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La démocratie, ça passe d'abord par une alimentation équilibrée et diversifiée

Planche de future démocratie | Valery Parkhomenko via Flickr CC License by

Planche de future démocratie | Valery Parkhomenko via Flickr CC License by

À bon régime, bon régime politique.

La démocratie est-elle à la porte d'un pays lorsque sa population délaisse la charcuterie et le pain pour de la viande de qualité, du vin et des légumes frais? C'est ce que laissent entendre les travaux d'un économiste russe, Andrey Shcherbak, présentés mi septembre lors de la conférence de l'Association mondiale pour l'étude de l'opinion publique (WAPOR).

L'analyse de Shcherbak rassemble 157 pays et divers indicateurs économiques et politiques passés à la moulinette statistique. Selon le chercheur, la recette de la démocratie est assez simple: avant tout, les gens doivent bien manger pour avoir envie de se battre pour leurs libertés. Son étude se focalise sur la période 1992-2011.

Pour Shcherbak, le régime alimentaire le plus annonciateur de démocratie est riche en viande maigre, produits laitiers, alcool et pâtisseries. Il faut aussi qu'il soit accessible à une masse critique d'individus pour induire des changements politiques significatifs –s'il n'y a que les reines qui mangent de la brioche, l'éclaircie n'est pas pour demain.

Ce facteur alimentaire serait même plus important que des mesures plus classiques de la démocratisation, comme le PIB ou l'avènement d'une économie de marché. Pourquoi? Parce que une nouvelle alimentation induit de nouveaux modes de vie, eux mêmes générateurs d'un goût pour la libéralisation politique.

Un sentiment de sécurité

Shcherbak souligne aussi une corrélation entre nutrition et mondialisation: l'ouverture des marchés favorise l'importation de nouvelles denrées, des nouveautés culinaires qui poussent les individus à préférer les restaurants et les grandes surfaces à la cuisine paysanne et aux courses de proximité. Le tout s'accompagnant évidemment d'une hausse générale du niveau de vie.

«Dès que vous êtes plus riche, vous arrêtez d'acheter vos saucisses premier prix et vos boulettes surgelées, résume Shcherbak. Vous passez au faux-filet, au jambon cru, au parmesan et à l'huile d'olive vierge. La demande pour ces produits est rendue possible par l'évolution des modes de vie.»

Une démocratisation par la nourriture qui suit trois étapes, explique Shcherbak. D'abord, lorsqu'une population peut largement accéder à une alimentation de qualité, elle se sent davantage en sécurité et l'obscurantisme a moins de prise sur elle. «Dans beaucoup de cultures, ironise Shcherbak, on remercie Dieu avant de manger, mais quasiment nulle part on va rendre grâce le jour de la paye».

Esprit critique

Ensuite, quand une proportion suffisante de la société se sent en sécurité, l'émancipation a tendance à être plus fréquemment valorisée. Les luttes pour les droits individuels se font donc plus courantes que dans les endroits où beaucoup craignent pour leur survie. Dans les pays où l'on mange mieux, la servitude volontaire est regardée d'un moins bon œil. L'esprit critique se développe, idem pour la remise en question des hiérarchies traditionnelles et des politiciens corrompus, contrairement aux pays où il est littéralement possible d'acheter des voix avec de la nourriture.

Enfin, Shcherbak ne minimise pas les dimensions biologiques et sanitaires du phénomène. Mieux manger, c'est aussi être en meilleure santé, être plus à même de s'éduquer et avoir davantage de temps de cerveau disponible pour l'engagement politique.

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