France

Quel avenir pour les IUT?

Gilles Pinte, mis à jour le 09.11.2009 à 18 h 17

Alors que les universités vont obtenir leur autonomie, les IUT perdent la leur.

Mardi 10 novembre, les responsables des Instituts Universtaires de technologie (IUT) ont prévu de manifester devant l'Assemblée nationale, puis le Sénat, après avoir été reçus par la ministre de l'Enseignement supérieur.

Que revendiquent les IUT ?

Garder une autonomie de gestion au sein des universités qui leur a permis depuis plus de 40 ans de répondre à des objectifs d'insertion professionnelle et de promotion sociale. Jusqu'à l'application de la réforme LRU, la fameuse loi sur l'autonomie des universités, leur budget était «fléché»; c'est-à-dire que les universités ne pouvaient pas toucher aux enveloppes qui leur étaient destinées. Dorénavant ces enveloppes sont agrégées au budget de l'université, qui peut décider d'en faire ce qu'elle veut.

Devant la fronde des IUT, la ministre avait proposé que des contrats d'objectifs et de moyens soient signés entres les IUT et leur université de rattachement afin de maintenir les moyens matériels et humains qui leur permettent de fonctionner. Le comité de suivi en a comptabilisé fin septembre 47 retournés et signés sur 116; de nombreux présidents d'université conditionnant leur signature à une renégociation en profondeur des périmètres de responsabilité des IUT. Ainsi et paradoxalement, des présidents devenus autonomes cèdent à une volonté de centralisation. Dans cette nouvelle donne où c'est l'université de rattachement qui fixera les budgets des IUT, nombre de directeurs d'IUT, de responsables de formations et d'enseignants craignent pour leur existence à moyen terme...

Depuis 40 ans, les IUT étaient pourtant bien intégrés aux universités mais gardaient une autonomie de gestion qui leur permettait de mieux encadrer leurs étudiants, d'effectuer des innovations pédagogiques et ainsi de réduire les taux d'échec en premier cycle universitaire.

Chaque année, 116 IUT forment 135 .00 jeunes, provenant pour beaucoup de baccalauréats technologiques ou professionnels dont l'insertion professionnelle ou la poursuite d'études ne pose pas de problèmes. De plus, les IUT, pour beaucoup, sont situés de manière assez harmonieuse dans des villes moyennes, participant ainsi à une réelle démocratisation de l'enseignement supérieur. De par cet établissement géographique, ils ont une relation privilégiée avec les entreprises et notamment les PME, qui siègent dans leur conseil d'institut et qui leur permet d'établir des transferts de technologie. Bon nombre de licences professionnelles ont été créées dans ce contexte. Autre élément, les diplômes décernés par les IUT ont jusqu'à présent la particularité d'être nationaux, c'est-à-dire qu'un étudiant qui aura obtenu un DUT en informatique par exemple aura eu le même nombre de cours à partir d'une même maquette de diplôme, qu'il ait suivi la formation à Marseille ou à Vannes.

Tout va donc dépendre aujourd'hui des négociations dans chaque université. Si ces dernières ne financent pas les IUT à hauteur de ce qu'ils ont aujourd'hui, les volumes de cours de certains diplômes devront être diminués et les équipements techniques deviendront vite obsolètes. Et les négociations semblent mal engagées dans nombre d'IUT...

Faut-il le préciser, mais leurs enseignants, professeurs agrégés ou certifiés, maîtres de conférences ou professeurs des universités ont les mêmes qualifications qu'à l'université.

A l'heure où il est à la mode pour quelques Grandes Ecoles ou Classes Préparatoires de montrer qu'elles ouvrent leurs portes à quelques dizaines d'enfants d'ouvriers ou d'employés, on paraît oublier que depuis 1966, plus d'un million d'étudiants issus de ces milieux ont été formés dans les IUT. Les taux d'insertion professionnelle ou de poursuite d'études de leurs étudiants corrélés à l'origine socioprofessionnelle de leurs parents démontrent l'utilité sociale de tels établissements. Les étudiants sortant d'un IUT sont très peu confrontés au chômage puisque en moyenne il leur faut 1 à 2 mois pour décrocher un premier emploi. Un directeur d'IUT affirmait il y a quelques mois dans un magazine: «Depuis 42 ans, les IUT sont devenus les filières d'excellence des classes sociales défavorisées.»

Pour les directeurs des IUT, les enseignants et les étudiants, la crainte est de voir disparaître une dynamique collective qui a montré ses preuves sur un territoire national. Cette crainte peut aussi se justifier par l'histoire et la sociologie de l'éducation en France. Ainsi, le mépris parfois affiché de certains universitaires classiques vis-à-vis des enseignants ou des étudiants des IUT peut-être analysé comme la reproduction française de la supériorité affichée de l'enseignement général face à l'enseignement professionnel.

Il est également à parier, dans un milieu où les ego sont parfois hypertrophiés, que certains présidents d'universités devenues autonomes n'hésiteront pas à se servir des financements auparavant destinés aux IUT pour entretenir des danseuses, comme la recherche du Saint-Graal du palmarès de Shanghai ou encore combler des déficits propres à des départements ou à certaines formations selon des modalités de décisions subjectives.

Dans d'autres cas, bien que conscients des atouts des IUT, certains présidents d'université ne pourront pas épargner leurs IUT, suivant ainsi la pression des membres de leur Conseil d'Administration qui lui rappelleront, que dans le cadre de l'autonomie des universités, ce sont eux qui l'ont élu et le rééliront...

Bref, des garde-fous restent à établir pour éviter de briser cet outil de mixité sociale et de promotion que représentent les IUT.

Gilles Pinte

Photo de Une : une vue de la chapelle de la Sorbonne, photo Flickr, par Chocolat blanc

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