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Les horribles justifications données à des femmes violées

Femme outline | David Michalczuk via Flickr CC License by

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Un blog diffuse les témoignages de femmes dont la parole a été mise en doute lorsqu'elles ont affirmé avoir été violées.

«A 18 ans, alors que je vivais avec mon copain de l'époque, je me suis réveillée au milieu de la nuit car il était en train de me toucher. Ça m'a immédiatement projetée des années en arrière et je me suis retrouvée complètement pétrifiée, incapable de me débattre. Ça a duré quelques semaines, jusqu'au jour où il m'a violée. Il m'a par la suite violée plusieurs fois par mois pendant près de deux ans. Lorsque j'en ai finalement parler à une amie, elle m'a simplement répondu que ce n'était pas un vraiment un viol puisque c'était mon copain.» 

Voilà l'un des témoignages publiés sur le site «Coupable de mon viol», créé par la blogueuse Crêpe Georgette. Il y en a des dizaines de femmes qui, comme K., 21 ans, veulent raconter les fois où elles ont essayé de dire à leur entourage qu'elles avaient été violées. Et, au lieu qu'on leur conseille d'aller porter plainte, on remet leur parole en cause. G., 38 ans, raconte:

«J’avais 4 ans et lui 8 environ. Il m’a imposé un chantage humiliant. Il insistait tellement que j’ai fini par accepter ce qui paraissait le moins pire. C'était déjà bien assez difficile pour moi car j’étais très pudique. Il s’est ensuite servi de ça pour un nouveau chantage et m’imposer ce qu’il voulait vraiment dès le départ : un viol.
L’an dernier, je me suis renseignée auprès d’une association. On m’a dit que les faits étaient prescrits et pire que tout : “quand même, vous ne voudriez pas faire condamner un homme pour quelque chose qu’il a fait alors qu’il n’était qu’un enfant?”.»

Plusieurs épreuves à affronter

La blogueuse explique sa démarche sur son site dans un billet de blog, «Victimes imparfaites»:

«J'aimerais vous dire qu'on vit dans une société où il n'y a pas de bonnes ou mauvaises victimes de violences sexuelles. (...) Les violences sexuelles devraient être la seule épreuve qu'une victime a à affronter mais, dans de très nombreux cas, elle a aussi ensuite à affronter nos réactions, nos conditionnements sur ce qu'elle aurait du être et du faire.»

Malgré les campagnes de sensibilisation, des victimes se sentent toujours fautives. En 1980 déjà une étude publiée dans la revue Crime and Social Justice intitulée «Rape victims and the false sens of guilt» («Les victimes de viol et le faux sentiment de culpabilité») de Julia Schwendinger and Herman Schwendinger, détaille les cas de femmes qui s'en veulent après avoir été agressées sexuellement.

En 2013, nous publiions le témoignage d'une femme de 55 ans violée. L'auteure Beverly Donofrio explique: 

«Certaines femmes gardent le silence pour d’autres raisons: la peur de n’être pas crue, la honte d’être perçue comme au mieux malchanceuse, au pire souillée, la terreur du stigmate qui va vous coller à la peau et la conscience de cette tendance humaine à rejeter la faute sur la victime pour éviter de compatir, ce qui impliquerait de s’approprier l’horreur et l’humiliation subies par une autre.»

Les choses semblent ne jamais changer. Un sondage publié par Mémoire Traumatique et Victimologie a encore souligné qu'on evoque toujours la «responsabilité» de la victime dans un viol. «La responsabilité du violeur est atténuée si la victime a eu une attitude provocante en public (40%) ou si elle portait une tenue sexy (27%)», lit-on dans l'enquête publiée en mars 2016

«C'était mon copain», «trop féminine», «troubles de la personnalité», «pas sobre», «le viol conjugal n'existe pas»... Toutes les raisons invoquées aux victimes qui témoignent sur Coupable de mon viol montrent l'ampleur de ce qu'elles doivent encore dépasser après avoir vécu l'horreur. Le Collectif Féministe Contre le Viol, qui gère une plateforme d’appel pour les femmes victimes de viol, estime qu'une victime sur dix porte plainte en France.

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