Paris n'est plus une fête
Les professionnels de la nuit s'inquiètent du durcissement des normes anti-bruit.
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Deuxième volet de notre série sur les nuits parisiennes: après «les soirées underground des jeunes d'aujourd'hui» à lire sur le blog Chasseur d'étrange de Marc de Boni, deux enquêtes sur la fin de la nuit à Paris. Voici la première, sur les menaces. A suivre, vendredi, les pistes pour réveiller Paris...
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Depuis le 19 octobre dernier, les invitations pour rejoindre le groupe intitulé «Paris: quand la nuit meurt en silence » circulent de profils en profils sur Facebook. Les 10 732 signatures recueillies en six jours à peine, entre le 31 octobre 2009 - date de la mise en ligne de la pétition en découlant - et le 6 novembre témoignent parfaitement des craintes qui habitent artistes, tenanciers, et autres oiseaux nocturnes parisiens à l'heure de la fermeture annoncée de la Loco, haut lieu des nuit de Pigalle, et du durcissement général des normes que les bars, salles de concert et autres discothèques sont tenues de scrupuleusement respecter.
Si la pétition lancée par plusieurs acteurs et professionnels de la nuit - les associations Plaqué Or et Technopol, le disquaire My Electro Kitchen - rencontre un écho médiatique favorable, les craintes parfaitement fondées de voir Paris devenir une ville insipide et lisse la nuit sont pourtant bien antérieures au 31 octobre dernier. A titre d'exemple, Xavier Simon, le patron de la Mécanique Ondulatoire, une salle de concert parisienne, tirait déjà la sonnette d'alarme en septembre dernier dans un communiqué de presse, fustigeant les normes drastiques actuelles dans un accès de lyrisme qui laisse à réfléchir: «Essayons de nous projeter dans l'avenir avec ce qui est en train de se passer, et regardons vers le passé: est-ce que Boris Vian aurait pu jouer de la trompette dans les caves de Saint Germain, les «parnassiens» auraient-ils pu émerger, les existentialistes auraient-ils pu s'exprimer face aux hussards?»
Des normes qui étouffent les bars, salles de concert et discothèques
Aujourd'hui, les problèmes auxquels les tenanciers de lieux nocturnes sont confrontés, tiennent surtout à l'avalanche de facteurs contraignants avec lesquels ils doivent composer. La loi anti-tabac entrée en vigueur le 1er janvier 2008 dans les lieux dit de convivialité (cafés, hôtels, restaurants, discothèques, casinos) constitue un repère temporel précis dans le mécanisme de durcissement des conditions d'exercice des patrons de bars et autres salles de concerts. Déporter les fumeurs sur les trottoirs devant les bars aura entrainé la naissance de nombreux conflits avec des riverains, souvent excédés du bruit émanant de la rue. Dans de nombreux quartiers festifs de la capitale comme Bastille, la rue Oberkampf ou la rue Jean-Pierre Timbaud, ceux-ci se sont organisés au sein de comité de riverains afin de signifier leur ras le bol. Au grand dam des patrons d'établissements, la préfecture de police leur donne systématiquement raison et multiplie ainsi les amendes pour tapage nocturne.
A travers, cette pétition, c'est notamment le zèle extrême de la préfecture en matière d'applications des normes que les organisateurs de la vie nocturne cherchent à dénoncer. Les trois normes existantes, L, N et P respectivement appliquées aux bars, salles de concert et discothèques sont très contraignantes, demandent des investissements techniques considérables et sont souvent mal pensées, entrainant des casse-têtes juridiques invraisemblables. La norme N, pour les bars classiques, ne permet pas de faire plus de six concerts par an et la norme L permet de faire des concerts sous condition, mais interdit formellement de danser à l'intérieur. Curieusement, c'est pourtant cette norme qui s'applique à des salles importantes comme l'Olympia ou le Bataclan. La norme P enfin permet de danser entre consommateurs, et s'applique aux grosses discothèques. D'un point de vue légal, il est donc parfaitement interdit de danser pendant un concert, un comble. D'ailleurs, quitte à souligner l'ineptie de ces normes, un DJ - possédant théoriquement le statut d'artiste - n'aurait normalement le droit de se produire que dans des lieux de type L. Ceux-là même où le public n'a légalement pas le droit de danser. Clairement, on nage en plein dans « Kafka au pays des discothèques parisiennes ».
Cercle vicieux et intérêt politique
Pourtant, en dépit son lot de flottement et d'inepties, l'application de la législation est implacable. Les manquements répétés au respect de ces normes, couplés aux plaintes de riverains entrainent généralement à moyen terme des fermetures administratives temporaires, qui provoquent à leur tour un manque à gagner conséquent. Or, l'un des points communs à la majorité des lieux de vie nocturne à Paris est l'absence généralisée de trésorerie. En plus du manque à gagner, une fermeture administrative de huit jours ou quinze jours empêche en toute logique d'économiser l'argent nécessaire à la mise aux normes des locaux, et a tout de la double peine en définitive, puisque la préfecture de police repasse toujours un jour ou l'autre pour constater si les mises aux normes ont bien été effectuées, avec les conséquences qu'on imagine.
Si la survie de la vie nocturne parisienne est liée au double impératif législatif et économique de posséder un lieu aux normes, la question politique doit également être replacée au cœur du débat. Bien que la préfecture possède systématiquement le dernier mot en matière de fermeture d'un lieu, la mairie bénéficie également d'un large pouvoir à l'heure de soutenir les initiatives en danger. Pourtant, celle-ci ne se mêle qu'assez peu de la question de la survie de ces lieux nocturnes. Sa considération, à vrai dire, est souvent tardive, et largement liée à l'intérêt soudain des médias ou de personnalités artistiques influentes. Consciente de ces manquements, le groupe communiste de la Mairie de Paris commence d'ailleurs à écouter avec sérieux les doléances des patrons de bars et autres salles de concert et à plancher sur des solutions pour éviter à des dizaines de tenanciers de se retrouver à la rue à cause d'un vent sécuritaire exacerbé. De manière un peu intéressée aussi, l'occasion est parfaite pour prendre à bras le corps, un problème qui touche notamment les jeunes et pourrait être l'occasion de renouveler en partie une base électorale vieillissante.
Ville dortoir et hyper sécurité.
Paris souffre en fait d'un phénomène sociétal plus global : l'application permanente du principe de précaution au nom du bien être collectif. A côté de cet aspect hyper-sécuritaire qui entraine des fermetures à la chaine d'établissements nocturnes, le seuil de tolérance des individus face au bruit - que ce soit les fumeurs qui discutent sur le trottoir comme la musique - semblent atteindre des niveaux plus que jamais proches de zéro. La transformation des centres-villes en vitrines commerciales géantes n'est pas non plus en reste. Cette logique, couplée à la spéculation immobilière, provoque ainsi une hausse des loyers commerciaux continue, rendant très compliqué pour les tenanciers de bars, de salles de concerts et de discothèques, l'établissement de structures pérennes, tant les pressions auxquelles ils sont soumis affluent de toutes parts. Eric Labbé, Matthieu Jaussaud et Rémi Bonin, tous trois à l'origine de la pétition «Paris: quand la nuit meurt en silence», comptent bien au cours des jours qui viennent, s'adresser au Ministère de la Culture, à celui de l'intérieur, à la région et à la Mairie de Paris, avec l'espoir non dissimulé d'obtenir des états généraux de la nuit. Parmi leurs revendications, ceux-ci demandent notamment que la législation soit clarifiée, que les autorités participent financièrement aux mises aux normes drastiques qui leur tiennent tant à cœur et que certains quartiers se voient accorder un nouveau statut juridique et soient reconnus comme «festifs». Si la démarche apparaît salvatrice au sein d'un milieu qui nécessite vraiment un second souffle pour empêcher la nuit parisienne de s'éteindre, la crainte que Paris ne devienne une ville dortoir et ne se pose malheureusement que comme le reflet d'un monde qui tend vers l'aseptisation et l'uniformisation demeure très grande. Ne reste qu'à espérer que l'avenir donne tort à ce triste constat.
Loïc H. Rechi
NB: contactée par mail, la préfecture de police de Paris a répondu par un message type stipulant de "bien vouloir attendre un accord définitif du service de la communication avant toute démarche auprès des services ou agents de la préfecture".
Mis à jour le 12/11/2009 à 22h30














































Paris ne ressemble plus à rien qu'à un machin lisse et aseptisé. Le 20ème est aux mains de la bourgeoisie bohème qui a transformé la rue Oberkampf en parc à thème pour concept bar, Pigalle est prié de fermer sa gueule, Montparnasse devient de plus en plus anonyme. Devant chaque bar un pylone électrique pour m'expliquer que ça va pas êt' possib' comme hier devant les boites de nuit, et quatre par quatre de jour si possible des militaires en treillis camouflage aussi utiles que des pistolet à bouchon pour rassurer le clampin. La nuit, impossible de trouver une épicerie ouverte et si oui, pas le droit d'y acheter de l'alcool à partir de 22h dans certain quartier, sous peine d'amende. Les non fumeurs en lobby interdisent aux fumeurs les terrasses au fait de leur volonté de mourir en bonne santé, etc... Paris était chaude dans les années 80, parfois trop même, 20 ans plus tard elle ressemble à la France de Sarkozy, une société anonyme où le drugstore St Germain (une des deux librairies du quartier avec l'Oeil Ecoute à Montparnasse ouvert après 20h) est remplacé par une boutique pour néo con de luxe. Alors on se tourne vers Londres, Bruxelles, Amsterdam, ou Rome, qui sont encore vivante et ne sont pas livré pieds et poings à la horde des épiciers du bien chez soi et sam suffit. La France est un pays déprimant, on bouffe de l'antidépresseur par wagon, Paris est entrain de devenir sa digne capitale.
Bien que je sois d'accord avec votre commentaire et avec l'ensemble de l'article, je ne me peux m'empêcher de vous faire remarquer en forme de clin d'oeil que l'amalgame avec la France de Sarkozy me semble un peu rapide.
Pour ma part je dirais qu'on est passé du Paris de Chirac au Paris de Delanoë....
Sur tout ce qui vient d'être écrit.
La fermeture de la flèche d'or m'a (encore une fois) brisé le coeur, la rue Oberkampf ne me plait plus, heureusement, restent des bons lieux, où il fait bon sortir.
Mais ils deviennent rare, et surtout, se cachent de plus en plus, ou se policent.
La mairie socialiste devrait à ce sujet taper du poing sur la table et imposer aux associations de riverains l'acceptation des inconvénients de la vie en capitale, inconvénients qu'ils connaissaient très bien en achetant leur logement... voir qu'ils recherchaient à cette époque !
C'est aussi le probleme plus global des "belles villes riches": pression immobillaire, attrait touristique a rentabiliser ( donc encore plus de boutiques) et surtout aucun no mam's land, ou trop loin. C'est evident qu'une ville deglinguée et moche sera toujours plus active culturellement qu'une belle riche (deja parceque les subventions ne partent pas dans la restoration des monuments). Les micro artisants culturels ne créent pas assez de valeur ajoutes au metre carre pour rivaliser avec une superette.
Aussi, il convient de rappeler le prix exorbitant des boissons alcoohliser en France dans les bars & co par rapport au reste de l'europe. Ca n'aide pas a faire la fete.
Vous dites:"C'est evident qu'une ville deglinguée et moche sera toujours plus active culturellement qu'une belle riche (deja parceque les subventions ne partent pas dans la restoration des monuments)."
Londres, et le Royaume Uni, qui n'ont même pas de Ministère de la Culture, et donc encore moins de subvention, sont autrement plus actifs culturellement que n'importe quelle autre pays au monde.
Donc, moi, je vire Mitterrand et sa bande de pédants élitistes, ferme la rue de Valois, rend l'investissement culturel dans les oeuvres nouvelles déductibles des impôts et donne la gestion des infrastructures aux municipalités avec interdiction de s'immiscer dans la programmation.
Un jour on réalisera qu'un ministère de la culture n'a pas plus d'utilité qu'un ministère de l'information. C'est surtout un outil pour politiser la culture: la mettre aux ordres du prince et porter son message, qu'il soit "Hip Hop prés du peuple" pour le maire du neuf trois, cinématographique pour montre les paysages du président de région PACA, ou symphonique pour exalter la grandeur de celui de la république.
Tout le monde n'est pas Malraux qui veut.. certainement pas Mitterand ou Lang ou les encore plus pâlichons dont on ne se rappelle même plus le nom.
De plus je ne vois pas pourquoi les amateurs de d'Yvette Horner devraient payer avec leurs impôts pour que les Germanopratins aillent se faire c***r à un million d'€ de l'heure en faisant semblant de d'apprécier Stockhausen...
Allez, circulez, il n'y a rien à voir....
si la vie de nuit doit être l'alcool alors je suis content que cette vie disparaisse, et j'applaudirais et je serai joyeux pendant son enterrement.
Mais non, ce que j'aimais de paris c'est que cela soit vivant le soir. Qu'on puisse écouter de la musique dans un pub (ce qui n'a jamais obligé à se saouler)
je note aussi que j'appréciais cette boutique de bd ouverte tard la nuit.
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je ne regrette cependant pas le paris angoissant des voyous des années 80.
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asseptiser n'est pas sécurité. asseptiser est un drame.
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le parrallèle avec sarkozy ? cela correspond simplement à une rigueur que les français s'imposent de plus en plus.
Nous sommes demandeurs de cette forme de radicalité. Les maires suivent. Delanoé va pas faire le libérateur Culturel si on lui demande pas.
et la loi n'est pas que celle de paris.
Beaucoup de droguent en plus. Une simple observation des tribus dîtes primitives à travers le monde, montrent que l'ivresse et la musique vont souvent de paire.
Je pense que la liberté commence là ou se termine celle des autres. Personnellement je ne suis pas demandeur de "cette forme de radicalité".
Certes, certains quartiers de Paris, par le jeu des forces économiques, on attiré une population âgée, aisée et influente politiquement dont les attentes n'ont rien à voir avec la jeunesse, qui elle, n'est ni riche ni influente. Dans la pyramide des âges de Paris les personnes plus matures et aisées sont sur-représentés par rapport à la moyenne nationale, alors que les jeunes sont sous représentés. Nous devons faire attention que Paris ne devienne pas une ville prise en otage par de vieux baby boomer râleurs.
Vous semblez assumer que la majorité des Français sont demandeurs de ce type d'austérité. Je ne le crois pas. Le Français est ripailleur, bruyant et porté sur la bonne bouteille. Et si je reconnaît que l'excès d'alcool, qui est bon pour les actionnaires des grandes marques de boissons, et l'est beaucoup moins pour notre jeunesse, il existe un seuil d'ébriété que notre société doit tolérer sous peine de tomber dans le totalitarisme. Rigoler et faire la fêtes sont des droits fondamentaux qui devraient, à mon sens, être inscrit dans les droits de l'homme et du citoyen. ceci dit, je penche pour la mise en place de loi qui pénaliseraient durement les marchands d'alcool qui dépassent certaines bornes: 2 pour le prix d'un etc... on doit pouvoir picoler un peu entres amis sans se retrouver complétement alcoolique à dix huit ans...
Si moi et mes amis décidons d'aller faire une virée nocturne raisonnablement arrosée ou enfumée (donc à pieds) et que nous le faisons dans le respect de votre tranquillité je ne vois pas où est le problème. Maintenant ne nous demandez pas le silence absolu, ce n'est pas raisonnable. Si ce bruit vous dérange, investissez dans du double vitrage, vous ferez aussi des économies d'énergie.
Que vous aillez un désir de sécurité et de silence, je le comprend et le respecte, mais Paris n'est peut être pas le meilleur choix pour ce style de vie. Menton ou Forges les eaux me semblent plus en accords avec vos attentes.
Alors, mieux que Bourdieu ou Foucault, je propose la philosophie du sous estimé Henri Salvador: Faut rigoler avant que le ciel ne nous tombe sur la tête!
"L'installation de Paris à la campagne pour que les habitants profitent de l'air pur" était déjà un slogan de campagne de Ferdinand Lop pendant la IVème république.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ferdinand_Lop
Mais je le soupçonne d'avoir pratiqué le second degré tout au long de son existence. :~)
L'homme est un être pétri de contradiction. Il veut s'installer au centre-ville parce qu'il abhore les banlieues résidentielles, mais ne supporte ni le clocher de l'église qui égrene les heures, ni le marché du dimanche matin sous ses fenêtres parce que dès 5h30 les commerçants montent leur stand. Bref, dès qu'il a trouvé un F3 en centre-ville, il n'a de cesse que de transformer le centre-ville en banlieue résidentielle.
Bon, je me moque, je me moque, mais si une boite de de nuit s'ancrait en bas de chez moi, je ferais aussi la gueule...
Disons simplement, que je m'étonnes de ce que parfois les gens semblent découvrir des situations qui étaient largement préexistantes à leur installation.