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Si Royal était présidente: immigration et castration

Slate.fr, mis à jour le 16.11.2009 à 12 h 03

Si Royal était présidente...

 

«Disqualifiée» pour 2012. Vincent Peillon ne décolère pas de s'être fait voler son débat ce week-end par Ségolène Royal. Interrogé sur le plateau de «Dimanche+» sur Canal+ le 15 novembre, l'eurodéputé socialiste a estimé que la présidente de la région Poitou-Charentes «ne pourra pas nous faire gagner» la présidentielle de 2012.  En cause, la venue surprise de Ségolène Royal à une réunion à laquelle elle n'était pas conviée. La candidate malheureuse à la présidentielle de 2007 a rétorqué que la politique, «c'est de rassembler, pas d'exclure».

Avec cette polémique, nous republions une série de trois articles de politique fiction. Si Ségolène Royal avait été élue présidente où en serait la France et la vie politique du pays. Les deux autres articles suivant se trouvent ici: «Et si Ségolène Royal avait gagné la présidentielle?» et «Ségolène Royal, une présidence féminine».

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Nicolas Sarkozy est à mi-mandat. Où en serions-nous aujourd'hui, si le 6 mai 2007, c'était le visage de Ségolène Royal qui s'était affiché sur nos écrans? Où en serions-nous sur le plan «identitaire», économique, social, international... sportif? Aurions-nous plus de néologismes et moins de copiés-collés? Les chroniqueurs de Slate ont reconstitué le passé pour revisiter le présent.

De la castration chirurgicale et de la démocratie participative

Avouons-le: au printemps 2007 même dans les rangs du Parti socialiste personne (sauf ceux qu’elle hypnotisait) n’avait véritablement pris au sérieux le coup de la «démocratie participative»; bien belle mais bien trop grosse ficelle. Nous savons aujourd’hui que c’était une grave erreur. Car à sa façon la Présidente à inventé ce que les plus facétieux de nos amis Suisses se plaisent désormais à dénommer la «pré-votation à la française». Et force est bien de constater qu’à mi-mandat présidentiel de nombreux sujets sociétaux ont échappé à la saisine directe d’un Parlement en déshérence; à commencer par les sujets corporels et médicaux dont on sait qu’ils sont, et de très loin, les préférés de la Première Présidente.

Ce fut notamment le cas de la réforme hospitalière et de la réouverture des petites maternités de proximité. Puis, dans le cadre de la révision des lois de bioéthique, vinrent les questions relatives à la dépénalisation de la pratique des mères porteuses ou à la rétribution par la sécurité sociale des donneuses d’ovocytes. Ces sujets passionnent la Présidente autant que les foules, chaque jour un peu plus en désir de nouveaux avenirs. Sur la Toile, comme dans les préfectures, les sous-préfectures et sous les préaux des écoles laïques, des centaines de forums sont depuis plus de deux ans en pleine phosphorescence.

Une tragique actualité judiciaire fait, depuis quelques semaines, que l’un des plus courus de ces forums participatifs est celui consacré au possible retour de la castration chirurgicale des prédateurs sexuels récidivistes; une pratique certes bien cruelle que la Présidente n’a personnellement pas exclue tout en laissant, bien évidemment, le soin aux citoyens (puis au Parlement) de trancher.

En mai 2007, interrogée par Le Monde, celle qui allait devenir la Première Présidente de la République française avait promis, élue, de faire régulièrement publier des bulletins médicaux concernant son état de santé. «Je considère de juste pratique démocratique de répondre dans la totale transparence aux questions posées sur ce sujet». Depuis deux ans et demi – et fort heureusement- le Palais de l’Elysée n’a eu aucun de tels bulletins à publier; aucune malheureuse complication d’angine, aucun malaise qui aurait pu, par exemple, être en urgence qualifié de «vagal» par son entourage.

Kléber Ducé

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Dakar comblé par la «négresse blanche»

«Des visas, des visas!» criaient les Sénégalais, lors de la première visite officielle de celle que le dirigeant du parti socialiste local n'avait pas hésité à qualifier de «négresse blanche». Très populaire en Afrique, la native de Dakar n'a pas déçu ses fidèles partisans. Dès les premiers mois de son mandat, elle a fait accorder des milliers de visas à des jeunes Sénégalais à la recherche d'emploi. Certains d'entre eux étaient d'autant plus surpris par leur bonne fortune qu'ils avaient peu de qualifications. Plus la peine de monter sur les «pateras», les fameuses pirogues qui partent de Dakar à destination d'un avenir meilleur en Europe.

En France, cette nouvelle politique migratoire ne choque personne. Bien au contraire. Il est vrai que la main d'œuvre commence à manquer cruellement. La nouvelle présidente a d'emblée tenue l'une de ses promesses les plus controversées: faire raccompagner chez elles toutes les femmes fonctionnaires afin qu'elles ne risquent pas d'être violées. Des milliers de «garde du corps» de la fonction publique ont été embauchés.

Rapidement la mesure a été étendue au personnel masculin de la fonction publique: les nouveaux dirigeants de la France avaient peur d'être accusés de sexisme. Un haut responsable du parti socialiste a fait remarquer qu'il serait «suicidaire électoralement» de se mettre à dos les fonctionnaires. Car les électeurs socialistes sont très nombreux dans cette corporation.

Après plusieurs viols particulièrement médiatisées de femmes employées par le secteur privé, la mesure de protection leur a été étendue. D'autant plus rapidement qu'elles avaient l'impression d'être des cibles toutes désignées maintenant que les fonctionnaires étaient bien protégés.

Dans les sociétés de sécurité, les services des Sénégalais sont particulièrement prisés. La presse les appelle les nouveaux «tirailleurs». Ils rendent de tels services à la société qu'un nombre croissant de Français réclament leur naturalisation rapide. Mais déjà parmi les «tirailleurs», la grogne monte. Les primes ne sont pas à la hauteur des promesses. Et une question taraude l'opinion. D'autant plus que la «négresse blanche» ne semble pas avoir trouvé de solution à ce nouveau problème épineux. Qui assurera la protection des Sénégalais?

Pierre Malet

Image de une: Ségolène Royal à Marseille, le 24 mars 2007

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