Monde

Clinton-Trump, «la campagne qui a mis un x à “affreux”»

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 04.11.2016 à 11 h 47

Et le pire, c'est que c'était prévisible.

BRENDAN SMIALOWSKI / AFP.

BRENDAN SMIALOWSKI / AFP.

«Adieu et bon débarras la campagne 2016, ou l'élection qui a mis un x à “affreux”. De loin.» Le constat est signé de l'Associated Press, dans un long article sur l'atmosphère de cette campagne présidentielle 2016, et il est très largement partagé.

Il est de coutume, tous les quatre ans, de qualifier la campagne électorale qui vient de s'écouler de plus méchante ou pire de tous les temps. Le faire à nouveau, en 2016, c'est peut-être oublier un peu vite que Thomas Jefferson et John Adams, deux pères fondateurs de la démocratie américaine, s'étaient échangés de violentes insultes par presse interposée dès 1800. Ou que la campagne 1972 avait été marquée par des rumeurs de caniveau ou forgées de toutes pièces sur les candidats ainsi que, bien sûr, par le cambriolage du Watergate.

Cette année, la liste des moments gênants de la campagne semble néanmoins interminable –des moments imputables en majorité, mais pas totalement, au candidat républicain. Un candidat qui accuse son adversaire d'être une «femme méchante» et menace de la faire emprisonner une fois au pouvoir, elle traitant les soutiens de son rival de personnes «déplorables». Un parti qui soutient le champion qu'il a investi du bout des lèvres. Des insultes proférées envers un juge d'origine hispanique, une ancienne reine de beauté, la famille d'un soldat mort en Irak –et les Mexicains en général. Un deuxième débat qui a été «le plus méchant de tous les temps». Une succession d'accusations de harcèlement et d'agressions sexuelles, et en face, une interminable histoire de serveur informatique privé, relancée par le FBI de manière curieuse, qui met en relief le gênant mélange des genres de la candidate Clinton. Une nomination à la Cour suprême bloquée depuis un an...

Des candidats historiquement impopulaires

On pourrait dire que la popularité des deux candidats s'en est ressentie, mais en fait, ils étaient déjà impopulaires au départ, et leurs cotes n'ont que peu bougé. À la fin du mois d'octobre, seuls 34% des Américains avaient une bonne image de Donald Trump, et 43% de Hillary Clinton. À titre de comparaison, en 1988, 2000 et 2008, soit les trois dernières élections où le président sortant n'était pas candidat, chacun des deux candidats (George H.W. Bush, George W. Bush et John McCain côté républicain, Michael Dukakis, Al Gore et Barack Obama côté démocrate) était vu favorablement par plus de 50% de l'électorat, y compris, donc des électeurs qui n'allaient pas voter pour lui.

Une des meilleures preuves de la négativité de cette campagne, c'est d'ailleurs la nostalgie éprouvée pour les candidats du passé, Obama déjà, mais aussi Ronald Reagan, George Bush père ou même... Richard Nixon. Comme l'écrivait récemment dans le Washington Post Ed Rogers, un vieux routier de la politique américaine:

«Dans cette campagne présidentielle 2016, je ne vois pas des bons candidats coincés dans des campagnes ratées, je vois des candidats ratés menant les pires campagnes jamais menées –et, évidemment, en politique, le pire ne cesse d'empirer.»

La surprise, finalement, c'est qu'on puisse encore être surpris par le niveau de cette campagne. Comme l'écrit toujours l'Associated Press, «les Américains ne peuvent pas dire qu'ils n'avaient pas été prévenus largement à l'avance». La primaire républicaine avait donné le ton, avec les attaques de Donald Trump contre ses concurrents, notamment contre l'épouse de Ted Cruz et son père, accusé d'être impliqué dans l'assassinat de JFK! Le fossé jamais vu entre les positions des Démocrates et des Républicains au sein du Congrès le laissait aussi annoncer, ainsi que, expliquait dès le début 2014 le journaliste de Slate John Dickerson, le fait que les campagnes démarrent de plus en plus tôt, et le cycle des attaques-contre-attaques avec.

La faute aux électeurs?

Dès mars 2016, l'ancien stratège d'Obama David Axelrod pressentait une campagne «horriblement négative» et The Atlantic s'interrogeait:

«Qu'est-ce qui pourrait être pire, pour un système politique brinquebalant et cancéreux, qu'un duel entre Hillary Clinton et Donald Trump? [...] Des millions d'Américains vont souffrir une autre campagne affreuse avant de devoir prendre deux décisions. Un, est-ce que je m'embête à voter? Deux, pour ceux qui vont remplir un bulletin, un choix encore plus triste: quel candidat est-ce que je méprise le moins?»

La faute des candidats eux-mêmes? De leur campagne? Oui, mais aussi des électeurs eux-mêmes, comme l'écrivait en janvier dernier Joe Trippi de Fox News:

«Nous sommes moins intéressés par les informations positives au sujet des candidats et nous avons plus de mal à nous les rappeler ou à les conserver. D'un autre côté, nous accordons de l'attention aux informations négatives et non seulement les retenons plus facilement, mais sommes plus enclins à diffuser des impressions négatives sur un candidat. Les campagnes diffusent des publicités négatives parce qu'elles fonctionnent.»

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (938 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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