Identité nationale: refuser ce débat
«Je ne souhaite pas apporter une contribution à ce débat mais, plutôt, expliquer le sens de mon refus.»
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Selon un sondage Ifop à paraître dans le Journal du Dimanche, 72% des Français sont massivement convaincus que le débat sur l'identité nationale lancé par Eric Besson et justifié par Nicolas Sarkozy est avant tout «une stratégie pour gagner les élections régionales». 57% des sondés trouvent néanmoins que ce débat est justifié, et, en majorité, les Français ne pensent pas que son ouverture remettra le Front national au centre du débat politique. Dans cette tribune, Tzvetan Todorov explique pourquoi selon lui il faut refuser un tel débat.
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L'expression «identité nationale» recouvre plusieurs réalités bien distinctes. Il existe une culture nationale, culture française en l'occurrence, qui partage les caractéristiques de toutes les cultures de ce type. A savoir: elle est en perpétuelle transformation (le pays que nous appelons la France, pour ne prendre que cet exemple, a une population qui s'est réclamée d'abord du paganisme, ensuite du christianisme, enfin de la laïcité); et elle est plurielle, car tous les membres d'une société ne partagent pas les mêmes convictions: par exemple, cohabitent aujourd'hui en France des catholiques, des protestants, des juifs, des musulmans et, bien sûr, de nombreux athées. La culture ne se réduit évidemment pas à la religion, en font partie aussi la langue, l'histoire, les codes de comportements, les traditions, les œuvres d'art. Un ministère est chargé de transmettre à tous les habitants du pays une sélection de ces caractéristiques culturelles, c'est celui de l'Education nationale (par un enseignement, obligatoire jusqu'à l'âge de seize ans). Mais cette sélection elle-même n'est pas inamovible, et tous les dix ou vingt ans le ministère fait réviser par des spécialistes les programmes d'enseignement.
En deuxième lieu, existe une appartenance civique et administrative: on est citoyen d'un pays ou on ne l'est pas. Alors que l'acquisition d'une culture est un processus lent et progressif qui connaît le plus et le moins, qui au fond ne s'arrête jamais, l'acquisition d'une citoyenneté est un acte ponctuel: ou bien on est né dans le pays, et alors elle est automatique, ou bien on vient d'ailleurs, et elle vous est octroyée par un décret de la République. On peut choisir d'être le citoyen de tel pays plutôt que de tel autre, on ne choisit pas de naître au sein de cette culture-ci plutôt que de celle-là. Tous les citoyens sont obligés de se soumettre aux lois en vigueur dans le pays: ils ont des devoirs, contrepartie de leurs droits. En revanche, cette appartenance-là ne dépend en rien de leurs sentiments, lesquels, sauf dans les Etats totalitaires, relèvent de la sphère privée. On ne demande pas aux citoyens d'aimer leur pays (beaucoup de Français de souche ne le font pas), mais de respecter ses lois.
Retenons enfin un troisième type d'identité, celle qui provient de notre attachement à un ensemble de valeurs morales et politiques. Par exemple, en France, on tient aux principes fondamentaux de la démocratie, à l'Etat de droit, à la protection des minorités, au respect de la dignité de chacun. Mais, la plupart du temps, ces valeurs ne sont pas une caractéristique propre au pays. D'abord parce que sa population est hétérogène et que tous ne partagent pas les mêmes idéaux, comme en témoigne la pluralité des partis politiques, de l'extrême gauche à l'extrême droite, ou l'existence d'autres groupes idéologiques. Ensuite parce que les valeurs ont, en elles-mêmes, une vocation universelle, et, de fait, se retrouvent dans les différents pays de l'Union européenne, voire, souvent, bien au-delà.
La confusion rend le débat impraticable
Ce sont ces trois ordres de réalité (et peut-être d'autres encore) qui se trouvent confondus derrière la formule «identité nationale». Or la confusion rend le débat impraticable. La citoyenneté ne relève pas d'un débat, on l'a ou non. La culture peut faire l'objet de discussions, on voit bien en quoi pourraient être éclairantes les contributions des historiens et des sociologues, mais non en quoi cela pourrait ou devrait changer la politique du gouvernement: l'évolution de la culture ne dépend pas des administrateurs. Enfin le débat sur les valeurs n'a pas besoin d'être institué, puisqu'il se poursuit quotidiennement, dans les assemblées et dans les médias; la vie publique n'est, en un sens, rien d'autre. La confusion des ordres nous aveugle: s'il faut empêcher que des femmes soient battues en France, ce n'est parce que cette pratique est contraire à l'identité française (du reste, elle ne l'est pas...), mais parce qu'elle est contraire aux lois du pays et aux valeurs qui les inspirent.
A moins qu'il s'agisse, dans l'initiative présente, de tout autre chose que de l'identité nationale, comme le suggère d'ailleurs l'inclusion de cette expression dans l'intitulé d'un ministère qui s'occupe uniquement des rapports avec les étrangers - comme si cette identité en dépendait exclusivement. Il n'en est pourtant rien: l'identité française a changé bien plus profondément par l'accession des femmes au vote ou, vingt-trois ans plus tard, au droit à la contraception, que par la présence, sur le sol français, de minorité polonaise, portugaise, algérienne ou malienne. La stigmatisation des étrangers, bouc émissaire commode pour tous les démagogues, peut être utile pour gagner une élection; mais je refuse de m'y associer.
Tzvetan Todorov, historien et essayiste
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Si vous avez aimé cette contribution, vous pouvez lire les autres, de chroniqueurs ou de lecteurs. Vous aimerez peut-être aussi «Jean-François Copé: Identité nationale, réussir le débat» et «Les raisons du retour du débat sur l'identité nationale». N'hésitez pas à participer au débat en nous envoyant vos contributions: etrefrançais.slate @ gmail.com
Mis à jour le 30/11/2009 à 17h05
















































Je n'aurai pas l'outrecuidance de vous comparer à monsieur Jourdain, mais vous venez de participer, et de quelle manière, à ce débat que vous disiez refuser.
Je vous en remercie. Etant moi-même d'origine étrangère, je lis toutes les contributions et c'est la première dans laquelle je me retrouve vraiment.
Quand à la fin de l'article vous dites : "A moins qu'il s'agisse, dans l'initiative présente, de tout autre chose que de l'identité nationale", c'est aux citoyens eux-mêmes à s'emparer de ce débat, comme vous l'avez fait vous-même, afin que si le gouvernement avait éventuellement des arrière pensées, il en soit pour ses frais.
"Identité nationale: refuser ce débat"
En lisant ce titre, deux réflexions me viennent immédiatement à l'esprit. La première, évidente, c'est que vous refusez le débat tout en y contribuant. La seconde, plus gênante, c'est que refuser un débat est probablement la première forme de totalitarisme, tout du moins un signe ostentatoire de déni de la démocratie. Donc bon, déjà, ça part mal...
Non, pour moi, le débat sur l'identité nationale est fondamental et ce pour deux raisons.
D'une part, il m'est insupportable de devoir laisser ce champ du débat public à la seule extrême-droite. La France c'est précisemment TOUT sauf Vichy : le FN ne peut donc pas être le seul parti politique en mesure de s'approprier notre patrimoine commun.
D'autre part, je ne sais pas si quelqu'un l'a remarqué, mais notre monde a énormément changé depuis 20 ans. Le contexte générale est complètement bouleversé : la mondialisation est une réalité qu'il faut prendre en compte. Dans un monde sans frontières, comment se définir français ? Et qu'on ne me dise pas que nous sommes tous devenus des "citoyens du monde" , rappelez-vous les manifestations d'ouvriers britanniques contre les travailleurs étrangers dans les raffineries Total du sud du pays...
Donc non Monsieur Todorov, il ne faut pas refuser ce débat. Au contraire même, il faut l'aborder sereinement. Bien sur que c'est un coup politique pour Sarkozy, bien sur que les échéances électorales de 2010 et de 2012 sont dans toutes les têtes, bien sur que Sarkozy tente de rattraper l'électorat populaire qui l'avait fait triompher en 2007, mais non ce débat n'est pas à éviter!
Je suis français "de souche" mais je n'aime pas ce débat.
Après un très bel hommage à Claude Levi-Strauss de Benoit de l'Estoile Slate nous propose un article juste sur ce faux débat. Les 2 se rejoignent sur un point C'est en voyageant que Levi-Strauss est devenu un intellectuel, il considérait lui aussi que ce débat n'avait pas lieu d'être. Il faut arrêter de stigmatiser les auvergnats!
Il est très bon de rappeler qu'une locution telle que "identité nationale" recouvre des réalités diverses et qu'il est absurde de vouloir les régler ensemble.
Je ne vous suis pas sur la phrase : l'évolution de la culture ne dépend pas des administrateurs car l'expérience prouve le contraire, depuis Malraux, depuis Bonaparte, depuis Louis XIV, depuis François 1er, depuis les Médicis et les Sforza, depuis la Rome antique, depuis les grandes dynasties chinoises, depuis Alexandre ou depuis Périclès, depuis bien plus longtemps encore : l'état s'immisce dans la culture avec plus ou moins de pertinence et plus ou moins de volonté pour créer une esthétique nationale. La création des académies (Académie française, inscriptions et belles lettres, beaux-arts) a servi à ça par exemple. Et ce n'est pas franco-français, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer le rapport des États-Unis à la culture est tout autant gouverné par l'étatisme.
Afin d'aider le gouvernement à effectuer le décompte des VRAIS Français, nous avons organisé un questionnaire d'evaluation du degré de Francitude des habitants de ce pays.
http://www.defoule.com
Oui pas de doute c'est une manœuvre politique et le site officiel n'est pas un site de débat mais un outil de manipulation censuré.
Toutefois, c'est un vrai sujet et il est important de ne pas laisser le monopole de la parole à ceux qui sont animés par leur peur, leur part d'ombre, leur haine. Il est important de prendre la parole pour montrer notre part de lumière.
Afin d'offrir un espace de débat alternatif ou nous pouvons exprimer le meilleur de nous.
http://www.debatidentitenationale-alter.fr
Venez le découvrir, prenez la parole et faites le connaître. Ce débat sera à l'image de ce que nous y mettrons.
Dans votre exposé en dehors de ce que vous appelez appartenance civique et administrative qui se traduit par la possession d’une carte d'identité nationale que les forces de police sont autorisées à contrôler, l’état laïque et républicain n’a rien à gagner à légiférer sur l’histoire, la culture, les religions et les coutumes, bref de ce qui fait la richesse et la diversité d’un grand pays démocratique qui inscrit aux frontons de ses édifices publics la devise Liberté, Egalité Fraternité.
La France a une longue, complexe, passionnante et quelquefois douloureuse histoire avec l’émigration et la colonisation. Elle est, ne l’oublions pas, souvent l’origine de flux migratoire notamment lorsqu’il s’agissait d’aller se faire tuer sur les champs de bataille pour la plus grande gloire de ce qui était alors pour tous ces étrangers d’aujourd’hui la mère patrie décrétée d’office par la République.
Le débat sur l’identité que l’on semble vouloir enfermée contre son gré dans une définition ne sert-il pas que pour exclure ceux qui ne répondrait pas aux critères définis ?
S’agit-il de revoir les règles d’attribution de la dite identité consigné dans un morceau de plastique en y faisant rentrer des critères inavouables ?
Ou pire encore de contester à des citoyens français le droit de détenir cette minuscule carte bleu et verte ?
Le referendum désolant de notre voisin suisse montre à quel point en ces périodes de crise, comme dans les années 1930, le spectre de la xénophobie et de son cousin germain le racisme est à l’affût de la moindre faiblesse de la démocratie pour la défense des valeurs fondamentales que vous qualifiez de morales et politiques .
Ne couvrons pas la république d’une burqa d’intolérance alors même que nous devons élargir notre vision de citoyen à minima à l’échelle européenne et même au niveau mondial lorsqu’il s’agit des grands débats pour éviter que nous détruisions notre environnement. Au fond Victor Victor Hugo avait tout dit lorsqu’il écrivait à robert Poehlen « Pour moi, l'idée de nation se dissout dans l'idée d'humanité ».