député socialiste du Doubs, ancien ministre des Affaires européennes, tiendra une chronique hebdomadaire chez Slate.fr. Voici la première.

***

9 novembre 1989 - 9 novembre 2009. Impossible d'échapper aujourd'hui à l'anniversaire de la chute du mur de Berlin, 20 ans après.

L'événement est historique, au sens fort du terme. Il a marqué la fin de ce «bref et tragique» XXe siècle, dont parlait Eric Hobsbawm, martyrisé par trois guerres - les deux conflits mondiaux et leurs millions de morts, la Shoah, la guerre froide et les victimes du goulag. Le monde d'aujourd'hui a radicalement changé: il n'a pas cessé d'être dangereux, mais les menaces ne sont plus les mêmes, il n'est plus bipolaire mais dominé par une puissance fragile, concurrencée par des pouvoirs économiques et politiques émergents. L'Europe n'est plus la même: elle n'est plus séparée en deux par ce mur qui la divisait comme il éloignait les Allemands, elle s'est réunifiée sans avoir encore défini sa nouvelle identité.

La politique est également différente: elle a perdu ses repères; le clivage gauche-droite, sans s'être effacé, se cherche, comme si les vieilles thèses de la «convergence des systèmes» l'avaient atteint. On pourrait, bien sûr, refaire le film, redire l'émotion de ce jour à la fois attendu et totalement surprenant: les images parlent mieux que les mots. On pourrait rappeler le rôle des acteurs qui ont fait l'Histoire: George Bush père, alors Président des Etats-Unis et successeur de Ronald Reagan, Helmut Kohl, le chancelier de la réunification, Mikhaïl Gorbatchev, dont la sagesse a évité le bain de sang. On pourrait aussi souligner la prudence de François Mitterrand, qui fut un peu alors l'homme de l'histoire... d'avant. Mais je pense surtout à l'histoire d'après, celle qui se fait, et j'ai envie d'évoquer deux rendez-vous en partie manqués, qui montrent qu'elle n'est pas finie.

Où en est l'Europe?

Où en est l'Europe, 20 ans après la chute du mur? La réunification allemande, puis l'effondrement du bloc communiste et la fin de l'Union soviétique ouvrirent la porte à l'unité de l'Europe. Celle-ci, dès la fin des années 80, se trouvait confrontée à un choix: il ne s'agissait pas de savoir s'il fallait faire la place aux pays de l'ex-pacte de Varsovie, mais de trouver la meilleure façon de les accueillir. Deux thèses s'opposaient initialement. François Mitterrand, sans refuser le grand bouleversement qui s'ouvrait, suggérait une forme d'association approfondie des pays de l'Est à l'Europe: c'était le sens du projet de «Confédération européenne» - avec la Russie, sans les Etats-Unis - qu'il lança dans ses vœux le 31 décembre 1989. Cette thèse, trop réticente, ne résista pas à la force de l'aspiration à l'unité du Continent. Dès 1993, une autre voie s'imposa, celle de l'adhésion des pays d'Europe centrale et orientale - les PECOS - à l'Union européenne. Les négociations, ouvertes à la fin des années 90, aboutirent à l'entrée, en 2004 et 2007, de 12 nouveaux Etats-membres dans l'Europe, qui en compte désormais 27.

Constatons toutefois que cette réunification n'a été qu'imparfaitement réussie. En effet, elle n'a pas été vécue avec l'enthousiasme du 9 novembre 1989, la joie des premiers temps est vite retombée pour laisser place à la mécanique politique. L'Europe à 27, qui aurait pu, qui aurait dû être une fête, est au contraire singulièrement apathique, presque aboulique; elle peine à se construire politiquement. Un double désenchantement s'est répandu à la fois à l'Est, où la «culture européenne» reste timide, et à l'Ouest - où la crainte, voire la xénophobie rampante - souvenons-nous du «plombier polonais» de la campagne référendaire de 2005 - minent parfois l'opinion publique. Pourquoi cela? Parce que la réunification, qui aurait dû être un grand projet fédérateur, la naissance d'une nouvelle Europe, d'une Europe-puissance, a été imposée de façon subreptice, impensée, et de ce fait plus subie que voulue. Parce que le nouvel ensemble manque d'une colonne vertébrale politique, d'une Constitution, expression d'une volonté générale elle-même absente. Parce que l'Europe n'a plus guère aujourd'hui de leaders entraînants et convaincants. La réunification européenne est faite, il reste encore à la réussir. Je reste pour ma part - mais un peu seul - persuadé qu'il s'agit toujours là d'une grande aventure. Peut-être cet anniversaire le rappelera-t-il.

Où en est la gauche démocratique?

La chute du mur de Berlin, c'est certain, a été pour la gauche démocratique à la fois un succès et une difficulté. Un succès, parce qu'elle marque l'échec du communisme totalitaire contre lequel le socialisme démocratique se battait depuis des décennies, parce qu'elle lui ouvrait la perspective de proposer une troisième voie - je ne l'entends pas au sens de Tony Blair - entre le marxisme dévoyé et le libéralisme outrancier. Une difficulté, parce que la disparition du système soviétique, la fin de l'organisation bipolaire du monde, semblaient à première vue laisser seule en piste la puissance américaine et faire du capitalisme de marché la seule modalité viable d'allocation des ressources, de gestion des richesses. La gauche se trouvait de ce fait sur la défensive, contrainte d'inventer une alternative dans un contexte politique et idéologique qui ne la servait pas. Force est de constater qu'elle n'y est pas encore parvenue, et qu'elle a trop souvent paru être la «variante sociale» d'un libéralisme tempéré. N'en déduisons pas que le nouveau monde de l'après 1989 et que l'Europe d'aujourd'hui sont voués à la domination éternelle des droites: il y eut, à la fin des années 90, une grande majorité de gouvernements socio-démocrates en Europe, il y a aux Etats-Unis une administration authentiquement progressiste. Mais le défi intellectuel est toujours là - il existe au demeurant aussi désormais pour la droite, bousculée dans ses certitudes par l'ébranlement majeur du paradigme dominant que constitue la crise que nous traversons: comment inventer le réformisme radical dont nous parlions avec Dominique Strauss-Kahn dans le club «à gauche en Europe», c'est à dire une gauche à la fois vraiment à gauche - il y a tant de choses à changer dans le système capitaliste, tant d'injustices et d'inégalités - et totalement crédible - personne n'attend plus le «grand soir», cette espérance illusoire avait disparu bien avant le 9 novembre 1989 ?

Penser l'Europe, penser la gauche de demain: c'est ce qu'il nous reste encore à faire 20 ans après la chute du mur. Contrairement à la thèse de Francis Fukuyama, nous ne vivons pas «la fin de l'histoire». Il reste des choix politiques essentiels à faire, des chemins nouveaux à inventer. Ne soyons ni pétrifiés, ni résignés, allons de l'avant. L'avenir reste à construire, il ne sera peut-être pas «radieux», comme le disait avec une amère ironie Alexandre Zinoviev, mais il peut, il doit être plus juste et plus harmonieux. Continuons - autrement - le combat !


Pierre MOSCOVICI

Image de une: devant une reproduction du mur de Berlin à Madrid, novembre 2009. REUTERS/Susana Vera

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Comments

Tour de chauffe

Je ne voudrais pas désobliger monsieur Moscovici qui nous est promis avec tant de gourmandise par Slate.fr, mais ce premier article de ce qui va devenir une chronique ne m'a rien appris que je ne sache déjà.
Seul le dernier paragraphe eût été intéressant si au lieu d'être une conclusion il avait été une introduction. "Continuons - autrement - le combat !" dit monsieur Moscovici. Comment ? Mystère !
Monsieur Moscovici sera-t-il en mesure de le lever ?
C'est ce que nous apprendrons, peut-être, dans le second article.

Marianne Arnaud

Un gauche anti-capitaliste peut elle réformer le capitalisme?

En France, et quoi qu'en disent certains socialistes un peu plus ouverts sur les réalités du monde que d'autre, la gauche est fondamentalement anti-capitaliste.

Mais il n'existe aujourd'hui aucune alternatives crédibles au capitalisme. Qui souhaiterait que son coiffeur, son boulanger, sa supérette, sa chaine de TV ou son journal préféré appartienne à l'état? Car si il n'y a pas de capitalisme alors il n'y a pas de capital et tous les agents économiques appartiennent à l'état. Et si il n'y a pas de libéralisme, alors c'est la puissance publique qui décide de combien il y a de boulangeries dans un quartier, des horaires d'ouverture, de production du pain.....

Dans l'attente d'une alternative crédible notre objectif doit être de réformer le capitalisme et de mieux le réguler. De bien répartir les rôles entre un système capitaliste producteur de richesse et un état, si possible mondialisé au moins au travers de ses instances représentatives, garant de l'intégrité des ressources, des travailleurs et de la redistribution des richesses créées.

Nous avons donc besoin de capitalistes réformateurs. Mais le PS et ses électeurs ne sont pas un parti de capitalistes réformateurs. Ce sont des anti-capitalistes. Et les déclarations récurrente de la direction du PS vont clairement dans ce sens.

En conclusion, les français sentent bien que:
- Le capitalisme est pour le moment le moins mauvais des système
- Qu'il faut le réformer de l'intérieur
- Que des anti-capitalistes ne sont pas des réformateurs

Ceci explique pourquoi la crise actuelle du capitalisme ne bénéficie pas à la gauche française: Elle est la moins compétente pour faire le boulot.

Les temps changent...



Dans le dernier livre de Pierre Moscovici :


http://www.amazon.fr/Mission-impossible-Comment-gauche-Sarkozy/dp/2749115507/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1257862483&sr=1-1



Page 162

« Il s'agit donc, ... de réformer le capitalisme, d'en contrôler les excès et de replacer la préoccupation sociale et désormais environnementale, au coeur d'un nouveau compromis »

Page 166

«Nous devons structurer un nouveau projet politique et sociétal, capable de penser un autre monde et d'offrir un autre avenir, à la fois crédible et inventif, fidèle aux valeurs du socialisme - le souci de l'égalité, de la fraternité, des libertés, de l'émancipation pour tous - mais qui prenne aussi la mesure des immenses mutations sociales, économiques, technologiques et environnementales qui ont, de fait, bouleversé le monde depuis les années 1990 »

Page 215

« Par la création d'un fond de capital-risque public renforcé pour prendre des participations publiques dans le capital des jeunes entreprises innovantes pour leur apporter les financements nécessaire à leur croissance »


C'est fondamental pour faire redémarrer l'économie et donner de l'espoir aux jeunes générations montantes, et justifier leur effort de formation. Il faut également prévoir d'y associer les autres pays européens, pour disposer d'une somme à la hauteur des enjeux, et faire passer ainsi le volet social dans les autres pays de la communauté européenne.

http://jeanpierre.becker.free.fr/Schuman/index.html



On est vraiment loin de l'anticapitalisme primaire qui appartient au facteur...

Le PS a pris un virage social démocrate réformiste, il faut dorénavant en tenir compte.

Innovation et politique

Nous ne sommes pas très éloigné

Je suis à 100% d'accord avec vous sur le fait qu'il existe des socialistes ouverts, progressistes et réformistes. Je dirais même que tous les dirigeants socialistes sont fondamentalement en accord avec les citations que vous reprenez. D'ailleurs un socialiste qui sort de France, au FMI (DSK), à l'OMS (Lamy) à la Commission Européenne (Delors) redevient ouvertement capitaliste et libéral.

Mais de la conviction personnelle à l'affichage électoral visant à rassembler sur un candidat un "peuple de gauche" dont font aussi parti le NPA, le front de Gauche, le PC.....

Amusez-vous à demander face caméra à un responsable du PS de faire son "coming out" et déclarer qu'il est pour le capitalisme et libéralisme. Allez demander à Delanoë d'écrire dans un livre qu'il est libéral....

Ceci étant je suis aussi d'accord que le mouvement général va dans le bon sens. Et nous avons vraiment besoin d'une gauche moderne et réformiste.

En attendant le PS n'apparait pas comme le mieux qualifié pour réparer et transformer la machine capitaliste. D’où sa difficulté paradoxale à s’imposer alors que le climat général devrait l’y aider.

Tout à fait...


« Il reste des choix politiques essentiels à faire, des chemins
nouveaux à inventer. Ne soyons ni pétrifiés, ni résignés, allons de
l'avant. L'avenir reste à construire, » en proposant, en critiquant, en
reprenant, les solutions qui s'affichent, et le tout sans prendre de
gants, avec audace et sans timidité. Le premier choix à afficher, le
SCUP, essentiel pour ouvrir un chemin réellement social démocrate
réformiste :

http://avenirlorraine.canalblog.com/archives/2009/11/09/index.html



Ensuite touts les choix technologiques permettant de relancer la
croissance, payer la dette, disposer de bon emplois, etc :


Innovation et politique

Rien de nouveau sous le soleil

La chute du mur de Berlin "marque l'échec du communisme totalitaire contre lequel le socialisme démocratique se battait depuis des décennies" dites-vous.
Cette phrase me fait réagir: Faut-il comprendre que le socialisme français ne se battait pas contre les totalitarismes (il est vrai qu'il s'alliait avec le PCF financé en sous-main par les soviétiques, communistes totalitaires par excellence)? Ou le PS ne se considère pas comme un exemple de socialisme démocratique?
Pour le reste, l'article reste une feuille de mauvaise propagande, comme on en voit tant, sur une autre gauche à construire selon un "réformisme radical" qui ne nous apprend pas grand chose si ce n'est qu'une partie de la gauche reste accrochée à ses vieilles lunes: par exemple, nous faire croire que les socio-démocrates sont synonymes de progressistes, comme si le progrès en politique pouvait être de gauche ou de droite: propagande quand tu nous tiens...

Cordiales salutations,

jHenry44

un vrai politicien avec ses contradictions

Bonsoir,
Pour résumer une partie de votre article vous parlez de la fin du communisme mais M.Mitterrand continuait à confier des postes aux communistes dont certains étaient plus staliniens ( l'homme du génocide russe) que français.
Vous parlez de la gauche un mot qui ne veut rien dire ni politiquement et ni économiquement.
Et puis comment parler de démocratie lorsque la première secrétaire a été elue par une "tricherie" digne des pays totalitaires ceux vous fustigez.
Vous n'avez pas compris que l'économie doit être libérale un mot qui vous fait peur, car vous n'avez aucune idée comme l'UMP des moyens de la réguler.
Monsieur j'espère que les commentaires des internautes de Slate vous permettront de faire moins de politique politicienne le cas de votre confrère M. Coppé et plus d'économie la clé de bien des maux de notre société le reste pour l'instant du blabla. Acceptez le dialogue et faites la synthèse des commentaires des internautes car nous attendons vos analyses et propositions . Votre venue n'est pas fortuite car vous savez que les internautes auront un poids non négligeable pour les élections à venir la première les régionales de 2010
Bonne soirée

MAYOMBE

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