Culture

Comment Metronomy a choisi de se réinventer malgré les tubes

Temps de lecture : 6 min

“Summer 08”, le dernier album de Metronomy, est plus qu’un successeur audacieux à l’énorme “The English Riviera”. Il est un hommage assumé et abouti au rêve original de son leader Joseph Mount : faire des tubes jamais entendus avec l’éthique d’un défricheur.

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CONTENU SPONSORISE - Le nouveau média musique Jack de Canal+ s’est penché sur le phénomène Metronomy, avec une interview de Joseph Mount. Slate a décidé d’en faire autant.

C’est l’histoire d’un groupe qui a fait lever La Cigale alors que personne ne le connaissait en France, en première partie des Klaxons en 2007. Après 45 minutes d’un concert entre ironie et surprise, trois quarts d’heure de compositions électroniques et enflammées, une standing ovation inattendue a raccompagné les musiciens de Metronomy alors à peine exportés d’Angleterre. Presque dix ans plus tard, la sortie de leur cinquième album, “Summer 08” a été, cet été, un événement international presque anormal pour un disque si personnel et hors des styles balisés. Ces deux moments incarnent le paradoxe de Metronomy : un groupe à la fois profondément indé dans son travail et mainstream dans l’audience qu’il touche. Metronomy est pop aux premiers abords, expérimental après plusieurs écoutes. Cette caractéristique, les Anglais n’y ont jamais renoncé même après avoir touché la lumière.

Metronomy, c’est surtout l’histoire d’un succès dont l’ampleur n’était pas prévisible et qu’il a bien fallu dépasser. Nous sommes au printemps 2011. Kanye West vient de sortir son épique My Beautiful Dark Twisted Fantasy. Les Black Keys travaillaient sur leur tornade El Camino. Mais des mélodies imparables surgissent d’un album impeccable, qui devient en un souffle la bande-son de l’année et une référence pour le très long terme.

Metronomy n’est pas un nouveau venu sur la scène pop mais il signe un coup de maître pour son troisième album. The English Riviera s’écoute comme un monument de la pop music. Les tubes s’enchaînent avec la souplesse et l’immédiateté qui caractérise les grands disques. Le monde danse sur The Bay, tape des mains sur The Look et s’extasie sur un Love Underlined délirant. 100 000 exemplaires cumulés s’écoulent au Royaume-Uni et en France. Pour Tsugi, c’est un « chef d’oeuvre ». Le Parisien parle d’un album « époustouflant ». Le magazine anglais NME le place deuxième meilleur album de l’année. Se mettre la presse populaire et la presse pop dans la poche dans un même élan est le privilège des tous grands, comme Radiohead ou Björk.

Joseph Mount, l’homme-cerveau du groupe, vient de balancer sa pop dans l’ère moderne. Le compositeur de 34 ans est originaire du Devon, terre fertile pour le rock anglais - Matthew Bellamy de Muse ou Kate Bush viennent de ce comté du sud-ouest de l’Angleterre. L’anti-leader aux traits joufflus n’a ni les moyens ni l’envie de jouer à la rock star, mais il a l’essentiel : il vient d’entrer dans la catégorie des grands songwriters de la pop britannique.

Esprit de revanche

The English Riviera est l’album qui permet à Mount de s’extraire des rangs très denses des outsiders de la musique indé. Ses premières compositions - dans Nights Out (2008) puis Not Made For Love (2009) - n’ont eu qu’un succès d’estime. Sa musique, parfois raillée par la critique pour son manque de constance, devient une référence absolue. La transition est brusque, mais il l’a voulu. « J’ai écrit ce disque avec un vrai esprit de revanche », explique-t-il aux Inrocks dans un dossier qui fête les trente ans de l’hebdomadaire en 2016. « Après Nights Out, j’ai lu beaucoup de critiques affirmant que tout le monde pouvait faire ce que je faisais. Il fallait donc que je prouve ce que je valais ».

Un homme l’aura aidé à atteindre la lumière. Ash Workman est un ingénieur du son alors en recherche de notoriété, lui aussi. Depuis, il est un producteur reconnu, notamment pour son travail avec Christine & The Queens. Il aide Josh Mount à surmonter le départ du bassiste Gabriel Stebbing et l’obligation qui lui est faite de quitter sa chambre pour enregistrer dans un vrai studio. Pour Mount, l’expérience est “horrible”. Mais il n’aura rien à regretter : les structures pop et les aspérités électroniques de Metronomy forment désormais un alliage miraculeux. « La rencontre entre Daft Punk et The Eagles » dira Mount lui-même à la revue Magic!

Propulsé sur les radios grand public, le groupe refuse pourtant les contrées dangereuses de la pop mainstream, dans la redite pourtant à portée de main du succès de The Look, ses synthés aigus et obsessionnels, sa basse soliste, sa rythmique mathématique. Avec Love Letters (mars 2014) ou Summer 08 (juillet 2016), Joseph Mount prend à contre-pied les nostalgiques du printemps 2011, avec deux gestes artistiques de nature différente.

Plus organique, moins instantané, Love Letters défriche les sixties. Il marque une douce évolution vers un son plus propre, une production plus classieuse et un petit pas supplémentaire vers les sons organiques. « Pour The English Riviera, j’avais voulu travailler comme un pro », confie Mount aux Inrocks. « Sur Love Letters, je ne voulais plus d’une musique réalisée avec les yeux, sur un écran, mais faite avec les mains. C’est plus enrichissant, plus sensuel ». Metronomy change une formule qui gagne, refuse de faire des chansons « pour qu’elles soient fonctionnelles, pour manoeuvrer et faire sauter les foules ». Il pousse le challenge jusqu’à enregistrer l’album sur bande analogique.

Love Letters est à la fois euphorique et nostalgique, rigide et fou, sophistiqué et accessible. Les tubes ne sont pas écartés d’un revers de la main - I’m Aquarius et ses choeurs Shoop Doop Doop Ah, The Upsetter et ses tracés vocaux empruntés à la soul autant qu’à Mick Jagger - mais la richesse profonde de l’album se trouve dans des pistes plus obscures comme Boy Racers, symphonie instrumentale en haute-altitude. Ses accents électroniques sont mieux maîtrisés. Avec son groupe, agrémenté depuis The English Riviera d’un bassiste et d’un batteur, Mount se pose comme le chef d’orchestre d’une pop à la fois ravissante et exaltée.

La boucle est bouclée

Qui dit pop dit plus de simplicité. Cette recherche est au coeur de deux disques-clefs de l’oeuvre de Metronomy, deux livraisons distantes de huit ans mais qui se répondent explicitement : Nights Out sorti en 2008 et Summer 08, délivré en juillet 2016. L’un et l’autre forment une boucle dont The English Riviera n’aura été qu’une étape. Comme si les voyages pop de Mount lui avaient permis de réapprendre ses premiers réflexes dans une version plus contenue. « Summer 08 revient à la façon de procéder que j’avais à mes débuts, a-t-il confirmé aux Inrocks. C’est le son que je crée quand je ne cogite pas trop et c’est sûrement en ça qu’il ressemble le plus aux premiers Metronomy. C’est ce qui me vient naturellement, contrairement à mes deux derniers albums mûrement réfléchis ».

Dans cette boucle, il y a quelques vestiges de nu-rave, le courant éphémère qui a valu à Metronomy sa première notoriété, avec une musique calée essentiellement sur sa rythmique. Mount est batteur de formation. C’est primordial pour comprendre la construction de Metronomy. Ses premiers concerts hors d’Angleterre donnent à écouter un tempo rapide, des plages majoritairement électroniques, des voix totalement absentes. Les ambiances sont plus proches des boîtes de nuit que des salles de concert. « On était hype, nos concerts étaient remplis de gens très très cools, se remémore Mount dans Tsugi. Quelque chose se passait, on a fini par tourner avec CSS et Justice, le line-up nu-rave parfait ».

Mais être cool ne lui a jamais suffi. « J’étais convaincu que je pouvais atteindre le succès, ce truc superficiel me tenait à coeur, se souvient-il. Je voulais prouver aux gens, à l’industrie qu’il fallait me prendre au sérieux. » Mount se considère comme un « artisan ». Il amorce de ses mains un virage pop qui lui permettra bientôt tous ses bonds en avant. Summer 08 est alors une forme d’écho ou d’hommage à ce qu’il était à l’époque de Nights Out et à une pratique de l’autarcie créatrice. Sur son dernier album, Mount revient à un mode de fonctionnement solo et une musique plus rythmique. Mais la musique est beaucoup plus épurée au long des dix titres du disque. « Mon passé est une inspiration merveilleuse, pour peu que j’utilise mon cerveau actuel pour le revisiter », a expliqué Joseph Mount à Libération. « Pour moi, l’album qui sonne le plus comme du Metronomy est Nights Out. Alors j’ai travaillé comme je travaillais à l’époque. Et j’ai repris de vieilles idées qui traînaient sur des disques durs ou dans des coins de ma tête pour voir ce qu’elles valaient aujourd’hui. J’ai réalisé que ce Joseph Mount de 26 ans m’avait aidé à devenir le Joseph Mount que je suis aujourd’hui. »

Le résultat est un retour à un duo basse-batterie typique des premiers sons de Metronomy. Avec une nouvelle influence : celle des années 80 comme sur un Miami Logic langoureux et rétro ou un Old Skool à la mélodie entêtante. Dix ans de carrière aidant, Mount ne garde aujourd’hui que l’essentiel. Cela se voit sur scène où son obsession de l’épure se traduit dans une mise en scène sobre et puissante. Au Zénith en 2012, le groupe, spot de lumière sur le coeur, alterne les phases calmes et les morceaux les plus furieux. La montée en puissance est douce, efficace, parfaite. Comme à l’écoute de leurs différents albums, l’atmosphère évolue doucement d’un concert classique à un dancefloor géant. L’expérience est curieuse mais réussie. Cette formule résume la trajectoire magnifique de Metronomy dans l’espace saturé de la pop moderne.

Slate.fr

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