Monde

L'affaire des emails de Clinton va animer la campagne jusqu'au bout

Claire Levenson, mis à jour le 29.10.2016 à 6 h 19

En enquêtant sur le sexting d'Anthony Weiner, le FBI a trouvé des éléments qui pourraient être intéressants dans l'«emailgate». Si les détails du dossier restent très flous et s'il pourrait se dégonfler, la polémique constitue en tout cas du pain béni pour Trump.

Huma Abedin et Hillary Clinton à New York, le 11 avril 2016. ANDREW THEODORAKIS / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Huma Abedin et Hillary Clinton à New York, le 11 avril 2016. ANDREW THEODORAKIS / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Le directeur du FBI, James Comey, a envoyé une lettre à plusieurs élus du Congrès américain, vendredi 28 octobre, pour annoncer que de nouveaux éléments avaient été découverts dans l'enquête sur la messagerie privée d'Hillary Clinton. «Dans le cadre d’une affaire distincte, le FBI a pris connaissance de l’existence d’emails semblant pertinents pour l’enquête», dans laquelle il avait été annoncé, en juillet, que Clonton ne serait pas poursuivie, écrit James Comey.

L'«affaire distincte» en question est l'enquête en cours sur le sexting d'Anthony Weiner, l'ex-représentant de l'État de New York marié (et en voie de divorce) avec Huma Abedin, une proche conseillère de Clinton. L'ancien élu est soupçonné d'avoir échangé des sextos avec une jeune fille de quinze ans, ce qui a déclenché des investigations et la saisie d'un ordinateur portable utilisé par lui et Abedin, sur lequel les enquêteurs ont trouvé des éléments potentiellement intéressants sur l'«emailgate».

Le tabloïd conservateur New York Post a résumé l'info avec un nouveau mot valise: «Dickileaks», soit Wikileaks mais avec pénis au lieu de wiki. 

Lors d'une conférence de presse dans l'Iowa, Hillary Clinton a demandé à James Comey de «révéler toutes les informations qu'il a» car les «Américains méritent de connaître tous les faits». Elle a aussi ajouté que «même Comey a noté que ces nouvelles informations pourraient ne pas être importantes».

Dès l'annonce de la lettre du FBI, les Républicains et certains médias avaient eux commencé à s'emballer. Plusieurs journaux ont titré sur une «réouverture de l'enquête», une expression qui semblait suggérer qu'une révélation juteuse allait changer la donne onze jours avant l'élection. La Bourse de New York a même temporairement plongé.

Mais après les précisions de plusieurs experts, il est devenu clair qu'il n'y avait pas réellement de réouverture de l'enquête (qui n'avait d'ailleurs jamais été close) et que les nouveaux emails en question ne venaient pas du serveur de Clinton. Plusieurs médias ont rectifié leurs titres, comme le Washington Post, qui a changé son titre de «rouvre l'enquête» à «prend de nouvelles mesures dans l'enquête».

Selon Newsweek, qui cite une source au sein de l'enquête, la vérité est en fait «beaucoup moins explosive» que ce qu'on a pu croire dans un premier moment: «Il n'y a pas d'indice que les emails en question aient été dissimulés par Clinton durant l'enquête, [...] pas plus que cette découverte ne suggère qu'elle a fait quoi que ce soit d'illégal.» D'après le magazine, Huma Abedin imprimait régulièrement des emails pour Clinton et en transférait certain depuis son compte email du Département d'État vers un de ses comptes emails personnels. L'article tempère aussi les ardeurs de certains Démocrates qui voient dans la décision de James Comey (autrefois inscrit sur les listes électorales comme Républicain) une vengeance partisane, en expliquant qu'il était obligé de la prendre, puisqu'il avait auparavant affirmé sous serment devant le Congrès que l'enquête était terminée.

«Plus grosse que le Watergate»

En campagne dans le New Hampshire, Donald Trump n'a lui pas hésité à surinterpréter l'annonce du FBI, comme s'il s'agissait d'une reconnaissance de la culpabilité de son opposante:

«Hillary Clinton est à un niveau de corruption encore jamais atteint, a déclaré le candidat républicain. Nous ne devons pas la laisser ramener ses intrigues criminelles à la Maison-Blanche. J'ai un grand respect pour le fait que le FBI et le ministère de la Justice ont maintenant le courage de revenir sur l'horrible erreur qu'ils ont commise.»

Manifestement surexcité par la nouvelle, Trump a même déclaré que cette affaire était «plus grosse que Watergate», le scandale d'espionnage qui a mené à la démission du président Richard Nixon, et a confié au New York Times que ces dernières révélations «changeaient tout». Même si ce nouvel épisode devait finir par se dégonfler, l'ensemble de l'affaire est si compliqué et les derniers détails si juteux que le simple fait de répéter «FBI», «Weiner» et «emails» permet à l'équipe Trump de laisser entendre que Clinton est une criminelle –les foules qui crient «Hillary en prison» depuis des mois en sont facilement convaincues. Comme l'explique le journaliste canadien Daniel Dale, c'est le terreau parfait pour les théories du complot:

«Emails de Clinton. Sexting de Weiner. Le FBI reste assez vague pour qu'on puisse inventer des détails. C'est un peu la théorie du complot rêvée pour Trump.»

Comme l'explique Philip Bump dans le Washington Post, cette «surprise d'octobre» ne changera malgré tout probablement pas grand-chose en termes électoraux: en juillet, l'annonce par le FBI qu'aucune poursuite ne serait engagée contre Clinton n'avait pas eu d'effet sur les sondages, et le caractère vague de l'annonce du FBI est peu susceptible de faire changer d'avis les électeurs indécis. L'autre grosse affaire de ces dernières semaines, la révélation des propos de Trump dans les coulisses de l'émission «Access Hollywood», n'a d'ailleurs pas eu un impact énorme sur les sondages où, en trois semaines, l'écart moyen entre Clinton et Trump est passé de 4,6 à 5,2 points.

Claire Levenson
Claire Levenson (140 articles)
Journaliste
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