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James Comey, le pire directeur du FBI depuis J. Edgar Hoover?

Claire Levenson, mis à jour le 03.11.2016 à 10 h 55

Sa décision d'évoquer la découverte de nouveaux e-mails (potentiellement sans intérêt) dans l'affaire de la messagerie privée de Clinton vaut au directeur du FBI d'être comparé à J. Edgar Hoover, célèbre pour ses abus de pouvoir.

James Comey témoigne auprès d'un comité du Congrès le 28 septembre 2016 à Washington DC. Win McNamee/Getty/AFP.

James Comey témoigne auprès d'un comité du Congrès le 28 septembre 2016 à Washington DC. Win McNamee/Getty/AFP.

Lorsque le directeur du FBI James Comey a décidé d'informer le Congrès de nouveaux éléments dans l'enquête sur la messagerie privée d'Hillary Clinton onze jours avant la présidentielle, il ne savait pas si ces nouveaux e-mails seraient pertinents. Le FBI ne les avaient pas encore lus. Par contre, Comey savait probablement qu'en parler donnerait des munitions à Donald Trump, qui explique depuis des mois que la candidate démocrate mérite d'être en prison

Depuis, l'ancien procureur général Eric Holder et près de cent anciens du ministère de la Justice américain ont écrit une lettre pour dire que les actions de Comey constituaient une violation des principes du ministère de la Justice (dont le FBI est une agence) selon lesquels il faut faire preuve de retenue à l'approche d'élections.

«Nous n'avons pas le souvenir d'un autre cas où un haut-placé du ministère de la Justice –républicain ou démocrate– a publié une déclaration qui pouvait avoir un impact sur les résultats d'une élection imminente, alors que l'officiel reconnaît aussi que l'information à examiner n'est peut être ni importante ni nouvelle.»

Le précédent Truman/Dewey

Dans le New York Times, Tim Weiner, l'auteur d'un livre sur le FBI, écrit que quelque part dans le ciel, J. Edgar Hoover, le directeur du FBI (et de son ancêtre) de 1924 à 1972 «est en train de sourire»:

«L'utilisation d'informations secrètes pour nuire à des personnalités publiques était un de ses sports favoris.»

Plusieurs autres éditorialistes et historiens ont fait la comparaison entre Comey et l'ancien directeur du FBI, connu pour avoir mis sur écoute plusieurs figures politiques afin de les faire chanter. C'était par exemple le cas de Martin Luther King Jr., dont Hoover a menacé de divulguer les relations sexuelles adultères, espérant encourager le leader des droits civiques à se suicider. Avant Comey, Hoover était le seul directeur du FBI à avoir été accusé d'avoir essayé d'influencer une élection présidentielle. En effet, en 1948, il avait envoyé des informations sur Harry Truman à l'équipe de son opposant Thomas Dewey (qui a perdu).

Je me suis senti obligé de le faire dans la mesure où j'ai plusieurs fois attesté sous serment ces derniers mois que notre enquête était finie

Même des conservateurs ont vivement critiqué Comey, comme le juge Andrew Napolitano qui l'a aussi comparé à Hoover sur Fox News, expliquant que les deux directeurs avaient «la même volonté d'injecter le FBI au sein du processus politique». Pour ce juge, lorsque le FBI a trouvé des e-mails supplémentaires sur l'ordinateur d'Anthony Weiner (l'ex-mari d'Huma Abedin, la conseillère de Clinton), la seule obligation était d'enquêter, pas de rendre public le fait qu'une enquête était en cours.

Faciliter le mensonge

Selon le journaliste Charles Kaiser sur CNN.com, la révélation par Comey «que de nouveaux e-mails avaient été découverts (des emails qui pourraient n'avoir rien à voir avec Hillary Clinton) a plus politisé le FBI qu'aucune autre initiative prise par un directeur du FBI depuis la mort de Hoover en 1972».

Pourtant, dans un mémo à ses collègues, Comey avait ainsi justifié sa décision:

«Habituellement, nous n'informons pas le Congrès de nos enquêtes en cours, mais dans ce cas, je me suis senti obligé de le faire dans la mesure où j'ai plusieurs fois attesté sous serment ces derniers mois que notre enquête était finie.»

Cette réponse ne satisfait visiblement personne. Plusieurs éditorialistes ont appelé à sa démission, et plusieurs élus du Congrès ont dit qu'ils avaient perdu confiance en lui. Même le président Barack Obama, qui avait nommé Comey en 2013, a critiqué les «insinuations» faites par le directeur du FBI: «Il ne faut pas intervenir quand on a que des informations incomplètes».

Le problème de la «révélation» faite par Comey est qu'elle intervient dans un contexte bien particulier et qui était impossible à ignorer: depuis des mois, Trump et ses alliés utilisent n'importe quelle suggestion ou rumeur (vraie ou fausse) pour expliquer que Clinton est une criminelle. 

Comme le résume bien le journaliste Greg Sargent:

«Selon le New York Times, le FBI ne trouvera probablement rien dans les e-mails, mais le flou de Comey aura permis de faciliter les mensonges des Républicains.»

Claire Levenson
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Journaliste
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